25 septembre 2026
Ti Claude au pays des promesses, des songes et des mensonges
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Ti Claude au pays des promesses, des songes et des mensonges

Chez nous, la campagne présidentielle se déroule toujours dans une ambiance de méli-mélo tragi-comique. La fantasmagorie, les rêveries et les mensonges tapageurs s’y mêlent, pêle-mêle, sans égard pour l’ouïe, la vue et l’odorat des électeurs potentiels. Car plus le mensonge est gros et terre à terre, plus il fait mouche.

Le carnaval électoral voit défiler des hâbleurs ou, disons mieux, des Charles Oscar, des « maître-dames / maîtres-chanteurs », spécialistes dans l’art de la pègrerie, promettant monts et merveilles, des réalisations ahurissantes que même Zeus jugerait ridicules. Les projets bidon foisonnent. Ces derniers ont cette tendance goulue à boursoufler plus vite qu’un pain au levain dans un four surchauffé.

Lorsqu’il ne s’agit pas d’un candidat qui annonce un projet de bananeraie fictif, on se retrouve nez à nez avec un politicien qui se vante de la construction de 25 stades, dissimulés même à la vue des télescopes les plus puissants de la planète.

Ou encore cet autre politicailleur qui tente de vendre la poudre de perlimpinpin au peuple en lui faisant croire qu’il dispose d’une cargaison de maisons en haute mer, prête à alunir sur terre s’il venait à être élu.

Le dernier prodige en date nous vient de notre cher candidat à la présidence, Ti Claude, qui annonce la couleur en promettant, sans sourciller, la création imminente de 100 000 emplois dès son installation au Palais national !

À première vue, l’annonce a de quoi faire rêver. Cent mille opportunités. Que c’est alléchant ! Plus alléchant que le beurre et l’argent du beurre qui constituent le péché mignon des chats bipèdes, dont Monsieur Claude Joseph est un prototype de pur-sang.

Il faut l’avouer, Ti Claude est un génie de la fabulation ! Car la création de cent mille emplois dépasse largement les limites cabalistiques de ce que pourrait accomplir une baguette magique. Tout serait enfin sous contrôle.

Grâce à son plan — ou devrait-on plutôt dire ses élucubrations —, le pays pourrait endiguer, semel pro semper, l’exode des cerveaux, de sorte qu’on n’ait point besoin de l’expertise de Medellín pour faire le boulot ingrat consistant à éteindre les souffles.

Le marché du travail deviendrait alors florissant, tellement florissant que, pour la première fois, on enregistrerait des cas de surmenage chez des jeunes anciennement désœuvrés.

Cependant, lorsqu’on se penche sur la réalisation d’une telle promesse, l’humour involontaire de la politique digne de notre immortel Justin Lhérisson prend tout son sens.

On imagine déjà la création de postes hautement stratégiques pour atteindre cet objectif grandiloquent : « Premier conseiller en brisage de cocotiers », « Inspecteur principal de l’industrie des taptaps ».

La liste continuerait avec un poste de « Directeur général de la surveillance du vent de mer », « un mathématicien émérite pour prendre en charge le décompte des grains de sable du bord de mer ».

Pourquoi pas « un docteur ès lettres pour une version plus adaptée de Ti Malice au pays des rêves » et, pour couronner le tout, un « Intendant en chef pour le service des brûleurs de caoutchouc ».

On aurait construit des ministères miniatures à la taille du chef, forçant les nouveaux fonctionnaires à travailler en superposition ou à pratiquer le télétravail sans électricité ni internet, ce qui reste, avouons-le, le concept ultime de l’emploi fictif mais reposant.

Financer ce projet relève également de la haute voltige économique. Face aux journalistes un peu fouineurs qui demandent d’où sortira l’argent pour la réalisation d’un projet si colossal, la réponse du candidat reste un chef-d’œuvre de flou artistique.

Il évoque des partenariats mystiques, des investissements — reliques de son passage au ministère des « Affaires-louches » — ou encore le fruit d’une coopération étroite avec son homologue dominicain, le non-regretté président Balaguer qui, six pieds sous terre, attend impatiemment le moment opportun pour happer les âmes haïtiennes afin de le rejoindre dans la Géhenne.

Il s’agirait aussi de la collecte de fonds recueillis sur la vente des eaux de Sources Puantes, savamment réputées pour leurs vertus curatives, des taxes perçues sur la vente des passeports aux citoyens de pays comme le Wakanda et le Zamunda ; et, pourquoi pas, de la découverte soudaine d’un gisement de pétrole dans le ciel d’Haïti.

Enfin, sous la présidence de Ti Claude, la compagnie « Chomeko », qui a longtemps plongé nos jeunes dans la passivité, prendrait une retraite bien méritée.

En attendant que la Banque mondiale valide ce projet burlesque, purement basé sur les songes et les mensonges saisissants d’un loufoque, les électeurs interloqués hochent la tête. Somme toute, promettre ne coûte rien, et au royaume des illusions électorales, celui qui annonce 100 000 emplois est au moins assuré de créer un poste garanti : le sien.

Professeur, Ducasse Alcin

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