9 octobre 2026
Dr Lorquet | Voyage et culture : Une journée au cœur de la diplomatie, de l’économie et de la culture taïwanaises
Actualités Culture Diplomatie Education Société

Dr Lorquet | Voyage et culture : Une journée au cœur de la diplomatie, de l’économie et de la culture taïwanaises

Par : Joël Lorquet, PhD

Le jeudi 8 octobre 2026 a été pour moi une journée particulièrement riche au cours de mon séjour officiel à Taïwan.

Au ministère des Affaires étrangères, j’ai rencontré le ministre Chia-Lung Lin et l’ai interrogé sur les possibilités de coopération entre Taïwan et Haïti. Un déjeuner avec le ministre adjoint François Chihchung Wu m’a permis d’approfondir ma compréhension des relations entre Taïwan et la Chine. J’ai ensuite découvert l’exposition consacrée aux cinquante ans de Taiwan Panorama et échangé avec l’ambassadeur de Sainte-Lucie sur l’expérience taïwanaise. La visite du Taiwan Institute of Economic Research m’a également permis de réfléchir au rôle de la recherche dans le développement d’Haïti. La journée s’est poursuivie par quelques découvertes dans des magasins d’électronique et de jouets.

Entre diplomatie, économie, culture et vie quotidienne, cette journée a une nouvelle fois enrichi ma réflexion sur les enseignements que Taïwan pourrait offrir à Haïti.

Une matinée au ministère des Affaires étrangères

Nous avons quitté l’hôtel très tôt, comme d’habitude, pour nous rendre au ministère des Affaires étrangères de Taïwan, où nous devions rencontrer le ministre des Affaires étrangères, le Dr Chia-Lung Lin.

À notre arrivée, le ministre a accueilli les invités internationaux présents à Taïwan à l’occasion de la Fête nationale. La rencontre s’est tenue dans l’auditorium du ministère. Dans son message de bienvenue, le Dr Lin nous a souhaité la bienvenue à Taïwan à la veille de cette importante célébration nationale.

Il nous a expliqué que, durant notre séjour, nous aurions l’occasion de participer aux différentes activités organisées dans le cadre de la Fête nationale, notamment aux cérémonies et à la réception officielle. Nous devions également visiter différents organismes gouvernementaux, des entreprises ainsi que plusieurs secteurs de la société taïwanaise.

Selon lui, l’objectif était qu’à travers nos observations et nos reportages, le monde puisse mieux découvrir une Taïwan démocratique, prospère, résiliente et activement engagée dans la communauté internationale.

Approfondir une diplomatie intégrée et créer la prospérité avec les partenaires

Dans son intervention, le ministre a présenté les grandes orientations de la politique étrangère de Taïwan. Il a notamment insisté sur la mise en œuvre d’une « diplomatie intégrée » ainsi que du « Diplomatic Allies Prosperity Project », destiné à transformer les relations d’amitié établies de longue date avec les alliés diplomatiques de Taïwan en partenariats fondés sur l’investissement conjoint, le développement conjoint et le partage des bénéfices.

Le ministre a souligné que, bien que Taïwan soit un territoire de taille relativement modeste, il joue un rôle essentiel dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, notamment dans les secteurs des semi-conducteurs, de l’intelligence artificielle, des technologies de l’information et de la communication, de la santé intelligente et de la fabrication avancée.

Taïwan souhaite donc transformer ces atouts en instruments de coopération internationale, répondre aux besoins concrets de ses pays partenaires et investir conjointement avec les pays partageant les mêmes valeurs.

Le ministre a cité sa récente visite au Guatemala et au Belize comme illustration concrète de cette nouvelle approche. Une trentaine de représentants d’entreprises taïwanaises ainsi que des représentants du Taiwan-US Business Council avaient participé à cette mission. Ils avaient exploré les possibilités de coopération entre entreprises taïwanaises et américaines en Amérique centrale dans des domaines tels que l’investissement, les technologies intelligentes, la transformation des transports, les soins de santé, les énergies vertes et la formation des ressources humaines.

Il a expliqué que cette approche correspond à ce que Taïwan appelle la coopération entre Taïwan et les États-Unis dans des pays tiers : mettre à profit les avantages respectifs de Taïwan et des États-Unis dans des pays tiers afin d’élargir les marchés, de créer des chaînes d’approvisionnement plus complètes et d’apporter des résultats concrets en matière de développement aux partenaires diplomatiques de Taïwan.

