Haïti : Nos mœurs inversées dans la perversité effrénée !

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« Nou pa egare » ; « Degaje pa peche » ; « Fè byen se fwèt » ; « Pito nou lèd nou la » ; « Je wè, bouch pe » ; « Ouvè le kò » …

Quand dans une société tout s’écrit, se lit, se dit, se prescrit et se vit dans la passivité et la permissivité, en dehors de la supervision des institutions de vigie, ce n’est pas une surprise de constater que les mauvaises mœurs tendent à supplanter les bonnes.

Lundi 21 décembre 2020 ((rezonodwes.com))– Les expressions, les phrases, les pensées et les pratiques en cours dans une société sont fondamentales afin de garantir son assise et sa promotion sociale. Puisque l’homme est le reflet de ses pensées (James Allen, 2017 ; Omraam Mikhaël Aïvanhov, 2018 “Puissance de la pensée »), la prudence requiert que les idées nourries et qui s’accrochent à nos esprits soient constructives et créatives. Ce n’est pas par hasard que des concepts tels que « handicap, aveugle et sous-développement » sont hachurés de la littérature moderne pour plutôt laisser la place respectivement aux notions de « mobilité réduite, malvoyant et en voie de développement ».

C’est dans cette même veine que les traités et conventions modernes paraphés par les institutions multilatérales évitent de plus en plus dans leur champ lexical les vocables ségrégationnistes et défaitistes enclins à des stéréotypes et des exclusions sociales. Question d’agir sur la perception positiviste de voir le verre de jus à moitié rempli à l’opposé de la pensée pessimiste de le visualiser à moitié vide.

Le vaste champ des expressions discursives, dont les métaphores, les thèses, les contrastes, les slogans et les dictons drainent avec eux des émotions, des actions et des réactions qui peuvent se révéler néfastes ou avantageux pour l’individuel que pour le collectif. Voilà pourquoi les nations modernes s’attèlent à inciter aux comportements de probité et à harmoniser les relations entre les entités antagoniques depuis le choix du vocabulaire en vogue dans la société.

Où en est Haïti dans cette dynamique sémantique créatrice d’institutions tant formelles qu’informelles ? Répondons tout de go, à des années-lumière, fissurée, dégradée, périclitée, délabrée, blasée, en retard, sans repère, sans aucune censure, aucune mesure, aucune structure, aucune superstructure responsables.

Une nouvelle dynamique s’impose au bercail

Si le choix des mots n’est pas naïf dans la construction de la pensée et des valeurs sociétales, il l’est davantage pour des phrases, adages, dictons et slogans, qui deviennent à travers le temps des institutions ancrées dans nos vécus. N’est-ce-pas que des expressions telles que « Degaje pa peche » et « Nou pa egare », laissent des boulevards au vol et à la corruption. Des personnalités démagogues, soi-disant honorifiques, l’auraient prouvé à travers le contrat onirique, surfacturé, signé avec la firme Dermalog (Voir l’interrogation « Martinette » du Sénat[1]). Mieux, plutôt pire encore, savourez dans la souffrance cérébrale l’interview marionnette du DG de l’ONI sur la TNH; un véritable cas de Jacques de l’idiotie sur la dialectique.

Les fameux animaux politiques de la récente décennie ont posé leurs empreintes digitales « belles longueurs » dans les fonds de la CIRH, des dollars-cinquante de la diaspora et du Petrocaribe pour brandir leur fierté d’invincibilité des duels imbéciles opposant Bouki et Ti-Malice (Voir rapport de la Cour des Comptes/CSCCA). De nombreux sénateurs et députés, évadés dans l’enrichissement illicite à travers les fonds publics de l’institution bicamérale et des organismes autonomes seraient de véritables « intelligents » (voir rapports de la DCPJ et du Sénat). D’ailleurs, dans leur dérive, quand les caisses du trésor public sont desséchées, ils profitent de leur « humilité » parlementaire pour recourir à l’enrichissement odieux par le kidnapping. « Gen Bagay, Gen Bagay, Gen Bagay ». O ! Tellement de journalistes affairistes métamorphosés en prostitués de l’onde, vendant leurs âmes et leurs armes, parce qu’ils se croient « intelligents ». « Yo pa egare » !

« Je wè, bouch pe » amplifie nos malheurs par le geste indigne d’enfiler la veste d’une lâcheté suicidaire dans un confort factice en passant le chemin de l’injustice bouche bée et les yeux bandés. Par notre indifférence, les vols, viols et crimes multiformes se perpètrent et se perpétuent avec une facilité choquante au pays. Pourtant, les références légales reconnaissent que les receleurs et même les témoins qui ne coopèrent pas à faire avancer les décisions de justice, sont passibles de peine et d’amende. En outre, dénoncer l’inacceptable est une initiative citoyenne. « Quand nous ne sommes pas dégoutés par ce qui est dégoutant, nous sommes devenus plus dégoutants que ce qui est dégoutant (sic) ».

