Haiti : 3 cycles de régimes populistes, 60 ans de déclin! par Robert Benodin

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Orlando, jeudi 2 novembre, 2017 ((rezonodwes.com))– On est aujourd’hui, au 8e gouvernement du 3e cycle des régimes populistes des deux extrêmes, qui depuis 60 ans gèrent le déclin d’Haïti, pour en faire le pays le plus pauvre de l’hémisphère, classifié parmi les 4 pays les plus corrompus du monde. Ceux qui auraient souhaité, que ce dernier avatar de ce 3e régime populiste, soit une rupture, par rapport aux 7 autres qui l’ont précédé. Confrontés à l’impossibilité d’étayer ce souhait, par des arguments persuasifs et convaincants, se trouvent dans l’obligation de fuir par la tangente, pour se réfugier dans une supplique débile : « Il est trop tôt. Donnez-lui sa chance. »






Alors qu’il suffit de se rendre à l’évidence, qu’il ait été catapulté à la présidence, que par le même rituel électoral, géré qu’à partir du même système électoral vicié, contrôlé par les mêmes puissances hégémoniques occidentales et par les mêmes oligarques. Tous ceux qui font parti des 3 pouvoirs, qui de fait occupent les plus hauts sommets de l’Etat aujourd’hui.

Sans aucune exception, ils n’appartiennent qu’à cette même caste, qui s’est renouvelée de génération en génération, pendant ces 60 dernières années. Ayant les mêmes patrons. Servant les mêmes intérêts. Fonctionnant sous l’égide du même système néocolonial. Etalant le même niveau d’incompétence. Ayant les mêmes réflexes. Pratiquant les mêmes bricolages politiques.Ces faits sont irrécusables. « If it looks like a duck, swims like a duck, and quacks like a duck, it’s definitely a duck! »

Il ne faut pas ignorer ce fait que nos classes moyennes et nos masses, ne souffrent pas d’amnésie. Que ce cumul de crises irrésolues et de revendications insatisfaites, continue à demeurer pertinent dans leur vie. Nos classes moyennes et nos masses, qui en sont les vraies victimes, continueront à les charrier à l’avant-scène politique, jusqu’à leur résorption. Pour eux rien n’a changé, depuis 60 ans ! Ce n’est pas par l’effet du hasard que leurs filles et leurs fils, sont contraints à fuir leur pays natal et leur famille, à la recherche d’une vie meilleur, leur offrant plus de dignité et des perspectives d’un meilleur avenir, pour eux et leurs progénitures. Certes cette fois-ci, c’est le budget de fonctionnement de l’année fiscale 2017-2018, qui est devenu l’élément catalyseur par le biais duquel, nos classes moyennes et nos masses, ont repris collectivement leurs revendications, avec la détermination d’affronter ce nouveau gouvernement.




Le fait que les décideurs nationaux et internationaux ont, par le biais du même rituel et des mêmes processus traditionnels, catapulté au pouvoir, un nouveau personnage, sans aucune popularité préalable à son parachutage soudain à l’avant-scène politique. Ne signifie pas, pour autant, que son origine sociale et la satisfaction des exigences ethno-politiques, suffisent pour en faire automatiquement un deus ex-machina,  constituant en même temps une rupture. Qu’on ait refait les cartes. Que les jeux soient faits. Et que le tour soit joué. Les oligarques qui se sont battus du bec et des ongles, pour nous faire avaler cette couleuvre, n’ont pas compris, qu’il y a des prérequis que l’on doit respecter, pour que ces manœuvres de catapultage à la présidence, réussissent.

Il faut que celui que l’on choisit, ait, au départ, une certaine popularité, peu importe le domaine. Comme ce fut le cas pour Aristide et Martelly. Tel n’a pas été le cas pour ce nouvel inconnu. Il n’a aucun point d’ancrage populaire. C’est pour cela que dès le lendemain de son intronisation, conscient de cette carence, il s’est engagé immédiatement dans cette campagne postélectorale, la caravane du changement. Le timing étant malheureusement foiré, trop tard dans un monde trop vieux. Même dans ce jeu de dupe, où « twt vom se dô », il faut se rendre à l’évidence qu’il y a encore des règles cardinales, auxquelles on ne peut pas échapper. Le bricolage politique a ses limites. Il faut savoir les reconnaître et les respecter, avant de s’y aventurer !