Au cours de son intervention, le ministre a également évoqué son déplacement aux États-Unis pour participer à l’inauguration du nouveau bureau de représentation de Taïwan à Phoenix. Il a rappelé qu’au début du mois de septembre, il s’était également rendu aux Palaos, partenaire diplomatique de Taïwan, pour participer à des activités liées au Forum des îles du Pacifique.

De l’océan Pacifique à l’Amérique centrale et aux États-Unis, ces différentes initiatives traduisent, selon lui, une même orientation : Taïwan n’est pas seulement un participant à la communauté internationale ; il veut également être un partenaire capable de proposer des solutions et de créer de la valeur.

Une Taïwan démocratique aux côtés du monde

Le ministre a ensuite abordé la question de la démocratie, qui constitue, selon lui, non seulement le système politique choisi par Taïwan, mais également une base essentielle de ses relations avec le monde.

Il a évoqué son récent déplacement en Italie avec la vice-présidente Hsiao Bi-khim, à l’occasion de la deuxième édition du Forum européen de Ventotene pour la liberté et la démocratie.

Au cours de cette visite, a-t-il expliqué, ils avaient une nouvelle fois constaté qu’un nombre croissant d’amis à travers le monde souhaitaient mieux comprendre Taïwan, l’écouter et soutenir son espace de participation normale à la communauté internationale.

Lors de son discours d’ouverture du dialogue, la vice-présidente Hsiao avait déclaré que Ventotene et Taïwan, ces deux îles, quelle que soit leur taille, méritent de faire entendre leur propre voix et doivent être respectées.

Pour le ministre, cette déclaration traduit un principe important : les relations entre Taïwan et les autres pays ne devraient pas être déterminées par une tierce partie. Chaque société démocratique doit pouvoir décider, en fonction de ses propres intérêts et de ses valeurs, de la manière dont elle souhaite interagir avec Taïwan.

Il a insisté sur le fait que Taïwan ne demande à aucun pays de choisir son camp. Taïwan souhaite simplement que chaque pays puisse conserver sa liberté de choix et que Taïwan puisse établir des relations avec le monde sur la base de l’égalité, de la dignité et des intérêts mutuels.

Renforcer la sécurité et la résilience des chaînes d’approvisionnement

Le ministre a ensuite abordé la question de la sécurité régionale et de l’intensification des pressions militaires ainsi que des actions de coercition dans la zone grise exercées par la Chine.

Il a expliqué que, ces dernières années, la Chine avait utilisé différents moyens de pression, notamment des avions et des navires militaires, des navires des garde-côtes, des opérations d’influence et de guerre cognitive, des cyberattaques ainsi que des mesures de coercition économique, dans le but de modifier progressivement le statu quo dans le détroit de Taïwan.

Compte tenu de leur fréquence et de leur ampleur, ces actions, selon lui, ne concernent plus uniquement Taïwan. Elles ont également des répercussions directes sur la sécurité de la mer de Chine orientale, de la mer de Chine méridionale et de l’ensemble de la région indo-pacifique.

Face à ces défis, le choix de Taïwan n’est pas la provocation, mais le maintien de la paix par la force. Le gouvernement entend continuer à renforcer ses capacités de défense autonome, son industrie de défense et la résilience de l’ensemble de la société, tout en réduisant les risques d’erreur de calcul et d’escalade.

Le ministre a toutefois souligné que la sécurité ne pouvait pas reposer uniquement sur Taïwan. Taïwan et les États-Unis ont établi depuis longtemps une coopération institutionnalisée dans les domaines de la sécurité, du commerce, des technologies et de la participation internationale.

Taïwan entend également renforcer sa coopération avec le Japon, la République de Corée, les Philippines et d’autres partenaires partageant les mêmes valeurs, afin d’améliorer la résilience régionale.

Le ministre a également établi un lien étroit entre sécurité et résilience économique. Les entreprises taïwanaises poursuivent leur développement à l’étranger. Il a notamment cité TSMC, qui a annoncé un investissement cumulé de 265 milliards de dollars américains aux États-Unis.

Ces investissements dépassent désormais le seul secteur des semi-conducteurs et concernent également les matériaux, les serveurs d’intelligence artificielle et les services de fabrication électronique, renforçant ainsi la coopération entre Taïwan et les États-Unis dans les chaînes d’approvisionnement de haute technologie.

Il a également rappelé que les ministres des Affaires étrangères des États-Unis, du Japon et de la République de Corée avaient récemment souligné l’importance de préserver la paix et la stabilité dans le détroit de Taïwan et leur opposition à toute tentative de modification unilatérale du statu quo. Ils avaient également exprimé leur soutien à une participation significative de Taïwan aux organisations internationales.