L’approche participative salvatrice visant la paix et la sécurité en amont et en aval exige plutôt l’idéologie activiste du « Je wè, bouch pale ». Un voisin aurait contribué à dévier un kidnapping s’il avait choisi de composer le 114 (la PNH), sous toute réserve évidemment. Lors d’un accident de la route, au lieu d’organiser un « Live sur Facebook », s’il prenait de préférence l’option d’appeler l’ambulance (116), le passant aurait sauvé une vie. Le témoin oculaire aurait empêché la carbonisation intégrale d’un édifice en fumée s’il avait le réflexe de composer le 114 (Service de pompier[2]).

Ce n’est pas un slogan creux quand on lit dans tous les bus et de nombreux espaces publics de l’America « You see something, you say something ». Cette attitude active dissuade le crime, le terrorisme, l’injustice et donc aide à éviter des répercussions chaotiques. La barbarie dont a été victime Georges Floyd peut nous en persuader.

« Depi languinen ti nèg te rayi nèg » est un ticket accordé à la méfiance et à la traîtrise entre les héritiers de nos champions et immortels Toussaint et Dessalines qui avaient pourtant gratifié la postérité des fruits succulents de la solidarité humaine. Sans aucun gène, dans la honte et l’ingratitude la plus révoltante, l’année dernière, l’ingénieur Moïse a brandi un carton rouge à nos frères Vénézuéliens pour les déguerpir de l’OEA.

S’il trahit ses propres frères en des promesses fallacieuses de bananes pourries, ne soyez pas étonnés qu’il vous trahisse aussi. Nos excuses itératives à nos amis et frères héritiers des sacrifices du célèbre Bolivar, grand ami de Toussaint et de Dessalines.

« Fè byen se fwèt », s’inscrit comme un slogan destructeur des projets visant à s’entraider. « Pito nou lèd nou la » ouvre le champ à la médiocrité et au nivellement par le bas. Etonnamment, tous ces signifiants – épiloguant la haine, l’injustice, l’atavisme, le crime – deviennent des références notoires de cette équipe politique infâme qui accélère notre descente aux enfers.   

Tellement fascinant de constater au quotidien des véhicules blindés, onéreux et des brouettes de pye poul, zèl kodenn, zago kochon et de pèpè, qui se croisent, se klaxonnent et se côtoient sur la même route, sur les mêmes piles d’immondice, dans nos villes et nos bidonvilles en grossesse ectopique en perdition.

Pas un hôpital, pas une école professionnelle, pas une salle de cinéma, pas un parc sportif ; O ! Que de « crèmes de kokorat » (Réf. Gary Victor) énumérés au sein de notre pays au cours de ces dernières années furieuses qui ont produit des multimillionnaires dans le fatras, le kidnapping, le crime humain et financier.

Du bruit, de l’odeur nauséabonde, de la poussière, de la famine, des cabris sans cordes, des cochons traversant nos rues, des cadavres d’humains, de chiens, un véritable mariage indécent entre une laideur astronomique qui caresse une richesse pharaonique générée dans l’ignominie. Putain de merde !

Le mouvement viral « Ouvè le kò » intronisé sous l’ère du régime politique actuel invite à des pratiques de dévergondage, de débauches éperdues en des gouyad « Atè Plat » Ti-Mamoun, Ti-Rat, Ti-Sourit, T-Blada, à la TonyMix, à la Mechanste, à la Yes Aya.

Pas que les gouyad en soi seraient une pratique ignoble. Non ! Hormis ceux et celles qui ont fait vœu de chasteté dans la sincérité, quel adulte n’en savoure pas en toute intimité ? Mais cette dynamique Phtkiste de gouyad par ci et par là, à toute heure et en toux lieux, se prescrit à titre d’opium pour dissimuler la misère populaire. Cette idéologie atavique du clan Ti-Simone se dresserait comme une alternative macabre aux programmes de saines ambiances sportives et culturelles.

« Ouvè le kò» et « chawa pete », propulsés par les officiels démentiels

Ébahi, sidéré, hypnotisé, je visualise le capitaine de facto investi au fauteuil bourré de la Primature dans le blackout institutionnel aux heures indues trainant dans son sacrilège, son cortège de ministres, gouverneur et directeurs généraux, tous en bikini pour savourer à la Tony Mix les opus Ti-sourit et Ti-Mamoun dépourvus de solfège. Du plaisir débridé dans la république bananière, avec Jouthe comme chef de file de la chorégraphie officielle sous le joug des alliés détraqués Kakout, Barbecue et Kilikou, pendant que les familles se rident dans le miséréré.

