Le président de la fédération haïtienne de football : Prédateur sexuel ou simple victime d’un tabloïd anglais

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Accusé de viols et d’agressions sexuelles sur de jeunes joueuses du centre technologique national, le président de la fédération haïtienne se trouve désormais acculé et mis sur le banc des accusés. S’il peut encore se targuer du soutien de ses plus proches collaborateurs, les organisations féministes semblent ne pas l’entendre de cette oreille et appellent la justice haïtienne a se saisir des faits. 


Par Raphaël Isaac.Diplômé en Droit et Science Politique de l’Université Paris XIII. 

Dimanche 3 mai 2020 ((rezonodwes.com))–Un cauchemar. Indubitablement, voire même pire que cela. C’est le terrible sort qu’auraient connu ces cinq dernières années, de dizaines de jeunes pensionnaires du centre technologique national, situé à la Croix des Bouquets, une banlieue nord de la capitale haïtienne.Si l’on en croit une enquête publiée dans les colonnes du très prestigieux journal britannique, the Guardian, de hauts responsables du football haitien se seraient rendu coupables d’infractions pénales des plus graves et en l’occurrence : viols, agressions sexuelles, abus de faiblesse sur personne vulnérable, détournement de fonds et de corruption. 


Dans une minutieuse enquête rendue publique jeudi dernier, le journaliste, droit dans ses bottes et sûr de son coup, met directement et personnellement en cause le président de la fédération haïtienne de football.La gravité des faits est telle que la justice haïtienne devrait immédiatement et sans condition aucune, mettre en mouvement l’action publique afin de démêler le vrai du faux. 


En effet, les faisceaux d’indices et notamment, les toimoignes supposés des victimes et les vidéos circulant sur les réseaux sociaux sont quasiment suffisants, pour parfaire l’intime conviction de plus d’un. 


À ceux pour le moment et souvent dans un esprit partisan, qui invoquent au bénéfice de l’accusé, le principe bien connu de la présomption d’innocence à moi, l’avocat pénaliste que je suis, de les rappeler que ce principe selon lequel, toute personne qui se voit reprocher une infraction est réputée innocente tant que sa culpabilité n’ait légalement démontrée, ne peut se prévaloir en réalité, que dans les pays dans lesquels, l’appareil judiciaire est totalement assaini et indubitablement indépendant du pouvoir politique.


Au principe de la présomption d’innocence, j’ose, envers et contre tous, opposer le principe de la culpabilité à l’encontre des accusés dans cette affaire. Pouvons-nous avoir confiance dans le système judiciaire haïtien ? Rien n’est moins sûr et à ce sujet, le doute n’est plus permis. 


En Haïti, pays où le système judiciaire est au service des plus riches, il revient par conséquent, à chaque citoyen, dans les affaires dans lesquelles sont impliquées les hommes de pouvoir, de se forger leur propre opinion. Quand la justice instituée faillit à ses missions régaliennes, que personne ne s’étonne que le droit devient ce que les médias et les citoyens disent qu’il est. 

En effet, à en croire The Guardian, le président de la fédération haïtienne de football serait pour ainsi dire, un prédateur sexuel chevronné, avec une parfaite maîtrise de son art. Selon le journaliste enquêteur, son modus operandi est parfaitement maîtrisé.Dans sa toute puissance, pour assouvir ses pulsions sexuelles, Monsieur Yves Jean-Bart aurait pris l’habitude de s’en prendre systématiquement aux pensionnaires les plus vulnérables et aux conditions sociales des plus difficiles.


En résumé, pour espérer se faire une place au sein de l’équipe nationale, ces jeunes n’avaient d’autres choix si ce n’est que de se plier aux désirs sexuels du président!  Au journaliste de raconter que lors d’un entretien avec Monsieur Jean-Bart, une fillette de quatorze ans se serait vu obliger de se déshabiller pour être ensuite allègrement violée. 


Pour faire simple, les victimes du président Jean-Bart auraient toutes la même caractéristique à savoir: fragiles, mineures et socialement démunies. Comme quoi, on peut être tout dans notre pays, sauf être pauvre!Lè w’ sot pi wo, ou pran pi gwo so. 


Quand on sait l’espoir d’un lendemain meilleur qu’une jeune footballeuse haïtienne peut nourrir en intégrant l’équipe nationale, comment ne pas comprendre, que même pas une seule, n’ait eu le courage de porter les faits à la connaissance de la justice haïtienne. 


