13 août 2026
Dre Jemima Pierre de Black Alliance for Peace | « Haïti n’a pas un problème de gangs, mais un problème d’impérialisme américain »
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Dre Jemima Pierre de Black Alliance for Peace | « Haïti n’a pas un problème de gangs, mais un problème d’impérialisme américain »

Shine My Crown | « Haïti n’a pas un problème de gangs, mais un problème d’impérialisme américain », affirme l’universitaire et militante Jemima Pierre

La Dre Jemima Pierre, universitaire et militante au sein de Black Alliance for Peace, conteste le discours dominant entourant l’aggravation de la violence en Haïti. Selon elle, la crise politique et sécuritaire du pays ne saurait être interprétée exclusivement sous l’angle de l’activité des groupes armés.

« Haïti n’a pas un “problème de gangs”, mais un problème d’impérialisme américain », avait déclaré Pierre lors d’un entretien accordé en février à BreakThrough News. Elle inscrit la situation actuelle dans une histoire beaucoup plus longue d’ingérences étrangères.

Ses déclarations refont surface au moment où le traitement réservé aux Haïtiens aux États-Unis fait de nouveau l’objet d’une attention soutenue, notamment après la décision de l’administration Trump de révoquer le Statut de protection temporaire (TPS) dont bénéficient des centaines de milliers d’Haïtiens.

Pierre estime que les discussions consacrées au départ des Haïtiens de leur pays négligent fréquemment les circonstances qui les contraignent à partir.

« Les gens ne quittent pas leur foyer parce qu’ils le veulent », a-t-elle déclaré. « Ils quittent leur foyer parce qu’ils en sont chassés. »

Une lecture qui conteste le récit centré sur les gangs

Selon Pierre, la politique américaine aurait joué un rôle déterminant dans la formation des conditions politiques et sécuritaires ayant contribué à l’instabilité actuelle d’Haïti.

Elle accuse les responsables américains d’avoir participé à la construction de ce qu’elle qualifie d’« État failli », tout en permettant l’arrivée d’armes dans le pays. À ses yeux, concentrer presque exclusivement l’analyse sur les gangs occulte une histoire plus profonde d’interventions étrangères.

« C’est la politique américaine en Haïti qui a effectivement transformé Haïti en État failli et y a déversé beaucoup d’armes », a-t-elle affirmé.

Pierre considère également que l’instabilité qui en résulte est trop souvent présentée comme la preuve d’une incapacité intrinsèque d’Haïti à se gouverner.

« Nous avons normalisé cette conversation autour de la violence des gangs en Haïti, comme si cela avait toujours constitué le problème du pays », a-t-elle déclaré.

Elle rejette également les représentations qui, selon elle, décrivent les Haïtiens comme intrinsèquement violents ou incapables d’exercer eux-mêmes leur souveraineté politique : « Comme si les Haïtiens ne pouvaient pas se contrôler et se gouverner eux-mêmes. »

Le précédent Aristide de 2004

Pierre établit également un lien entre la crise politique actuelle et le départ du président Jean-Bertrand Aristide en 2004.

Elle présente l’éviction d’Aristide, qu’elle considère comme soutenue par les États-Unis, comme un événement déterminant pour comprendre la trajectoire politique ultérieure du pays.

« Si nous sommes indignés par ce qui est arrivé au président Maduro au Venezuela, nous devons également être indignés qu’en 2004, l’autre président évincé par les États-Unis, lorsque les Marines se sont rendus chez lui, l’ont placé dans un avion et envoyé en Afrique, ait été Jean-Bertrand Aristide », a déclaré Pierre.

Selon elle, les conséquences du départ d’Aristide auraient favorisé l’établissement d’un système politique façonné par les puissances étrangères. Elle affirme que Washington aurait ensuite contribué à installer un gouvernement qu’elle qualifie de « gouvernement fantoche » et accuse les autorités de l’époque d’avoir tué des partisans d’Aristide.

L’interprétation historique du départ d’Aristide en 2004, ainsi que la nature exacte du rôle joué par les États-Unis, demeurent toutefois controversées, différentes versions s’opposant sur les circonstances de son éviction et le degré d’implication américaine.

« Nous ne pouvons pas normaliser ce vide politique armé »

Pierre estime que la présence internationale en Haïti n’a pas permis de résoudre l’instabilité du pays et considère que la détérioration enregistrée depuis 2004 devrait conduire à un examen beaucoup plus approfondi des politiques appliquées au cours des deux dernières décennies.

« Les États-Unis et l’ONU dirigent Haïti depuis lors », a-t-elle déclaré.

Elle compare la situation qui prévalait immédiatement après le départ d’Aristide avec l’ampleur actuelle de la violence.

« Il n’y avait pas ce niveau de violence en 2004 », affirme-t-elle.

Selon Pierre, les différentes présences internationales n’ont pas apporté la stabilité politique dont de nombreux Haïtiens ont besoin.

« Le bureau de l’ONU est donc présent en Haïti depuis 2004 et rien ne s’est produit, sinon une détérioration de la situation », a-t-elle soutenu.

Son avertissement porte principalement sur le risque de considérer la crise actuelle comme une conséquence presque naturelle de la violence des gangs, sans examiner les conditions politiques et historiques ayant favorisé son développement.

« Ce que je ne veux pas, c’est que nous normalisions ce vide politique armé », a déclaré Pierre.

Les déclarations de l’universitaire replacent ainsi le débat sur l’instabilité haïtienne dans une problématique plus large : souveraineté nationale, interventions étrangères, circulation des armes et responsabilité politique internationale, avec pour conséquence directe le déplacement d’Haïtiens contraints de rechercher ailleurs des conditions de sécurité.

Source : Shine My Crown, article de Gee NY, publié le 13 août 2026, rapportant notamment les déclarations de la Dre Jemima Pierre lors d’un entretien avec BreakThrough News.

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