Selon le ministre, cela démontre que la paix et la stabilité dans le détroit de Taïwan ne constituent plus uniquement une préoccupation de Taïwan. Elles représentent désormais une question internationale importante qui touche à la sécurité de l’Indo-Pacifique, à l’économie mondiale et à la stabilité des chaînes d’approvisionnement.

Une Taïwan connectée au monde

À l’occasion de la Fête nationale, le ministre a expliqué que Taïwan célébrait non seulement ses réalisations, mais réfléchissait également à ce que le pays pouvait apporter au monde.

Depuis l’entrée en fonction du président Lai Ching-te, le gouvernement continue de consolider ses partenariats diplomatiques, d’approfondir ses relations avec les pays partageant les mêmes valeurs, d’élargir sa participation internationale et de faire de la diplomatie une force essentielle reliant Taïwan au monde, notamment à travers la coopération économique, technologique et dans le domaine du développement.

Une phrase du ministre m’a particulièrement marqué : la mesure la plus importante de la diplomatie n’est pas de savoir jusqu’où Taïwan peut aller seul, mais avec combien de partenaires il peut avancer ensemble.

Taïwan entend ainsi faire de la démocratie une valeur, de la paix un objectif et contribuer au monde grâce à sa puissance technologique et économique.

Le ministre nous a enfin souhaité un excellent séjour et une couverture journalistique fructueuse des célébrations de la Fête nationale. Il a également exprimé le souhait que nous ne nous contentions pas d’observer les cérémonies officielles, mais que nous découvrions aussi la détermination du peuple taïwanais à défendre la démocratie et sa volonté de travailler avec le monde à la construction d’un avenir pacifique, prospère et durable.

Le ministre taïwanais des Affaires étrangères évoque la coopération avec Haïti

Au cours de ma rencontre avec le ministre des Affaires étrangères de Taïwan, le Dr Chia-Lung Lin, j’ai profité de cette occasion pour l’interroger directement sur les actions que son gouvernement entend entreprendre afin de renforcer la coopération avec Haïti et de contribuer à son développement.

Ma question portait notamment sur les possibilités pour Taïwan d’accompagner Haïti dans son processus de développement, à l’image des importants projets d’infrastructures réalisés par la République populaire de Chine dans plusieurs pays africains.

Dans sa réponse, le ministre a reconnu qu’Haïti traversait actuellement de sérieuses difficultés et qu’il était indispensable pour le pays de parvenir à créer un environnement stable et à favoriser une économie prospère.

Il a ensuite établi une distinction entre l’approche de la République populaire de Chine et celle de Taïwan en matière de coopération internationale. Selon lui, certains grands projets financés ou réalisés par la Chine en Afrique ont parfois contribué à créer des situations d’endettement importantes pour les pays concernés.

Le ministre a expliqué que Taïwan privilégiait, pour sa part, un modèle de coopération différent. Il a présenté l’expérience taïwanaise comme un modèle qui pourrait être utile à d’autres pays en développement, notamment parce que Taïwan cherche davantage à partager son expérience et son savoir-faire qu’à simplement apporter une aide financière.

L’agriculture au cœur de la coopération

Le ministre a notamment souligné l’importance accordée à l’agriculture dans les programmes de coopération de Taïwan. Plusieurs projets sont ainsi conçus pour permettre aux pays partenaires de bénéficier de l’expertise et de l’expérience taïwanaises dans ce domaine.

Il a également insisté sur l’importance de la démocratie et de la mise en place d’institutions solides. Selon lui, le développement économique doit s’accompagner d’un environnement politique stable et de structures démocratiques fortes.

S’agissant plus particulièrement d’Haïti, il a indiqué que Taïwan restait attentif à la situation du pays et que des discussions étaient menées avec les autorités haïtiennes afin d’examiner les moyens par lesquels Taïwan pourrait contribuer à ses efforts de reconstruction et de développement.

« Partager l’expérience plutôt que simplement aider »

Ce que je retiens surtout de cette réponse, c’est l’approche suivante : Taïwan entend davantage partager son expérience que simplement apporter de l’aide.

L’expérience de Taïwan, notamment dans l’agriculture, le développement économique et le renforcement des institutions démocratiques, pourrait ainsi constituer une source d’inspiration pour Haïti.

En conclusion de notre échange, le ministre a exprimé l’espoir qu’Haïti puisse trouver sa propre voie pour sortir de la crise et construire un avenir meilleur.

