Pour un nouveau système d’éducation qui ne sera plus un défi pour certains élèves et un fardeau pour d’autres

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Samedi 27 juin 2020 ((rezonodwes.com))– Ceux et celles de ma génération conviendront avec moi que l’école ne nous a pas enseigné le raisonnement, l’esprit critique et la logique et que nos professeurs étaient des narcissiques qui ne faisaient qu’exhiber leurs intérêts mesquins et une admiration excessive pour eux-mêmes et leurs savoirs.

Nous avons ensemble constaté que l’école de ces temps-là a anéanti et humilié une multitude de jeunes qui n’ont jamais été leur priorité et qui ont fini par être victimes de leur insouciance. En fait, nos professeurs étaient des maîtres et seigneurs et leurs exposés, une parole d’évangile qui ne devait jamais être questionnée, car en aucun cas, nous ne saurions être plus intelligents que ceux qui nous enseignent.

Il est inconcevable que les élèves reçoivent une note d’échec parce qu’ils n’ont pas pu arriver à trouver l’aire et le périmètre d’un polygone ou qu’ils soient humiliés parce qu’ils sont incapables de diviser un nombre en plusieurs chiffres. Il est en outre impensable que les sciences libérales n’aient pas les mêmes poids et mesures d’évaluation que les sciences exactes sachant pertinemment que les premières peuvent inculquer aux élèves les compétences nécessaires pour mieux résoudre les problèmes mathématiques, physiques et chimiques.

Les méthodes de notation, les punitions corporelles et celles consistant à isoler au fond de la classe les enfants avec les moyennes peu satisfaisantes servent à asseoir la genèse de la discrimination entre les élèves qui se cataloguaient très tôt en supérieurs et inférieurs dès les premiers contrôles. Cette répartition, souvent subjective, ne tenait jamais compte de la capacité d’adaptation d’un enfant, d’une pathologie non encore découverte comme une myopie, une baisse de l’audition, un bégaiement ou des difficultés familiales.

Notre éducation s’en fou des catastrophes comme parents divorcés, mères battues, pères cocus ou l’un des principaux fléaux, la faim engendrée par la misère endémique. Pire encore ces innocents, très tôt taxés de crétins, étaient immédiatement marginalisés par les enseignants qui se la coulaient douce avec les petits génies réunis devant leur bureau grâce à leur première note supérieure ; alors que la logique élémentaire aurait dû les faire comprendre que ce sont ceux qui croupissent en arrière qui ont besoin de leur aide.

Le comble, chaque cours est une opportunité pour les professeurs d’exposer magistralement leurs connaissances pour soumettre les élèves les plus doués à des challenges tout en négligeant ceux qui ont de la difficulté à lever ces défis. Bref, l’apprentissage en Haïti n’évalue pas, mais récompense les meilleurs pendant qu’il humilie les moins doués, car il ignore les problèmes environnementaux ou mentaux qui pourraient bien impacter la compréhension d’un élève lambda.

Néanmoins, depuis à peu près une décennie, je décèle un soupçon de changements de méthodes d’apprentissage dans l’éducation haïtienne, sauf que les techniques d’application ne sont pas communiquées avec efficacité pour remettre en question la façon dont le ministère de l’éducation nationale pense aux réalisations académiques et aux relations professeurs-élèves. Malgré ces changements, les professeurs continuent de faire des exposés magistraux bien que les fiches techniques disponibles requièrent qu’ils ne soient plus des enseignants, mais des guides, des accompagnateurs ou des moniteurs. Le gros du travail repose sur les épaules des élèves, qui dès réception des fiches techniques, doivent s’atteler à faire des recherches, sans ou avec peu d’assistance de leurs professeurs, pour mieux comprendre les cours en vue de se préparer pour les examens sous la supervision de leurs parents si jamais, ils sont eux-mêmes des lettrés.

Là encore, en dépit de mon penchant pour ce nouveau système, j’avoue que les examens comportent encore des relents discriminatoires surtout en matière de construction de texte et de chances égales de préparation. Ils sont aussi les sources d’échec de plusieurs élèves qui ne peuvent pas s‘adapter à un système faisant intervenir à outrance la mémoire ou le rabâchage par cœur qui n’est qu’un facteur de l’intelligence, mais qui ne saurait être l’unique atout pour exceller dans un système de défis et de pressions académiques. Les élèves devraient être placés dans un environnent dotés d’outils permettant de développer leur aptitude de raisonnement ou d’argumentation.

