Écoles fermées | Martissant, Bas-Delmas et Cité Soleil jetés aux oubliettes : CARDH brandit le droit à l’éducation!

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A travers 14 points, le Centre d’analyse et de recherche en droits humains (CARDH), dépeint la situation sécuritaire de plusieurs quartiers de Port-au-Prince en proie à la violence des gangs. Un tableau qui compromet le droit à l’éducation de plusieurs centaines d’enfants.

Mardi 28 septembre 2021 ((rezonodwes.com))–

L’année scolaire a officiellement débuté le 21 septembre 2021 (voir en annexe le calendrier du ministère de l’éducation nationale). Des considérations ont été faites pour le grand Sud (ibid), profondément touché par le séisme du 14 août dernier. Cependant Martissant, Bas de Delmas et Cité Soleil, encore sous le contrôle systématique des gangs, sont ignorés par le gouvernement de fait.

Du 1er au 6 juin, les sanglants affrontements des gangs de Grand-Ravin, de Ti Bwa et de Village-de-Dieu ont fait plus d’une soixantaine de décès, dont une cinquantaine le 3 juin : au moins sept (7) sur la route principale (de l’église Sainte-Bernadette à Fontamara 48) ; 15 à Martissant 2A ; dix (10) à Martissant 2B ; cinq (5) à l’impasse Tempête ; 15 de Martissant 1 à 23, en passant par le pont de la Ravine Breyard. Médecins Sans Frontières (situé à Martissant 25) a dû fermer ses portes.

Les décès à l’impasse Tempête, à Martissant 2B et à l’entrée de Martissant 2A, sont majoritairement des personnes exécutées par le blindé positionné en face du Commissariat, tirant sur tout ce qui bouge.

Pour le mois de juin, au moins une cinquantaine de décès ont été enregistrés à Cité Soleil, au bas de Delmas et ses environs.

Ces affrontements de la zone métropolitaine ont provoqué environ 10. 000 déplacés, environ 2. 000 à Martissant (1. 500 au centre sportif de Carrefour), et un besoin d’assistance humanitaire pour 60.000 personnes.

En proie à la pauvreté et ayant perdu leur fragile moyen de survie au quotidien, ces populations sont, pour la plupart, éparpillées dans des camps de fortune où les conditions sont déshumanisantes.

De Martissant 1 à Fontamara 276 en passant par Gran-Ravin (Lycée Jacques Roumain / Collège Maranatha), les écoles restent fermées. Les zones avoisinantes sont également paralysées : Bicentenaire, Cité Plus, Martissant A2… (zone littorale).

Martissant, Bas de Delmas et Cité Soleil, une dense population7 est encore sous le contrôle et la violence systématiques des gangs. L’État y est totalement absent (les commissariats et sous-commissariats sont abandonnés : Martissant ; Grand-Ravin ; Portail Saint-Joseph ; Cite Soleil ; Drouillard ; Station Gonaïves…).

Certains quartiers sont quasiment inhabités, d’autres sont en voie de disparition : Martissant 1 à Martissant 25 ; La Saline ; Pont-Rouge ; Tokyo ; rue Saint Martin.

Les départements des Nippes, du Sud et de la Grand ’Anse et une importante partie de l’Ouest (Carrefour, Gressier, Léogane, Petit-Goâve…) sont coupés du reste du pays, affectant considérablement leur fragile économie. Leur commerce est paralysé (augmentation des prix des produits, diminution du pouvoir d’achat…).

Fragilisées par la guerre constante des gangs, les familles les plus vulnérables de Martissant, du Bas de Delmas et de Cité Soleil n’ont pas les moyens pour envoyer dans d’autres écoles leurs enfants qui fréquentaient les écoles communales, presbytérales, nationales et les lycées.

Le droit à l’éducation est indispensable à l’exercice et à la jouissance des droits humains ainsi qu’à la construction de la démocratie et de l’État de droit. Il est consacré par la déclaration universelle des droits de l’homme (article 26), par le pacte international relatif aux droits sociaux, économiques et culturels (article 13), ratifié par Haïti le 8 octobre 2013, et par la Constitution haïtienne (article 32 et suivants).

Ignorant la situation des enfants de ces zones à l’occasion de la réouverture officielle des classes, le gouvernement de fait n’obtempère pas aux obligations de respecter, de protéger et de mettre en œuvre les droits humains, universels, indivisibles, inaliénables et non discriminatoires.

Le Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme (CARDH) recommande :

• au gouvernement de fait de prendre les dispositions nécessaires pour aider ces enfants à jouir progressivement de ce droit à l’éducation ;

• aux partis politiques, dont l’objectif est de prendre le pouvoir, de faire des propositions pour aider à remettre la situation de ces enfants sur la carte de l’opinion publique ;

• aux groupes de société civile de prendre en compte cette réalité dans leur démarche autour de la crise.

Hervé Noel

vevenoel@gmail.com

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