Sécurité, renforcement de la Police nationale et des Forces armées, élections, investissements, migration et lutte contre le trafic d’armes : Alix Didier Fils-Aimé a présenté vendredi devant l’Assemblée générale des Nations Unies les grandes priorités de son gouvernement. Sur le dossier électoral, toutefois, son intervention n’a comporté, dans la transcription disponible, aucune référence explicite à la date du 13 décembre 2026, ni au référendum constitutionnel, ni au texte d’une nouvelle Constitution.
Le chef du gouvernement a placé la sécurité au centre de son intervention, la présentant avec la stabilité et la reprise économique comme l’une des trois priorités de son administration. Il a demandé à la communauté internationale non pas de « sauver » Haïti, mais de se tenir aux côtés du pays pendant que celui-ci reprend, selon ses termes, son destin en main.
4 000 policiers, 15 000 nouveaux militaires annoncés sur trois ans
Fils-Aimé a consacré une partie substantielle de son discours au renforcement des forces nationales de sécurité.
Il a annoncé la poursuite du programme P4000, destiné à former 4 000 policiers. Selon les chiffres avancés à la tribune, plus de 2 000 policiers auraient déjà été formés, tandis qu’une nouvelle promotion doit sortir de l’Académie nationale de police en novembre.
Pour les Forces armées d’Haïti, le Premier ministre a affirmé que plus de 1 500 nouveaux militaires avaient déjà reçu une formation. Son gouvernement entend aller beaucoup plus loin : un programme visant la formation de 15 000 nouveaux soldats au cours des trois prochaines années est annoncé.
L’objectif affiché est de construire une capacité nationale permettant à l’État haïtien d’assurer durablement sa propre sécurité, au-delà de l’intervention des forces étrangères.
Force de répression des gangs : Fils-Aimé réclame les 5 500 hommes
Le Premier ministre a reconnu que la force internationale destinée à appuyer temporairement les autorités haïtiennes n’avait toujours pas atteint son effectif prévu de 5 500 membres.
Il a demandé son déploiement complet avec les hommes, les équipements et les ressources nécessaires.
Le constat formulé à la tribune est explicite : « A mandate is not enough » — un mandat ne suffit pas. Il faut également, a-t-il poursuivi, les effectifs, les équipements et la volonté de conduire la mission jusqu’à son terme.
Fils-Aimé a parallèlement insisté sur le trafic international d’armes et de munitions alimentant les groupes armés. Ces armes, a-t-il rappelé, ne sont pas produites en Haïti mais parviennent au pays à travers des réseaux criminels transnationaux. Il en fait ainsi une responsabilité qui dépasse les frontières haïtiennes.
Le contrôle effectif de la frontière figure également parmi les moyens évoqués pour réduire l’approvisionnement des groupes criminels.
Justice : deux pôles spécialisés et nouveaux codes
« L’impunité est l’autre visage de l’insécurité », a déclaré en substance Fils-Aimé.
Il a évoqué la création de deux pôles judiciaires spécialisés chargés notamment des crimes financiers, crimes de masse et violences sexuelles.
Le discours annonce également l’entrée en vigueur, présentée pour le 1er janvier 2027, du nouveau Code pénal et du Code de procédure pénale. Cette date devra être confrontée aux textes normatifs en vigueur avant publication définitive, la traduction simultanée pouvant comporter des imprécisions.
Le Premier ministre a aussi annoncé la réactivation de la Commission nationale de désarmement, démantèlement et réinsertion ainsi que le lancement d’un Peace Dividend Fund, pour lequel il sollicite le concours des partenaires internationaux.
L’approche avancée associe répression et possibilités économiques offertes aux jeunes afin de réduire les capacités de recrutement des groupes armés.
Économie : « de l’aide à l’investissement »
Le deuxième grand volet du discours porte sur la reconstruction économique.
Fils-Aimé affirme que l’aide d’urgence a sauvé des vies, mais qu’un pays ne peut dépendre indéfiniment de l’assistance internationale. Sa formule économique centrale peut se résumer ainsi : passer « from aid to investment », de l’aide à l’investissement.
Il a également plaidé pour passer de l’assistance à la production et de la dépendance au partenariat.
Le Premier ministre a salué une décision qu’il attribue à l’administration du président américain Donald Trump concernant la prolongation jusqu’en 2028 des préférences commerciales américaines HOPE, tout en réclamant une prolongation supplémentaire de dix ans.
Il a également remercié le Royaume-Uni pour son Developing Countries Trading Scheme et invité d’autres États à développer des mécanismes comparables facilitant les investissements et l’accès d’Haïti aux marchés internationaux.
L’ambition exposée est de convertir progressivement une partie des ressources mobilisées pour gérer la crise en investissements productifs, particulièrement en faveur des jeunes et des femmes.
Élections : la transition doit finir « par les urnes »
C’est dans la dernière partie de son intervention que Fils-Aimé a abordé directement le processus électoral.
Le chef du gouvernement a déclaré appartenir à une génération ayant connu la dictature et placé de grands espoirs dans la démocratie après 1987, avant d’assister à une succession d’instabilités politiques et de transitions.
Il affirme avoir accepté de servir avec une conviction : « this transition needs to come to an end » — cette transition doit prendre fin.
Et cette sortie, a-t-il ajouté, doit intervenir « through the ballot box », par les urnes.
Fils-Aimé a indiqué que son gouvernement s’était engagé dans le processus électoral conformément au Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections, qu’il présente comme le résultat d’un large consensus au sein de la classe politique.