Un déjeuner offert par le ministre adjoint des Affaires étrangères

Après cette rencontre, nous avons été invités à un déjeuner organisé en notre honneur par le ministre adjoint des Affaires étrangères de Taïwan, le Dr François Chihchung Wu.

Nous avons profité de cette occasion pour aborder certaines questions relatives aux relations diplomatiques de Taïwan avec différents pays.

Ma conversation avec le Dr Wu sur la possibilité d’entretenir simultanément des relations avec Taïwan et la Chine

J’ai notamment profité de ma rencontre avec le Dr Wu pour approfondir mes connaissances sur les relations diplomatiques de Taïwan avec ses différents partenaires.

Je lui ai posé une question qui me paraissait particulièrement importante : est-il possible pour un pays d’entretenir simultanément des relations avec Taïwan et avec la Chine ?

Dans sa réponse, le Dr Wu a expliqué que, du point de vue de la Chine, la réponse était clairement négative. Selon lui, Pékin exerce une influence considérable sur la scène internationale et la majorité des pays ne disposent pas de relations diplomatiques officielles avec Taïwan.

Il a même souligné que, dans certains milieux internationaux, le simple fait de parler ouvertement de Taïwan pouvait devenir une question particulièrement sensible.

Le Dr Wu a ensuite évoqué la complexité de la question taïwanaise et la position de la Chine, qui considère Taïwan comme faisant partie de son territoire et cherche à faire respecter cette conception auprès des autres pays.

Il a rappelé que cette question était profondément liée à l’histoire et à l’interprétation que Pékin fait de celle-ci.

Il a notamment fait référence aux quelque 5 000 ans d’histoire chinoise souvent invoqués par les autorités chinoises pour expliquer leur vision de Taïwan. Selon lui, cette référence historique est utilisée pour soutenir l’idée selon laquelle Taïwan ferait partie intégrante de la Chine.

Il estime toutefois que l’évolution historique, politique, économique et sociale de Taïwan a produit une réalité différente de celle du continent chinois.

La position stratégique de Taïwan

Le Dr Wu a également insisté sur l’importance stratégique de Taïwan dans la région indo-pacifique.

Il a évoqué les relations de Taïwan avec le Japon et les Philippines ainsi que l’attention portée à la situation par les États-Unis et d’autres partenaires régionaux.

Dans son analyse, la position géographique de Taïwan, notamment son littoral oriental, revêt une importance particulière. Il considère que le contrôle de Taïwan aurait des conséquences considérables sur l’équilibre stratégique de la région.

Il a également évoqué plusieurs scénarios concernant les objectifs que pourrait poursuivre Pékin : exercer un contrôle direct sur Taïwan, accroître son influence sur l’île ou encore imposer progressivement le récit selon lequel les Taïwanais feraient partie de la Chine.

Deux modèles politiques différents

Un autre aspect de son intervention m’a particulièrement intéressé.

Le Dr Wu a souligné que Taïwan constitue aujourd’hui une société chinoise par sa langue et une partie de son héritage culturel, mais qu’elle s’est développée selon un système politique, économique et social différent de celui de la Chine continentale.

Il a insisté sur le fait que Taïwan était devenu une société prospère, démocratique et technologiquement avancée.

Il a notamment évoqué la participation des femmes à la vie politique taïwanaise et le fait que le pays ait déjà été dirigé par une femme présidente.

Pour lui, cette réalité constitue un élément important dans la compréhension du différend entre Taïwan et la Chine. L’existence d’une société chinoise démocratique, prospère et ouverte sur le monde constitue, selon son analyse, un contraste avec le modèle politique du Parti communiste chinois.

Il estime ainsi que la question de Taïwan ne peut être comprise uniquement à travers ses dimensions territoriale ou historique. Elle comporte également une importante dimension politique et idéologique.

Selon lui, comprendre la vision de Pékin permet de mieux saisir pourquoi la question de Taïwan occupe une place aussi importante dans la stratégie chinoise.

Cet échange avec le Dr Wu m’a permis de mieux comprendre la complexité de la question taïwanaise, mais aussi les enjeux géopolitiques qui dépassent largement les frontières de l’île.

Taïwan apparaît en effet au croisement de plusieurs réalités : l’histoire chinoise, la démocratie, la technologie, les relations internationales et les équilibres stratégiques de l’Indo-Pacifique.