Par contre, il y a aussi d’autres faits que l’on ne peut pas imputer qu’au nouveau chef d’état. Mais, qui néanmoins, contribuent à augmentent la faiblesse et la fragilité de son pouvoir. Le fait que cette frange de l’oligarchie, qui a pu réussir à se maintenir dans l’écume de cette vague insurrectionnelle, jusqu’à son aboutissement, le renversement du gouvernement d’Aristide, le 29 février 2004. Pour faire ce saut qualitatif et devenir à part entière, un des décideurs qui choisissent, selon le même rituel traditionnel, ceux qui désormais devront devenir les nouveaux chefs d’état en Haïti. Et ensuite, sous le régime PHTK, ceux qui deviendront des parlementaires. Cette frange de l’oligarchie a commencé à exercer ce rôle, depuis le gouvernement provisoire de Boniface Alexandre et de Gérard Latortue.

En contrôlant au fur et à mesure, les avenues qui mènent aux pouvoirs. Aux élections générales de 2006, on se rappelle, que l’impression des bulletins de vote, n’a pas été octroyée, comme de coutume, aux grandes imprimeries locales, mais à Réginald Boulos qui les a faits imprimer en République dominicaine ! Une affirmation ostensible et sans équivoque qu’il y a désormais « a new sheriff in town » ! Il est à remarquer que cette frange de l’oligarchie, a contribué directement, avec Juan Gabriel Valdès et Gérard Latortue, à gérer le retour austatu quo ante, avec le second mandat de René Préval. Et le 28 novembre 2010 avec l’ambassadeur Kennett Merten et la Minustah, mettre fin au régime Lavalas et gérer la transition, du régime Lavalas au régime PHTK.

Depuis 2004, les Etats-Unis se sont rendus compte, qu’ils ont un nouveau partenaire, pour le processus du choix des gouvernants haïtiens, dont ils ont toujours eu l’exclusivité depuis 1915, en assumant seuls, tous les frais d’aides étrangères et des subventions, venant des taxes payées par ses citoyens, pour maintenir et imposer son régime néocolonial en Haïti. En se posant la question, à quel titre ce nouveau partenaire partage-t-il, un privilège aussi important ? Les Etats-Unis ont ouvert une enquête sur 30 ans de fonctionnement de ces oligarques en Haïti, pour vérifier dans les faits, si ce partenariat, est justifié, et sur quoi cette justification se base-t-elle ?

Les Etats-Unis, découvrent, à son grand étonnement, qu’ils n’ont qu’un rôle parasitaire, jouissant d’un « free ride », aux dépends d’Haïti et desEtats-Unis ! L’enquête publiée dans le premier trimestre de l’année 2012, a révélé que ces oligarques bénéficient, en Haïti, de franchise douanière s’élevant à plus de 1 milliard de dollars US l’an et d’exemptions sur l’impôt sur le revenu s’élevant à 1.4 milliard de dollars US l’an. Dans ce rapport, il est mis en exergue, que l’Etat haïtien, a certainement un manque à gagner de plus 2.4 milliard de dollars USl’an, en octroyant ces privilèges aux oligarques, qui s’enrichissent aux dépends du pays le plus pauvre de l’hémisphère.

A cause de cette anomalie, les Etats-Unis ont pris la décision de réduire substantiellement l’aide étrangère et les subventions, en mettant en exergue le besoin impérieux, pour ce gouvernement, d’entreprendre une réforme fiscale, pour remédier dans l’immédiat, à cette situation inacceptable qui ne peut plus continuer. Cette décision et cette recommandation, ne correspondent-elles pas, aux exigences que font, ceux qui s’opposent, critiquent et protestent contre le budget de fonctionnement 2017-2018 ?

Coïncidant aussi avec le départ de laMinustah, le besoin impérieux de cette réforme fiscale, combiné au fait que les Etats-Unis, depuis 2016, aient fermé la vanne des aides et des subventions au gouvernement haïtien. Ces faits ne contribuent-ils pas, à affaiblir et à fragiliser ce nouveau gouvernement qui, gérant une caisse publique vide, choisit de ne taxer que les plus démunis et les plus vulnérables, en protégeant les intérêts, lesmonopoles, les franchises douanières et les exemptions sur les impôts sur le revenu, des nantis et des plus riches du pays ?

