Étonnant ? Pas vraiment. Lundi, Haïti entendra probablement la même liturgie diplomatique : « nous avons fait ceci, nous ferons cela ». Le gouvernement affirmera avoir repris des territoires dont les noms resteront soigneusement tus, rappellera que le CEP dispose d’un budget de 120 millions de dollars et célébrera la prétendue synergie entre la FRG, la PNH et les FAd’H. Voilà le menu réservé aux Haïtiens : un repas du dimanche après-midi servi au petit déjeuner, avec la promesse que tout ira bientôt mieux. Pendant ce temps, aucune date d’élections n’est publiée, les gangs étendent leur emprise et le « roi » Alix demeure présenté comme l’homme providentiel, bien que son pouvoir paraisse davantage administrer le chaos que le contenir.
NEW YORK, 19 juillet 2026 — Le Conseil de sécurité des Nations unies examinera, lundi 20 juillet à 10 heures, la crise haïtienne au cours de sa 10 198e séance, suivie de consultations à huis clos. Carlos Ruiz Massieu, chef du Bureau intégré des Nations unies en Haïti, Jack Christofides, représentant de la Force de répression des gangs, et Monica Juma, directrice exécutive de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, doivent intervenir. Daniela Kroslak, responsable du Bureau d’appui des Nations unies en Haïti, participera aux consultations fermées.
Face aux quinze membres du Conseil, les autorités haïtiennes devront tenter de défendre une transition toujours dépourvue de calendrier électoral opposable. À moins de cinq mois et demi de la fin de l’année, aucune date ferme n’a encore été publiée pour le premier tour, malgré les dépenses engagées, les réunions institutionnelles et l’annonce d’un budget électoral.
En janvier, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé présentait pourtant 2026 comme « une année électorale ». L’Exécutif promettait également que « la peur allait changer de camp » et que les groupes armés seraient mis hors d’état de nuire. Six mois plus tard, les gangs poursuivent leur progression territoriale, les routes demeurent intermittentes et l’État peine encore à garantir la libre circulation des citoyens.
Le discours officiel s’est depuis considérablement contracté. En mai, Fils-Aimé avait publiquement écarté la perspective d’un scrutin présidentiel en août, renvoyant les élections vers la fin de 2026, sans annoncer de date précise ni présenter un dispositif sécuritaire juridiquement et matériellement vérifiable. (Al Jazeera)
Le gouvernement Fils-Aimé, qualifié de « gouvernement de doublure » par ses détracteurs, se prépare-t-il à réciter devant l’ONU un nouvel inventaire de promesses administratives, pendant que l’échéance du 7 février 2027 se rapproche sans légitimité élective en perspective ?
La question de la gouvernance financière ne pourra davantage être éludée. Haïti a obtenu 16 points sur 100 dans l’Indice de perception de la corruption 2025 de Transparency International, occupant le 169e rang sur 182 pays. Cet indice mesure la perception de la corruption dans le secteur public sur une échelle où zéro correspond au niveau le plus dégradé.
À ce rythme, l’administration Fils-Aimé travaille-t-elle à une note inférieure à 10 sur 100 lors d’un prochain classement ? Contrats peu documentés, dépenses difficilement traçables, décisions prises sans reddition publique de comptes : l’opacité n’apparaît plus comme une anomalie administrative. Elle semble être devenue la méthode de gouvernement.
Lundi, au Conseil de sécurité, les représentants de l’Exécutif pourront une nouvelle fois annoncer ce qu’ils ont fait et ce qu’ils comptent accomplir. Une interrogation dominera cependant les débats : à quelle date exacte les Haïtiens seront-ils enfin appelés aux urnes ?

