Agro Michel William : Ai-je parlé à des ânes quand je parle agriculture en Haïti?

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par Michel William

Jeudi 29 mars 2018 ((rezonodwes.com))– Je suis agronome depuis 1971. Dans ma profession d’agronome j’ai toujours côtoyé la réalité du terrain qui ne m’a jamais permis d’avoir un langage de bois. Dans cette profession, j’ai agi, j’ai investi, j’ai démontré, j’ai écrit, j’ai parlé, j’ai dénoncé, j’ai indexé. J’en ai accusé.




Tous les actes qui fâchent le monde officiel. Je me suis senti uni à tout qui ce qui respire la modernité agricole . Dans tout autre pays républicain de la région ma contribution à la chose agricole aurait été des plus recherchées. En Haïti c’est le monde à l’envers. Ce sont les conseils des cancres et des économistes démagogues, nationaux et étrangers, que les gouvernements haïtiens recherchent pour compliquer la donne agricole. Plus je parle ,plus ça change du même au pareil. Qui pis est, la politique remet en selle les mêmes opérateurs à l’ origine de la crise de production comme pour donner une prime á l’irresponsabilité.

Quand je parle á des agriculteurs , je suis toujours compris, tandis que quand je parle au gouvernement haïtien et à la coopération internationale je ne suis jamais compris. J’ai toujours soutenu que dans l’agriculture les gens ne vivent pas mais survivent et vivotent. Un agriculteur haïtien même éclairé est un forcené et la classe politique s’aviserait de ne pas en abuser. Malheureusement les hommes politiques au pouvoir ont la tête dure lorsqu’il s’agit d’écouter les conseils de ceux la qui partagent avec les agriculteurs le calvaire quotidien de leurs métiers de tous les jours. Je meurs d’indignation. Ils financent des projets qui ne profitent qu’à eux mêmes. Souhaitons qu’avec Evans Paul et Josué Pierre Louis á la primature haïtienne les feuilles de route agricole épousent les intérêts réels des producteurs et non ceux des oligarques haitiano dominicains et étrangers qui dictent au gouvernement en général et au MARNDR en particulier ce qu’ils doivent faire pour bloquer la production nationale.

A force de crier quotidiennement mon indignation dans l’agriculture, et pour éviter d’affaiblir un gouvernement que je sentais mien, j’ai pris la sage décision de me calmer. Mais très vite dans l’accalmie je découvre que le calme équivaut plutôt á un acte de démission qui concède au gouvernement l’exutoire idéal qu’il recherche sans avoir besoin de se bétonner les oreilles comme à l’accoutumé.




Voici, qui sont allés droit dans le mur politique haïtien, quelques messages abondamment forts envoyés depuis longtemps aux gouvernement haïtiens de Namphy I á Martelly :

1-Haïti est un pays de paradoxe. L’agriculture montagneuse qui est la plus technique et la plus coûteuse en terme d’innovations techniques et technologiques est délaissée aux seuls paysans pauvres mentalement et économiquement. Cela ne peut plus marcher. En montagne comme en plaine rien ne va plus dans le secteur agricole. La production végétale. La production animale. La production forestière. La production maritime. Nous achetons presque tout de l’étranger et de la république dominicaine. Même si la solution du problème agricole haïtien dans un contexte d’état administrativement et économiquement faible n’est pas pour demain, pour autant que les reformes sont douloureuses et coûteuses à mettre en place, il reste que des stratégies partielles d’allégement de crise restent possibles ,que certaines d’entre elles ont été proposées qui n’ont même pas été essayées.

2-Le reboisement est le problème environnemental majeur du pays. Sa problématisation est structurellement liée á celle de l’agriculture .La survie sociale et économique du pays en dépend. Sa mise en œuvre est toujours en porte à faux avec les projets farfelus du genre de plantation de millions de plantules, de manipulation économique éhontée du moringa ou du reboisement aérien. Les ânes de la politique refusent d’admettre que le reboisement en Haïti est obligatoirement lié á une agriculture arboricole conversationniste tournée vers l’industrie pour créer l’emploi d’une part et á l’organisation de la justice, de l’armée et de la police dans les sections communales de l’autre, pour forcer et faire respecter les conditions républicaines de sa réussite. Un citron acheté de la République Dominicaine est vendu a 12 gdes 50 le petit fruit. Le sac 7.500 gdes chaque année au mois de Mars. Depuis l’année 2000 je recommande de planter le citron en privé sur quelques 500 à 1.000 has dans les plaines de l’Arcahaie ou de Léogane pour éviter la répétition de cette hécatombe dans le panier de la ménagère. Les autorités ont préféré aller au Moringa plutôt qu’au citron qui intéressent au premier chef toutes les femmes d’Haïti.