En quoi ce nouveau gouvernement constitue-t-il une rupture par rapport aux 7 autres qui l’ont précédé ? Autant que les autres, le pouvoir qu’il assume aujourd’hui, n’émane-t-il pas du même processus vicié ? Les résultats des présidentielles contestés en 2015, ne sont-ils pas identiques à ceux de 2016 ? A l’exception du fait, qu’en 2015, on aurait pu avoir un deuxième tour. Alors qu’en 2016 ce fut « yon sè kwt kle ». De 1957 à nos jours, le cumul de crises, n’a fait qu’augmenter. Le problème immédiat et le plus impérieux que confronte ce gouvernement. N’est-ce pas le fait que la caisse publique soit vide ? On n’a pas besoin de chercher midi à quatorze heures. La cause est connue. La vanne de l’aide étrangère et des subventions, est désormais fermée. Le pays qui a fermé cette vanne, n’a-t-il pas expliqué pourquoi, en prenant soin d’expliquer, comment renflouer cette caisse vide ?




Toutes ces émeutes, toutes ces grèves, toutes ces protestations, toutes ces échauffourées, n’émanent-elles pas à partir d’un problème de taxation inéquitable pour renflouer cette caisse publique ? Pourquoi a-t-il choisi, le rôle d’inspecteur de chantiers hyperactif, se trimbalant çà et là, donnant l’impression qu’il soit préoccupé et occupé, à accomplir des tâches, que des ministres auraient pu déléguer à leurs subalternes ? Est-ce parce qu’il est dépassé par la complexité des réflexions, des dialogues et des débats concernant les grands dossiers qui lui sont incompréhensibles, qu’il fuit le palais ? Ou préfère-t-il jouer à la mouche du coche, pour simplement impressionner les naïfs ?

Puisque c’est une évidence que la caisse publique soit vide. Qu’il soit un devoir impérieux de la renflouer. Et que ces protestations, ces grèves, ces échauffourées, ces émeutes, soient provoquées, par le budget de fonctionnement 2017-2018. Ne serait-il pas de son intérêt et celui de son gouvernement, d’entreprendre la réforme fiscale, pour sortir de cette double impasse ? Pourquoi préfère-t-il surtaxer nos classes moyennes et nos masses, en protégeant les intérêts des oligarques ? Nonobstant le fait, que ces oligarques aient contribué directement à son catapultage à la présidence. Mais, qu’est-ce donc cette épée de Damoclès, qu’ont ces oligarques, qui empêche à Jovenel Moïse, d’entreprendre cette réforme fiscale ?

On est bien obligé de se demander, qu’est-ce que Jovenel Moïse offre de concret, qui peut justifier, qu’en retour, on soit dans l’obligation de lui accorder sa chance ? Est-ce que ce ne sera pas, la chance de mieux subjuguer, nos classes moyennes et nos masses, au profit de ces oligarques, qu’il faudra lui offrir ?

Robert Benodin

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2 COMMENTS

  1. Il y a une multitude de faux patriotes pour ètaler nos faiblesses mais seulement par le verbe et jamais quelqu’un pour stopper la dèrive. L’art est difficile,la critique aisèe. Peut-on passer 60 ans d’une vie à seulement observer sans mettre la main à la pàte. Vèritè au delà des Pyrennèes, èrreur en deça, de quoi vit on en observant: de l’air du temps. Une vie a des limites telles que l’enfance , l’age adulte et la viellesse; on n’a pas les mèmes possibilitès durant ces pèriodes : passives, actives, dèbilitatives. Durant la dernière on s’exprime souvent rien que pour rappeler aux autres : le souffle perdure sur la pente vers l’infini

  2. Conscient de la situation d’un pays accaparé par la classe commerçante dite oligarchique. Haïti a besoin de ses filles et fils pour prendre le pays en main. Nos dirigeants d’hier et d’aujourd’hui ne savent pas qu’Haïti est notre mère, que les ancêtres nous ont légué. Nos dirigeants n’ont pas de civisme. Il nous faudra une autre classe politique, un autre leadership, une autre vision, pour qu’enfin Haiti se renaît de ses cendres. On prétend toujours qu’on l’aime, et pourtant tous ceux qui ont accédé au pouvoir ne font que de servir de ses propres intérêts.

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