Du train que ça va, ce n’est certainement pas un Léon tout neuf qui sortira des griffes de lion pour découvrir les secrets de la boîte noire du G9 pour garantir les mouvements « zandolit », « chawa pete » et « Ti-Blada » requis par le chef de la primature avec les meufs en première ligne des programmes Ti-Mamoun.

Espérons que dans la nouvelle Haïti un premier ministre reconnaîtra que tout discours d’investiture, notamment celui qui invite un nouveau DG de la PNH à prendre les rênes de la sécurité nationale, devrait être très soigné. Chaque mot émané d’une autorité étatique devrait représenter une canalisation des énergies, des options et des sentiers à emprunter par la jeunesse et surtout par les enfants.

Coup de massue au tympan de la méritocratie ; le petit faux-dieu faisant des pirouettes inutiles entre Pèlerin et le Champs de Mars est fasciné, épaté et émerveillé par des gouyads qu’il récompense dans l’euphorie. Parallèlement, la présidence n’honore pas nos petits génies qui décrochent des moyennes scolaires de 9/10.

Les consultations rhétoriques des doyens et recteurs d’université ne sont pas bienvenues à notre palais national badigeonné d’imposture, d’usurpation et d’improvisation. D’ailleurs, la matière grise risque la dorvalisation et la peine de mort ignoble pour avoir osé atteindre un niveau académique enviable au détriment de l’usurpation de titre qui fait rage au sommet de l’Etat. Trop c’en est trop ! 7 février 2021, n’est-il pas trop loin pour que cesse cette dérive ?

Arrêtez la connivence nuptiale du banditisme officiel-officieux !

C’est sans conteste de ces pratiques barbares « Nou pa egare » qu’un citoyen se permet de donner libre cours à un délit d’usage de faux dans un paraphe de titre d’ingénieur afin de défendre dans l’obscurantisme des contrats juteux de construction de pont et de route. De ce creux déontologique abyssal, Dieu seul sait combien de césariennes et d’interventions chirurgicales non nécessaires ont été provoquées par des médecins hypocrites qui se fouttent du serment sacré d’Hippocrate qui fait la promotion de la probité, la dignité et la charité.

Nous fuyons nos responsabilités de dénoncer l’inconcevable ; pourtant, ce qui s’opère au sein des institutions les plus nobles du pays, au vu et au su de tous, est passible d’amende et de prison dans les pays qui se laissent guider par la lumière. La corruption est classée dans les conventions les plus récentes comme l’un des crimes les plus graves contre l’humanité.

A remarquer pendant que des familles présidentielles qui ont chipé les ressources du trésor public font du « Style » en festoyant matin, midi et soir en Floride, à Manhattan, à Punta Cana, à Las Vegas, à Walt Disney, à Dubaï ; de nombreux enfants démunis brulent l’étape jouissive de l’enfance pour vite mettre sur leurs dos précoces de lourds fardeaux familiaux.

A dix ans seulement, la petite Manie est chef de famille ; trop tôt, elle est dans le négoce d’ambuler avec des sacs de sachets d’eaux afin d’apporter du « kichòy » à ses petits frères et sœurs à peine éclos et à sa courageuse maman frappée soudainement de handicap.

Dans la région, des dizaines d’officiels au sommet de l’Etat dont des présidents, ministres et premiers ministres, ont fini leur périple terrestre derrière les barreaux pour avoir fourré leurs longs doigts dans le trésor public. Chez-nous, la corruption est honorée, ovationnée et récompensée. La conspiration, la flagornerie, le vol, le crime et le kidnapping roulent en véhicules climatisés et blindés. Ils dorment paisiblement, sous la surveillance de la force de l’ordre que l’on prétextait les chercher pour les mettre hors d’état de nuire.

La Police circule la ville à la recherche de bandits wanted, pourtant ces derniers bambochent au palais avec leurs frères siamois, dans les résidences privées des grands commis de l’Etat, buvant dans les mêmes verres, mangeant dans les mêmes assiettes et faisant la sieste dans les mêmes piscines. Jeu de poker menteur !

Quand aucune punition n’est réservée à un larcin, le vice anodin se transforme plus tard en un crime grandiloquent. C’est de ce constat que les deux psychologues Américains James Q. Wilson et George L. Kelling ont formalisé la théorie de la fenêtre brisée «Broken Window Effect» publiée en 1982.

