Dans un pays où l’État de droit semble réduit à une peau de chagrin, le Conseil Électoral Provisoire (CEP) dirigé par Jacques Desrosiers, avec Uder Antoine comme Directeur Exécutif, vient de franchir une ligne rouge supplémentaire.
En publiant la liste définitive des partis politiques agréés le 9 juillet 2026, le CEP a validé, parmi les 316 formations retenues, le Parti Bouclier (Réseau du Bouclier national).
Or, selon des informations récurrentes et troublantes, l’un des fondateurs ou acteurs clés de cette structure serait nul autre que Krisla, chef de gang notoire de Carrefour, figure emblématique de la violence armée qui gangrène la capitale et ses environs.
Ce choix n’est pas une simple erreur administrative. Il s’agit d’un signal politique dangereux qui interroge la crédibilité même du processus électoral haïtien. Comment un organe chargé d’organiser des élections « inclusives, transparentes et démocratiques » peut-il agréer une formation liée, de près ou de loin, à un individu accusé de diriger des activités criminelles ?
Le CEP avait-il connaissance de ces allégations au moment de l’examen des dossiers ? Si oui, pourquoi a-t-il fermé les yeux ? Si non, quelle est la qualité des vérifications effectuées sur les fondateurs et dirigeants des partis ?
L’interview récente de Jean-Pierre Bailly a jeté un éclairage cru sur cette réalité. L’activiste et coordonnateur a révélé, ou du moins fortement suggéré, la possible participation de Krisla ou de ses proches aux prochaines échéances électorales. Sans calendrier clair fixé par le Premier
Ministre Fils-Aimé, ni garanties minimales de sécurité, on s’achemine vers des élections où des acteurs armés pourraient légitimer leur pouvoir par les urnes. Bailly a posé les bonnes questions : comment espérer un scrutin crédible quand des chefs de gang peuvent s’acheter une respectabilité politique via des partis agréés par l’institution électorale elle-même ?
Ce cas Bouclier n’est probablement pas isolé. Combien d’autres partis parmi les 316 agréés dissimulent-ils des liens avec le grand banditisme, les gangs ou des intérêts occultes ? Combien de « fondateurs » aux casiers judiciaires chargés ou aux sources de financement douteuses ont-ils reçu le tampon officiel du CEP ?
Dans un contexte où plus de 300 formations se bousculent, souvent créées de toutes pièces pour capter des financements ou des postes, la vigilance s’impose. Mais le CEP semble privilégier la quantité à la qualité, l’inclusion formelle à l’exigence éthique.
Jacques Desrosiers et Uder Antoine portent une lourde responsabilité. Leur mandat intervient dans un moment critique : le peuple haïtien aspire à sortir de la transition chaotique, à restaurer l’ordre républicain et à élire des dirigeants légitimes. En agréant des structures potentiellement infiltrées par le crime organisé, le CEP risque non pas d’organiser des élections, mais de légitimer la capture de l’État par les gangs. Demain, qui s’étonnera si des députés ou sénateurs « élus » sous ces couleurs imposent leur loi depuis les quartiers contrôlés par les armes ?
Il est urgent que la société civile, les médias indépendants et les acteurs politiques sérieux exigent une révision approfondie de la liste des partis agréés.
Transparence totale sur les fondateurs, sources de financement et antécédents de chaque parti. Audits indépendants. Et, si nécessaire, disqualification des formations compromises. Sans cela, les élections promises ne seront qu’une mascarade coûteuse qui enfoncera davantage Haïti dans l’abîme.