Un menu particulièrement raffiné au ministère

Le déjeuner s’est tenu dans la salle de réception du ministère des Affaires étrangères de Taïwan. À cette occasion, un menu particulièrement raffiné nous a été proposé.

Le repas a commencé par des hors-d’œuvre, suivis d’une soupe d’ormeaux cuite deux fois, accompagnée de figues et de champignons (Double-Boiled Abalone Soup with Fig and Mushrooms).

Nous avons ensuite dégusté des crevettes poêlées accompagnées d’une sauce au jaune d’œuf, puis du bœuf sauté au miel et au poivre noir.

Le plat suivant était un mérou cuit à la vapeur, servi avec de l’huile aux oignons verts et une sauce de poisson.

Le repas s’est poursuivi avec un riz frit aux œufs de mulet, avant de se terminer par des fruits de saison et un dessert. Du café ou du thé étaient également proposés, ainsi que du vin rouge et du vin blanc.

Une étonnante découverte : le « champagne » au thé

C’est également au cours de ce déjeuner que nous avons fait une découverte pour le moins originale : le « champagne chinois » à base de thé.

Cette boisson, présentée comme une spécialité originale de Taïwan, rappelle par son apparence et sa présentation le champagne, mais ne contient pas d’alcool. Elle est élaborée à partir de thé.

Cette découverte a ajouté une touche d’originalité à ce déjeuner, qui nous a permis de goûter à plusieurs spécialités tout en découvrant une autre facette de la créativité gastronomique taïwanaise.

Dans l’un des grands magasins d’électronique de Taïwan

Après le déjeuner, nous sommes passés dans l’un des plus grands magasins d’électronique de Taïwan. L’objectif était de nous donner une idée de la diversité des produits taïwanais disponibles sur le marché, mais aussi de leur accessibilité et de leurs prix, qui nous ont semblé relativement abordables.

Nous avons profité de cette occasion pour faire quelques emplettes, notamment des gadgets électroniques dont nous avions besoin.

Cette visite m’a également permis de mesurer une nouvelle fois la place considérable occupée par l’électronique et les nouvelles technologies dans la vie quotidienne à Taïwan.

« Taiwan Panorama 50 Through Photography – Taiwan in Focus »

Nous nous sommes ensuite rendus à l’exposition que nous devions inaugurer, intitulée « Taiwan Panorama 50 Through Photography – Taiwan in Focus », organisée à l’occasion du 50e anniversaire du magazine Taiwan Panorama.

L’exposition était présentée du 9 au 19 octobre 2026 au West 2 Hall du Huashan 1914 Creative Park, à Taipei.

Le West 2 Hall est l’un des principaux espaces d’exposition du Huashan 1914 Creative Park. Il s’agit d’une grande salle aménagée à partir d’anciens entrepôts industriels datant de l’époque japonaise, lorsque le site abritait une distillerie créée en 1914.

Aujourd’hui, cet espace est régulièrement utilisé pour des expositions temporaires, des boutiques éphémères, des salons artistiques, des présentations de marques et différents événements culturels et de la pop culture.

L’exposition Taiwan Panorama 50 Through Photography – Taiwan in Focus a réuni plusieurs personnalités du monde diplomatique, professionnel et de la presse.

Elle propose un remarquable voyage à travers cinq décennies de l’histoire contemporaine de Taïwan, racontées à travers une sélection de photographies témoignant des profondes transformations économiques, sociales, culturelles et politiques du pays.

Taiwan Panorama : cinquante ans de Taïwan racontés en images

Le 8 octobre, j’ai donc eu l’occasion de découvrir à Taipei cette exposition photographique organisée à l’occasion du 50e anniversaire du magazine Taiwan Panorama.

Créé en 1976, Taiwan Panorama est un magazine consacré à la présentation de Taïwan au public international. Au cours de ses cinquante années d’existence, il a notamment documenté, à travers des articles et des photographies, les transformations économiques, sociales, culturelles et politiques du pays.

Son patrimoine photographique compte aujourd’hui quelque 500 000 images, constituant une véritable mémoire visuelle de Taïwan.

L’exposition présente une sélection de ces photographies autour de quatre grands thèmes : la vie quotidienne, le développement des infrastructures et la résilience, la démocratie et la liberté, ainsi que les relations de Taïwan avec le monde.

À travers ces différentes sections, le visiteur peut observer les profondes mutations qu’a connues la société taïwanaise au cours des dernières décennies.