Il a ensuite dressé son état des lieux : les ressources nécessaires auraient été mobilisées, les centres d’inscription seraient ouverts, les citoyens s’inscriraient, les partis et regroupements politiques auraient été accrédités et les candidats accompliraient les formalités nécessaires à leur participation.
Il a promis des élections libres, crédibles, inclusives et honnêtes, tout en appelant les femmes et les jeunes à participer comme électeurs, candidats et acteurs du processus démocratique.
Mais aucune date du 13 décembre dans le passage consacré aux élections
Un élément ressort cependant du discours transmis : Fils-Aimé ne cite pas explicitement le 13 décembre 2026 lorsqu’il évoque les élections.
Il parle du processus, des inscriptions, des candidats, des ressources et de la nécessité de mettre fin à la transition par les urnes, mais ne réaffirme pas à la tribune, dans cette transcription, la date précise du premier tour inscrite au calendrier électoral.
Cette distinction est importante : annoncer que la transition prendra fin par des élections n’équivaut pas, textuellement, à confirmer que le scrutin se tiendra le 13 décembre 2026.
Le discours ne fournit pas non plus de nombre précis d’électeurs déjà inscrits, alors que les statistiques d’enrôlement constituent l’un des indicateurs matériels de préparation du scrutin.
Le CEP absent par son nom
Autre constat : dans le transcript disponible, le Conseil électoral provisoire (CEP) n’est pas explicitement nommé.
Le Premier ministre évoque le processus électoral, l’accréditation des partis, les inscriptions et les formalités de candidature, mais sans consacrer de développement identifiable à l’institution chargée d’administrer les élections.
Il ne fait pas davantage référence aux changements intervenus à la présidence du Conseil électoral ni aux difficultés administratives ou sécuritaires rencontrées dans certains centres d’inscription.
Silence sur le référendum et la Constitution
L’absence la plus notable au regard du calendrier institutionnel concerne toutefois le référendum et la Constitution.
Dans la transcription fournie de l’intervention, aucune mention explicite du référendum constitutionnel n’apparaît.
Aucune date n’est avancée pour cette consultation et aucun passage identifiable n’est consacré au texte constitutionnel, à son contenu, à sa publication ou aux modalités de sa soumission aux électeurs.
Ainsi, sur les deux grands rendez-vous politiques associés au calendrier de la transition — élections et processus constitutionnel — Fils-Aimé développe longuement le premier en termes généraux, mais ne traite pas explicitement du second.
Criminalité et financement politique
Fils-Aimé affirme par ailleurs que des dispositions ont été prises pour préserver « l’intégrité » du processus électoral.
Il soutient que la violence, les réseaux criminels, les financements illicites ainsi que ceux qui les soutiennent ne doivent disposer d’aucune voie d’accès au scrutin.
Le chef du gouvernement n’a cependant pas détaillé, dans le passage transmis, les mécanismes administratifs ou judiciaires permettant d’exclure effectivement les personnes concernées.
Migration : dignité des Haïtiens à l’étranger
Une partie du discours a été consacrée à la migration.
Fils-Aimé a remercié les pays ayant accueilli des ressortissants haïtiens et facilité leur intégration. Il a insisté sur la contribution de la diaspora aux sociétés d’accueil.
Il a également déclaré que la protection des frontières et le respect de la dignité humaine n’étaient pas incompatibles.
Son message : les frontières peuvent être protégées sans porter atteinte aux droits fondamentaux des migrants.
Le Premier ministre établit par ailleurs un lien direct entre migration et sécurité intérieure : selon son argumentation, la crise sécuritaire haïtienne a alimenté l’exode et sa résolution passe par trois axes — sécurité, stabilité et reprise économique.
Climat, intelligence artificielle et réforme financière internationale
Au-delà du dossier haïtien, Fils-Aimé a abordé plusieurs thèmes internationaux.
Il a dénoncé la charge disproportionnée du changement climatique supportée par les petits États qui ont historiquement peu contribué aux émissions responsables du réchauffement. Il demande davantage de ressources pour l’adaptation et la résilience ainsi qu’un accès plus équitable au capital, aux marchés et aux technologies.
Il a également appelé à une évolution de l’architecture financière internationale afin qu’elle réponde davantage aux réalités des États vulnérables.
Sur l’intelligence artificielle, il a défendu l’établissement de règles et de garde-fous éthiques afin d’éviter que les nouvelles technologies n’accentuent les inégalités existantes.
Toussaint Louverture comme fil conducteur
Le discours s’est ouvert et refermé sur l’histoire haïtienne.
Fils-Aimé a rappelé la révolution haïtienne, Toussaint Louverture, Dessalines, Christophe et Pétion, avant d’utiliser la métaphore de « l’arbre de la liberté » attribuée à Toussaint Louverture.
Il présente la lutte actuelle contre les groupes armés comme une nouvelle bataille pour préserver la liberté, la paix et les institutions nationales.
Son propos final associe trois objectifs : reconstruire des institutions nationales capables d’assurer la sécurité, sortir progressivement de la dépendance envers l’aide et terminer la succession des transitions politiques par les élections.
Mais sur un point déterminant du calendrier politique immédiat, le transcript transmis laisse une distinction nette : Fils-Aimé promet les élections et la fin de la transition par les urnes, sans prononcer explicitement la date du 13 décembre ; il ne développe ni le référendum ni le projet constitutionnel.