N’étant pas dans le secret des dieux, il m’est  impossible de prendre position en faveur de l’accusé ou ses victimes potentielles. Toutefois, ce serait en totale contradiction avec les valeurs que je porte, de ne pas manifester fermement et dignement mon penchant en faveur de ces jeunes demoiselles dont, les rêves, auraient été sacrifiés sur l’autel des désirs sexuels d’un président agissant en toute impunité. 


En Haïti, le viol et les agressions sexuelles sur mineurs sont à deux doigts d’être dejudiciarisés. A ce titre, c’est toujours malheureusement les victimes qui se trouvent sur le banc des accusés.
Certes, si pour des raisons psychologiques, économiques et culturelles, nous ne disposons pas de données fiables sur les victimes d’abus sexuels en Haïti, aux dires de certains professionnels, deux fillettes haïtiennes sur cinq ont été victimes ou, seront victimes d’abus sexuels répétés au cours de leur vie.Si par malheur, le violeur porte une étiquette d’homme politique, de professeur ou d’un simple notable, son impunité sera de droit.


Grâce à son pognon, le coupable a la certitude de pouvoir soudoyer les juges ou acheter le silence de la famille de la victime. Eh oui, en Haïti, au 21ème siècle, la virginité de nos enfants s’achète comme de vulgaires objets de consommation. Comme l’a dit avant moi Ferenczi, le viol est un événement qui induit chez la victime, une » commotion psychique » indéniable.La femme violée cesse à la limite de vivre, son corps, son honneur, sa dignité lui ont été tout simplement arrachés.Qui dit viol ou agressions sexuelles, dit souffrances physiques, psychiques et psychologiques.

Alors même que le code pénal haitien dans ses articles 278 et suivants criminalise le viol, rare sont les juges qui vont jusqu’à condamner un violeur à une peine de réclusion criminelle.Les faits reprochés au président de la fédération haïtienne de football sont d’une extrême gravité.Que personne ne laisse entendre le contraire. Se contenter, comme vient de le faire la FHF d’invoquer  » un ourdi complot étranger » contre le président Jean-Bart, c’est cautionner à demi-mot ces actes odieux dont auraient été victimes nos jeunes compatriotes.


J’ose espérer que la justice de mon pays se donnera la peine de mener une enquête digne de ce nom, afin que toute la lumière soit faite dans cette affaire hors norme tant dans son ampleur que dans sa gravité.


N’ayant plus aucune confiance dans la justice de mon pays, j’appelle de mes  vœux que les éventuelles victimes vivant à l’étranger osent saisir la justice de leur pays d’accueil.Si en Haïti le violeur peut se payer le juge de son choix, tel est loin d’être le cas aux États-Unis d’Amérique ou en Europe.Monsieur Yves Jean-Bart doit répondre immédiatement de ses actes. Il en va ainsi d’une bonne administration de la justice. 


 L’Haiti de mes rêves, des rêves de nos aïeux ne saurait être une Haïti des puissants, une Haïti où l’impunité est érigée en norme. 


Isaac Raphaël Dieuphene.

2 COMMENTS

  1. On connait une bonne partie des Haitiens, il pourrait faire des Envieux. Ce n’est pas en dehors de notre histoire et on n’a jamais pris la bonne direction (l’Éducation à la Citoyenneté) pour l’exorciser dans le tempérament de l’haitien. Parait-il, c’est la même réalité pour les pays d’Afrique.

    Dans ce cas précis, si c’était une éventuelle plaignante, on pourrait jouer la carte des Envieux, tout en recourant à une enquête indépendante pour déterminer la vérité des faits ou pas. Mais s’agissant de plusieurs joueuses, la carte des Envieux est à écarter. On est en face d’une autre réalité, peut-être proche de Larry NASSAR [1].
    Ce qui est important, le dossier laisse les frontières de l’ État marron, de l’Impunité et du Kase Fèy Kouvri!

    [1] How Larry Nassar Got Away With Decades of Sexual Abuse | NYT
    Lawrence G. Nassar, the sports doctor accused of sexually abusing more than 160 young women, committed his crimes with impunity for decades. Here’s how. https://www.youtube.com/watch?v=jnzliiDln64

    • Lisez: Ce qui est important, le dossier laisse les frontières de l’ État marron, de l’Impunité et du Kase Fèy Kouvri Sa!

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