Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
Chers collègues, chers camarades, chers élèves, chers membres de la famille,
Nous sommes aujourd’hui réunis au Palais municipal de Delmas pour rendre hommage à notre camarade, notre ami, notre frère, Bernard Brousseau, tragiquement emporté dans un contexte d’insécurité que nous ne pouvons ignorer.
C’est dans une profonde douleur, mêlée de colère et d’indignation, que nous prenons la parole. Lorsque nous avons appris qu’il avait été blessé par des bandits, un choc immense nous a saisis. Puis, en apprenant que son état s’était momentanément stabilisé, un espoir fragile est né, comme une bouffée d’oxygène dans l’angoisse. Mais cet espoir fut de courte durée. Moins d’une semaine plus tard, la nouvelle de son décès est venue nous anéantir. L’accepter demeure encore aujourd’hui difficile.
La disparition brutale du professeur Brousseau nous laisse tous sous le choc. Elle résonne comme un séisme qui a bouleversé nos repères et plongé notre communauté dans un profond désarroi. Personnellement, à l’annonce de cette tragédie, j’ai été saisi au point de perdre le souffle.
Je tiens aussi à rappeler les efforts entrepris pour lui sauver la vie. Des démarches avaient été engagées pour son transfert en République dominicaine, afin qu’il puisse bénéficier de soins dans un centre hospitalier mieux équipé. Le rapport médical avait été transmis, un établissement avait été identifié, le sauf-conduit était prêt.
Mais dans un pays où nous avons perdu le droit de circuler librement, où l’insécurité entrave chaque déplacement, où obtenir la moindre information devient un combat quotidien, ces démarches ont été ralenties, fragilisées, presque rendues impossibles. Le temps nous a cruellement manqué. Et la violence, une fois de plus, a imposé sa loi. La nouvelle de son décès est alors arrivée, brutale, irrévocable, avant même que ce transfert ne puisse se concrétiser.
Aujourd’hui, nous ne pleurons pas seulement un homme. Nous pleurons aussi une société qui empêche parfois de sauver ses propres fils.
En ce 20 mai 2026, nous avons perdu l’un de nos meilleurs professeurs de mathématiques. Il incarnait la rigueur, la passion du savoir et un engagement sans faille envers ses élèves. Il savait éveiller la curiosité, transmettre bien plus que des formules, et pousser chacun à donner le meilleur de lui-même.
Au-delà de ses qualités professionnelles, nous avons perdu un collègue profondément estimé, un camarade sincère, un ami fidèle, un frère toujours prêt à partager, à soutenir et à construire avec les autres.
Son départ nous rappelle la fragilité de la vie, mais aussi l’urgence de défendre le droit de vivre dignement : le droit de circuler, le droit de se soigner, le droit d’habiter un pays où il fait bon vivre, sans peur.
Car aujourd’hui, disons-le avec gravité : nous vivons dans une société où la peur s’installe, où les assassins circulent, où les citoyens voient leurs droits les plus fondamentaux bafoués.
En ces moments de douleur, nos pensées vont d’abord à sa famille, à ses enfants, à ses proches, à ses collègues et à tous ceux qui l’ont aimé. Nous partageons leur peine immense et leur adressons notre solidarité la plus sincère. Puissent-ils trouver la force et le courage nécessaires pour traverser cette épreuve.
Pour terminer, le plus bel hommage que nous puissions lui rendre est de faire vivre ses valeurs : l’engagement, le savoir, la solidarité.
Mais c’est aussi nous engager collectivement à refuser cette fatalité. C’est dire, ensemble, que la ville ne doit pas appartenir aux bandits. C’est affirmer que nous continuerons à lutter pour que plus jamais ils n’imposent leur loi.
C’est lui dire, aujourd’hui, que nous porterons ce combat pour que ses enfants, et tous les enfants de ce pays, puissent grandir dans un espace apaisé, dans un pays qui ne soit plus rythmé par la violence des groupes armés.
Repose en paix, camarade.
Josué Mérilien,
Coordonnateur de l’UNNOH et Sec Général de la CUTRASEPH.