3-Haïti faisant face à un problème d’insécurité alimentaire annuelle croissante, il faut faire des 40.000 has de Savane Diane le grenier d’Haïti en confiant son exploitation à des compagnies nationales ou internationales pour la production en Haïti des aliments que nous achetons chaque jour sur le marché dominicain. De même, la culture conversationniste des tubercules dans les montagnes humides comme stratégie paysanne de lutte contre la sécheresse devrait intégrer les politiques publiques agricoles. Qu’on me donne un exemple de politiques agricoles publiques qui aille dans cette direction de Namphy I á Martelly!

4-Le développement de la pêche maritime nécessite des investissements relativement lourds que ne peuvent supporter ni les pêcheurs ni les ONG humanitaires. Ces investissements sont rentables avec le potentiel des poissons migratoires qui passent chaque année dans le canal du vent et que la FAO évalue entre 10 á 14 mille tonnes. A raison de 100 gdes le prix de la livre payée aux pêcheurs, cette potentialité représenterait une injection annuelle d’ environ deux milliards de gourdes dans la classe des plus vulnérables. Depuis plus de cent ans la prise annuelle de ces pélagiques côtiers ne dépasse pas 2.000 tonnes. Nous en laissons le pillage à la république dominicaine et à Cuba. L’exploitation de ces ressources devra être faite non pas comme présentement avec les pêcheurs appuyés par les ONG humanitaires mais par les pêcheurs en association avec les hommes d’affaires du pays via le crédit bancaire qui financera un véritable projet d’industrie de la pêche.




5-Aujourd’hui tout programme de relance agricole en dehors du discours agricole politiquement correcte se devait d’encourager avec toutes les garanties que de droit une agriculture commerciale faite naturellement avec les proches du pouvoir politique (protégés, parlementaires, innovateurs agricoles naturels) et avec les dix mille diplômés sortis des universités d’agriculture publiques et privées qui, n’ayant rien á faire, s’improvisent professeurs au sens péjoratif du terme dans les écoles “borlettes” du pays. Cette agriculture commerciale devra venir en complément de l’agriculture paysanne appelée á s’améliorer á long terme parce que incapable de combler les besoins alimentaires croissants d’une population elle même grandissante. Aucune réaction.

6-Le crédit rural avec une banque nationale de développement sous contrôle de la BRH sans interférence du Canada , des USA et de l’Union Européenne qui minent avec leur supplétifs, SYfAAH, le LEVIER, toute velléité de volonté du gouvernement haïtien de créer une véritable banque de crédit (BNDA) pour relancer l’agriculture haïtienne.

7-Le retour des services de recherche développement qui conditionnent la faisabilité du crédit dans tout programme de relance agricole du pays est bloqué par l’organisation régionale IICA depuis 1982 parce que le gouvernement haïtien aura maintenu depuis trente trois ans á la tête de la représentation d’Haïti à Port-au-Prince, un dominicain qui devrait rester seulement trois ans à ce poste. On se pose la question si ce monsieur n’est pas à la fois un espion de la CIA et de l’intelligence dominicaine pour boycotter le développement agricole du pays .Quelle est la position du chancelier Duly Brutus sur ce sujet à un moment où les relations hatiano-dominicaines ne sont pas seulement tendues?

8-Haïti avec l’aide de techniciens étrangers vient d’accoucher d’une politique de relance agricole et d’une reforme institutionnelle qui enfonce dix pieds sous terre l’administration du MARNDR appelée á supporter les changements de fonds. On n’en est arrivé la, parce que la coopération UE,FAO, USAID,BID, FMI, BM et l’IICA, a toujours écarté d’un revers de main ,la formule originale , cadres retraités du MARNDR , directeurs départementaux agricoles et l’association nationale des casecs du pays pour définir les contours de tout programme de relance agricole du pays. Cette idée rejetée par les tuteurs permanents du MARNDR, signe au départ la sentence de mort de tout programme de relance agricole dont les grandes axes auront été infectées du virus de l’assistance technique internationale.

Définitivement on se demande si en parlant agriculture à l’administration de Martelly , on ne parle pas aussi à des ânes qui n’ont pas soif et que l’on force à boire de l’eau. Cette administration contiendrait elle effectivement que des ânes ? Elle en a tout l’air puisqu’elle donne la perception qu’à la tête de l’Etat ,les autorités politiques ne voient plus avec leurs yeux, n’entendent plus avec leurs oreilles. Elles préfèrent s’accoquiner aux diplomates et aux oligarques haïtiano-dominicains qui agissent dangereusement pour liquider l’économie artisanale d’Haïti.

michelwilliam1000@hotmail.com
Port-au-Prince 6 mars 2015

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