Pour moi, cette exposition représente bien plus qu’une simple présentation de photographies. Elle constitue une véritable chronique visuelle de la transformation de Taïwan, permettant de mesurer le chemin parcouru par le pays, depuis une société à forte composante agricole jusqu’à une économie moderne, industrialisée et reconnue notamment pour ses capacités technologiques.

L’exposition revêt également une dimension symbolique puisque Taiwan Panorama doit mettre fin à son édition imprimée à la fin de l’année 2026 pour poursuivre sa mission principalement sous forme numérique.

Les cinquante années de photographie présentées à Taipei apparaissent ainsi comme le bilan d’une longue aventure éditoriale, mais aussi comme l’ouverture vers une nouvelle étape de la diffusion de l’image de Taïwan dans le monde.

En tant que journaliste et écrivain, j’ai particulièrement apprécié cette approche. Les photographies ne racontent pas seulement des événements ou des lieux : elles permettent de comprendre, de manière concrète, comment un pays change avec le temps.

Cette visite a donc nourri ma réflexion sur les transformations de Taïwan et sur les enseignements que l’expérience taïwanaise pourrait éventuellement offrir à d’autres sociétés, notamment à Haïti.

Un échange avec l’ambassadeur de Sainte-Lucie

À l’occasion de cette exposition photographique consacrée aux cinquante années de transformation de Taïwan, j’ai également eu l’occasion d’échanger avec l’ambassadeur de Sainte-Lucie auprès de Taïwan, le Dr Robert Kennedy Lewis.

Je souhaitais recueillir ses impressions sur cette manifestation et, plus largement, sur les enseignements que son pays pourrait tirer de l’expérience taïwanaise.

L’ambassadeur s’est montré particulièrement intéressé par l’exposition. Il a souligné l’intérêt des photographies présentées, qui permettent de mieux comprendre l’évolution de Taïwan, notamment son développement et la construction progressive de son système démocratique.

À ses yeux, cette exposition constitue une excellente occasion de faire découvrir au public les différentes étapes du parcours de Taïwan.

Interrogé sur son impression générale du pays après son séjour, l’ambassadeur a également mis l’accent sur le niveau de développement atteint par Taïwan. Il a dit avoir été impressionné par ce qu’il avait pu observer au cours de son séjour et par les nombreuses réalisations qui témoignent des progrès accomplis par le pays.

Quels enseignements pour Haïti et la Caraïbe ?

Notre conversation a naturellement porté sur la question de savoir ce qu’Haïti et les autres pays de la Caraïbe, notamment Sainte-Lucie, pourraient apprendre de l’expérience taïwanaise en matière de développement, de leadership et de gouvernance.

L’ambassadeur a d’abord rappelé les liens qui unissent les peuples d’Haïti et de Sainte-Lucie, qu’il considère comme des peuples « cousins » au sein de la Caraïbe.

Cette proximité historique et culturelle constitue également, selon lui, une raison supplémentaire de favoriser les échanges d’expériences entre les deux pays.

Il a notamment insisté sur l’importance de l’éducation qui, selon lui, constitue l’un des principaux leviers permettant à une société de progresser et de préparer son avenir.

À ses yeux, l’expérience de Taïwan montre l’importance d’investir dans l’éducation et dans la formation des citoyens afin de créer les conditions nécessaires au développement.

Il a également souligné la nécessité d’encourager les échanges entre les responsables, les professionnels et les différents acteurs engagés dans le développement d’Haïti, de Sainte-Lucie et des autres pays de la Caraïbe.

Pour lui, ces échanges peuvent contribuer à faire émerger des idées et des solutions adaptées aux réalités des sociétés en développement qui cherchent à améliorer les conditions de vie de leurs populations.

Une exposition qui permet de mieux connaître Taïwan

Pour l’ambassadeur, cette exposition photographique revêt donc une importance particulière puisqu’elle permet au public de découvrir Taïwan autrement, à travers des images qui racontent son évolution au fil des décennies.

Il a encouragé les peuples de la Caraïbe à s’intéresser davantage à l’expérience taïwanaise et à réfléchir aux enseignements qui pourraient être adaptés à leurs propres réalités, notamment en matière d’éducation, de développement et de gouvernance.

À travers cet échange, j’ai une nouvelle fois constaté que l’expérience taïwanaise suscite de l’intérêt bien au-delà des frontières de l’île.

Pour Haïti comme pour les autres nations de la Caraïbe, la question demeure de savoir comment certaines des leçons tirées du parcours de Taïwan pourraient être adaptées à leurs propres contextes et contribuer à leur développement.