Je propose un nouveau système d’apprentissage qui ne sera plus basé sur les profils de calculs, mais sur la maîtrise des notions académiques selon le rythme des élèves et non selon des normes ségrégationnistes établies préalablement par les leaders de l’éducation. Il faut commencer par mettre le professeur face au fait que le temps des exposés magistraux sans méthode d’apprentissage est révolu, mais que nous sommes à l’ère de l’assistance et du tutorat pour mettre les élèves au siège du conducteur et leur permettre de développer leur propre style d’apprentissage et leur propre pondération pédagogique.

Ce nouveau système, au lieu de donner des notes positives et négatives priorisera l’éducation qui sera faite en aval de manière interactive c’est-à-dire que les élèves seront habilités à naviguer vers de nouvelles notions après qu’ils aient démontré une maîtrise de celle -ci à travers l’identification, la préparation ou la soumission d’hypothèses scientifiques .« Tu as obtenu 3 sur 10 parce que tu es un nul, un idiot, un sot » sera remplacé par « Explique-moi ce que tu n’as pas compris pour que je puisse t’aider à avancer vers les nouvelles compétences.» Les élèves en difficulté saisiront cette opportunité pour expliquer aux professeurs leurs difficultés personnelles, leur processus de compréhension et de résolution de problèmes. Certainement les élèves seront évalués après chaque devoir ; je propose clairement que leur évaluation soit basée sur des critères de standards et non de notes.

Au lieu de notes, le système appliquera une échelle codée par couleur où chaque couleur déterminera si les performances de l’élève sont conformes, ne sont pas conformes, s’approchent ou dépassent les standards. Les professeurs eux-aussi seront évalués et obligé à soumettre des explications sur le taux d’échec continu de toutes leurs classes ; résultats dont certains enseignants osent même tirer une source de fierté. Je note pour vous que le système de notation ne sera pas un outil qui va déterminer la réussite ou l’échec des élèves, mais identifier les élèves en difficulté pour qu’ils reçoivent l’assistance qui leur sera nécessaire pour avancer.

Cela impliquera aussi que les élèves ne seront pas pénalisés ou ne recevront pas une mauvaise note pour avoir remis de mauvais devoirs ou pour n’avoir pas saisi un sujet de très tôt, car les progrès seront cumulatifs. Si malgré les aides continues des professeurs, les élèves n’arrivent pas à maîtriser les compétences relatives à leur niveau, je propose que des mentors, des médecins spécialisés et des psychologues soient affectés aux établissements scolaires avec la mission d’évaluer les conditions qui handicapent l’apprentissage efficace de ces élèves en difficulté et, ultimement recommander des solutions pour leur progression cumulative.

Les sommes allouées aux apéritifs, café fort et autres stimulants dans le budget national devraient suffire à sauver nos jeunes cerveaux. “De quel pays parlez-vous » s’exclameront les plus pessimistes » Je parle d’Haïti. Réveillons-nous, si pays il y aura encore dans les années futures, il nous faudra rompre avec les méthodes archaïques et nous réinventer comme nous le faisons avec la technologie sur un simple téléphone avec lequel nous dialoguons et cherchons même à comprendre ses moindres difficultés.

Puisque nous sommes en train de réussir avec un outil technologique qui n’a pas d’âme, nous le pouvons mieux avec de petits êtres doués et de fibres fragiles et sensibles. Nous pouvons les montrer que nous sommes doués de raison et de compassion pour l’émergence d’une éducation plus performante et non de connaissances à transmettre de manière verticale. Aucun élève ne doit être abandonné ou simplement chassé, car la défaite d’un élève est aussi l’échec de son établissement scolaire sans oublier l’argent déboursé par ses parents.

Dr. Bobb RJJF Rousseau

Droit et Politiques Publiques

Gestion de Gouvernement Local

Dr. Bobb RJJF Rousseau

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509-204-2773

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