Puisqu’il s’avère que le président a fait usurpation de titre dans l’objectif de défendre des contrats publics en dehors des normes; puisque des rapports, des recherches, des investigations ont confirmé sans le moindre doute que des sénateurs et députés sont impliqués dans le vol, le viol et le kidnapping, comment peut-on s’étonner aujourd’hui qu’il y ait des disciples de la cleptomanie qui s’enrichissent dans le crime et le kidnapping ? Aucune surprise !

La femme de César ne devait même pas être soupçonnée ; pourtant, la femme de César est prise la main dans le sac. Et la vie continue pour la plus belle, « madame la Martine ». Aucune société ne saurait ne pas tomber dans le chaos sans de fermes balises d’intégrité.

Jadis, dans la plupart des quartiers, le déviant qui aurait chipé un régime de bananes, une poule ou un cabri, et à qui une seconde chance avait été accordée, s’était tout bonnement exclu des initiatives de groupe. Le cleptomane était mis à l’écart des jeux cérébraux, de foot, de basket, quitte à ce qu’il se révèle un élément clé sur lequel reposait la victoire d’une zone dans les face-à-face et les tournois interzones. Qu’il soit doté d’un talent maradonesque, ronadhinique ou perçu comme un Messi salvateur pour l’équipe, on se passait du service de tout jeune suspecté de déloyauté et d’irrévérence envers les valeurs intrinsèques.

Aujourd’hui, les jeux sont inversés dans la perversité. La médiocrité croise ses genoux sur le coup de l’excellence, dans une condescendance grandiloquente. « L’exquisité n’arrive pas à respirer ». Le sauvage l’emporte sur le sage. La bêtise supplante l’intelligence ; le pillage taxe l’intégrité d’égaré. L’imposture aux agendas vides fait le vedettariat sur la pensée structurée et sur les projets planifiés. Notre société est mal barrée. Il faut définitivement un déclic et une halte-la pour assurer un retour à l’équilibre, dans le meilleur délai, idéalement avant le 7 février 2021. We Can’t Breathe !

En panne de vision et d’inspiration, la Primature fait « copy & paste » des slogans des gangs vedettes de la cité. Le PM lance son nouveau slogan « Je kale a li ye, manyen youn manyen tout ». BIC : « Eske tèt yo drèt ? ». Je continue de fatiguer la matière grise en des réflexions fatidiques ; je n’arrive pas à décoder le message émané du gouvernement. PM de facto, c’est quoi le message ?

Compatriotes dignes filles et fils de nos ancêtres ; nos pensées, positives comme négatives, finissent toujours par devenir des œuvres concrètes. Ne laissons donc pas notre esprit se promener dans tous les chemins. Rentrons dans la dynamique actuelle de la défense des droits de la collectivité, coiffée par la pensée dialectique « You see something, you say something ».

Dans un esprit de synchronie, de synergie et d’engagement citoyen, la raison doit se mobiliser dans l’optique de déguerpir la flagornerie et l’ineptie de la périphérie et de la profondeur des axes stratégiques de la patrie. Tel que l’a compris le peuple américain par exemple à travers son expression sincère dans les urnes, Haïti a besoin d’une césarienne salvatrice, à opérer par le bistouri du vote populaire. Pensons-y, après que la transition aura nettoyée les écuries d’Augias au lendemain du 7 février 2021 !

Avec des serpes, nos pères nous ont libérés; pourtant, des perses internes et externes en ont récolté les fruits juteux dans le « peser et sucer ». Remarquons que cela devient une « rance » d’incarner n’importe quel écran dans le crane de nos institutions ancrées dans une médiocratie rancie pendant trop longtemps.

Quand la politique veut, l’économie peut. Nos vœux les plus sincères, c’est que notre pays emboîte le pas aux agendas dressés par les pays émergents qui déroulent tapis rouge à la science, l’éthique et l’excellence, en vue de sortir du bourbier politique, économique et social. Que la science et la conscience s’indignent et s’y engagent à fond afin de stopper l’hémorragie pour que décidément déférence soit témoignée envers la décence, la transparence et l’excellence.

Périssent les flagorneurs, les voleurs et les menteurs. Haïti ne doit pas périr.

Carly Dollin

carlydollin@gmail.com


[1] https://lenouvelliste.com/article/202240/dermalog-la-commission-recommande-de-mettre-laction-publique-en-mouvement-contre-martine-moise-et-le-dg-de-loni-jacques-elibert

[2] https://ht.ambafrance.org/Numeros-utiles-en-cas-d-urgence

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