À la découverte du Taiwan Institute of Economic Research

Nous nous sommes ensuite rendus au Taiwan Institute of Economic Research (TIER), l’un des importants centres de recherche économique et de réflexion de Taïwan.

Créé le 1er septembre 1976 par le Dr Chen-Fu Koo, le TIER est considéré comme le premier think tank privé indépendant de Taïwan.

Sa mission principale est de mener des recherches et des analyses sur l’économie nationale et internationale ainsi que sur le développement industriel, afin de fournir des données, des analyses et des recommandations au gouvernement, aux entreprises et au monde universitaire.

Au fil des années, le TIER a considérablement développé ses activités.

L’institut intervient aujourd’hui dans de nombreux domaines liés à l’économie et au développement, notamment les politiques industrielles, la macroéconomie, les marchés financiers, l’énergie, le développement durable, les nouvelles technologies, l’agriculture et la bioéconomie, les petites et moyennes entreprises, le commerce et les investissements ainsi que les questions économiques régionales et internationales.

Un centre de recherche au service du développement

À notre arrivée, les responsables du TIER nous ont présenté l’institut, son organisation, ses principaux domaines de recherche ainsi que les différents services qu’il offre.

Ils nous ont expliqué que le TIER ne se limite pas à la recherche académique. Il fournit également des études de politiques publiques, des analyses industrielles, des prévisions économiques, des services de consultation et de formation, aussi bien aux institutions gouvernementales qu’aux entreprises et aux établissements universitaires.

L’institut dispose également d’importantes ressources en matière de données économiques et industrielles.

Sa Taiwan Industry Economics (TIE) Database rassemble notamment des informations et des analyses concernant plus de 400 secteurs industriels ainsi que les principales entreprises taïwanaises.

Cette base permet de suivre différents indicateurs liés à la production, aux ventes, aux stocks, aux importations, aux exportations et à la situation financière des entreprises.

Une expertise tournée vers l’avenir

Ce qui m’a particulièrement intéressé au cours de cette visite, c’est la diversité des domaines dans lesquels le TIER mène ses recherches.

L’institut travaille notamment sur les transformations économiques, les politiques industrielles, les nouvelles technologies, la transition énergétique, le développement durable et les relations économiques internationales.

Le TIER organise également des conférences, des séminaires, des ateliers et des activités de formation. Il développe par ailleurs des collaborations avec des institutions de recherche et des universités de plusieurs pays, notamment aux États-Unis, en Europe et en Asie.

À la recherche de possibilités de coopération avec Haïti

Cherchant toujours à identifier des opportunités susceptibles de contribuer au développement d’Haïti, j’ai profité de ma visite au Taiwan Institute of Economic Research pour poser une question qui me tenait particulièrement à cœur.

Je me suis adressé au Dr Chen Ho, Research Fellow au TIER, pour lui demander :

« Quel type de coopération le Taiwan Institute of Economic Research pourrait-il établir avec un petit pays comme Haïti, et dans quels secteurs ? »

Dans sa réponse, le Dr Chen Ho a expliqué que le TIER entretenait déjà des relations de coopération avec plusieurs pays. Il a toutefois précisé que la majorité de ces collaborations concernaient actuellement des pays développés.

S’agissant des pays en développement, il a estimé que les possibilités de coopération pouvaient notamment être facilitées par l’évolution des technologies de communication et le développement des systèmes virtuels.

Selon lui, cette nouvelle réalité technologique ouvre des perspectives intéressantes, puisqu’il n’est plus nécessaire que les partenaires soient physiquement présents au même endroit pour travailler ensemble.

Des échanges d’expertise, des réunions, des consultations, des formations et différents projets de recherche peuvent désormais être réalisés à distance.

Cette réponse m’a particulièrement intéressé, car elle ouvre une piste concrète pour Haïti. Elle laisse entrevoir la possibilité d’établir des liens avec des institutions taïwanaises spécialisées dans la recherche économique et le développement, sans que les contraintes géographiques et financières constituent nécessairement un obstacle majeur.

Je retiens donc de cet échange avec le Dr Chen Ho que la coopération entre Haïti et le TIER pourrait notamment commencer par des échanges virtuels, le partage d’expertise et de connaissances, ainsi que des collaborations dans le domaine de la recherche économique et du développement.

Une telle démarche pourrait constituer une première étape vers des formes de coopération plus structurées entre les deux pays.

Enfin, cette visite m’a permis de mieux comprendre l’importance de la recherche économique dans le processus de développement de Taïwan.

