Le 21 avril, Fils-Aimé parlait stabilité ; en juin, les Haïtiens de la diaspora se retrouvent sans bouclier d’État
Le 21 avril 2026, la Primature publiait une communication sur une « rencontre stratégique » entre le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et Kristi Noem, alors secrétaire américaine à la Sécurité intérieure, autour des « enjeux de sécurité, de stabilité et d’élections ». Le message officiel présentait cette initiative comme un « levier stratégique déterminant » pour le rétablissement de l’ordre public, le renforcement des capacités institutionnelles et la tenue d’échéances électorales conformes aux standards démocratiques.
Deux mois plus tard, la portée politique de cette rhétorique apparaît lourde de conséquences. La Cour suprême des États-Unis a autorisé l’administration Trump à poursuivre la fin du statut de protection temporaire, TPS, accordé à des centaines de milliers d’Haïtiens. L’arrêt ne prononce pas directement les expulsions, mais il retire un obstacle judiciaire majeur à la politique migratoire américaine.
L’incohérence politique saute aux yeux. D’un côté, Washington maintient Haïti au niveau maximal d’alerte pour les voyageurs, en raison des enlèvements, de la criminalité, des troubles civils et de l’effondrement des services de base. De l’autre, les autorités haïtiennes ont multiplié les éléments de langage sur la stabilisation, l’ordre public, la confiance citoyenne et le retour aux élections, comme si le pays disposait déjà des garanties minimales exigées par l’État de droit.
Juridiquement, il serait hasardeux d’attribuer à la communication du 21 avril la décision de la Cour suprême. Politiquement, en revanche, le dommage est réel : un gouvernement sans légitimité élective, déjà contesté dans sa durée et dans son autorité, a contribué à brouiller la démonstration du péril haïtien. À force de vendre à Washington l’image d’un pays en voie de normalisation, la Primature a fragilisé l’argument central de la diaspora : Haïti n’est pas en état de recevoir massivement ses ressortissants.
Les Haïtiens sous TPS attendaient une défense d’État, non une mise en scène diplomatique destinée à rassurer l’administration américaine. Ils attendaient une parole ferme : Port-au-Prince demeure dangereux, les institutions sont sous contrainte, les gangs contrôlent encore des territoires, les déplacés internes se comptent par centaines de milliers, et les conditions objectives d’un retour sûr, digne et organisé ne sont pas réunies.
Au lieu d’un plaidoyer juridique, politique et humanitaire, le gouvernement Fils-Aimé a préféré le vocabulaire commode de la stabilité. Cette langue administrative, servie au moment même où la diaspora cherchait protection, a offert un contre-récit dangereux : celui d’un État haïtien qui prétend se redresser, pendant que ses ressortissants à l’étranger risquent de perdre leur statut, leur permis de travail et leur sécurité familiale.
cba