Elle m’a également amené à réfléchir à la place que pourraient occuper, dans le contexte haïtien, les centres de recherche capables de produire des données fiables, d’analyser les réalités économiques du pays et de proposer aux décideurs des orientations fondées sur la recherche.

Une halte surprenante chez Addicted Toys

Avant de retourner dans le véhicule qui devait me ramener à mon hôtel, nous avons également découvert Addicted Toys, un magasin situé à proximité du Taiwan Institute of Economic Research.

Le magasin est spécialisé dans les jouets et les figurines, dont une grande partie est fabriquée à Taïwan.

L’enseigne propose une impressionnante variété de produits destinés aussi bien aux enfants qu’aux collectionneurs et aux adultes. Les prix sont très variables, certains articles pouvant atteindre 20 000 dollars taïwanais, soit environ 600 dollars américains.

On y trouve de nombreux personnages inspirés des dessins animés et de la culture populaire japonaise et américaine.

Le magasin présente également des figurines représentant des personnages historiques, des rois, des empereurs, ainsi que des dragons et autres créatures.

Nous avons aussi découvert une section consacrée aux vêtements et accessoires inspirés notamment des arts martiaux, comme le taekwondo, ainsi que de très grandes figurines et d’impressionnants robots destinés aux collectionneurs et aux professionnels.

Certaines marques spécialisées, notamment Big Bright et Koto, y sont représentées.

Parmi les personnages reconnaissables figuraient notamment Donald Duck et d’autres figures populaires de l’univers des dessins animés.

Cette courte visite m’a permis de découvrir un autre aspect de la créativité taïwanaise et de constater la place occupée par les jouets, les figurines et la culture populaire dans l’industrie culturelle de Taïwan.

Retour à l’hôtel

Après cette longue journée, nous sommes finalement retournés à l’hôtel, où nous devions dîner en fin de soirée.

La journée avait été particulièrement riche : diplomatie, coopération internationale, développement économique, géopolitique, gastronomie, photographie, recherche économique, technologie et culture populaire.

Une fois encore, je me suis retrouvé avec le sentiment que ce voyage à Taïwan dépassait largement le cadre d’une simple visite officielle. Chaque rencontre, chaque visite et chaque conversation ajoutait une nouvelle pièce à ma compréhension de ce pays et alimentait ma réflexion sur les possibilités d’adapter certaines expériences taïwanaises au contexte haïtien.

Quelques faits qui ont attiré mon attention ce jour-là

Comme dans les jours précédents, plusieurs petites observations de la vie quotidienne ont également retenu mon attention.

Les toilettes électroniques

À Taïwan, les toilettes électroniques sont très présentes. On les retrouve dans de nombreux endroits, avec des équipements et des fonctionnalités qui m’ont parfois surpris.

Dans certains urinoirs, j’ai notamment remarqué qu’on mettait de la glace dans l’endroit où l’on urine. Intrigué, j’ai demandé à un Taïwanais pourquoi on procédait ainsi. Il m’a répondu que c’était à cause de la chaleur.

Pour être honnête, je n’ai pas vraiment compris l’explication, mais cette petite curiosité a retenu mon attention et constitue l’un de ces détails inattendus qui rendent un voyage intéressant.

La culture du cadeau

Une autre chose que j’ai beaucoup remarquée à Taïwan est la culture du cadeau.

Partout où nous sommes passés, les Taïwanais avaient souvent un petit cadeau à nous offrir. Ces gestes, parfois très simples, m’ont particulièrement marqué par leur caractère chaleureux et attentionné.

Au fil des jours, ces petites attentions sont devenues l’un des aspects humains de mon séjour que j’ai le plus appréciés.

Le thé au lait

Après avoir découvert le surprenant « champagne » au thé, j’ai également découvert le thé au lait, une autre boisson très populaire à Taïwan et qui y est également fabriquée et commercialisée à l’échelle industrielle.

Cette découverte gastronomique supplémentaire m’a rappelé à quel point le thé occupe une place importante dans la culture et l’économie taïwanaises.

Ainsi s’achevait une nouvelle journée particulièrement dense de mon séjour à Taïwan, une journée au cours de laquelle j’ai pu passer de la diplomatie internationale à la recherche économique, de la gastronomie à la photographie, puis de la technologie à la culture populaire.

Chaque étape de ce voyage continue de nourrir ma réflexion sur cette société qui, en quelques décennies, a connu une transformation spectaculaire et dont l’expérience mérite, à mon sens, d’être étudiée avec attention par des pays comme Haïti.

Joël Lorquet, PhD

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.