9 octobre 2026
Haïti-Observateur | Les élections en Haïti en 2026 : « Cache-cache Lubin sere Lubin »
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Haïti-Observateur | Les élections en Haïti en 2026 : « Cache-cache Lubin sere Lubin »

HAÏTI-OBSERVATEUR

Édition du 7 au 14 octobre 2026 — Vol. LVI, n° 6

LES ÉLECTIONS EN HAÏTI EN 2026 : « CACHE-CACHE LUBIN SERE LUBIN »

Une stratégie pour décaisser les millions du financement du scrutin

Jimmy Jérisier (Barbecue) a levé le voile sur le mystère électoral…

Par Léo Joseph — Pages 1 et 10

Transcription réunifiée de l’article publié sur deux pages. Les coupures de colonnes et les césures typographiques ont été supprimées ; la formulation, les arguments et les affirmations de l’auteur sont conservés.

La tenue des élections générales, à la fin de cette année, une échéance que l’équipe au pouvoir, dirigée par Alix Didier Fils-Aimé, ne cesse de marteler dans les médias publics et sociaux, n’a pas une once de crédibilité. Si certaines personnes éclairées comprennent et dénoncent cette supercherie, les partis politiques, y voyant une occasion de grossir leurs comptes en banque, s’y lancent tête baissée. Mais les secteurs vraiment imbus de ce qui se passe, dans le monde géopolitique, ne se laissent pas bercer d’illusions.

Pour ces derniers, les gens au pouvoir, qui scrutent les compartiments de l’administration publique à la recherche de moyens pour s’enrichir, ne font que se livrer au « cache-Lubin sere Lubin ». Ceux qui persistent à se laisser berner par les politiciens qui évoluent à la Primature n’ont pas été aux écoutes de Jimmy Cérizier, alias Barbecue.

À la lumière des va-et-vient politiques se présentant sous forme de décisions prises, de temps en temps, par le Conseil électoral provisoire (CEP), on pourrait dire que cette institution est la plus prolifique que gère l’équipe actuellement au pouvoir, tant il multiplie les mises à jour, les communiqués de presse et les revirements, ainsi que les prolongations décrétées dans les différents secteurs, y compris les partis politiques.

D’ailleurs, à moins de trois mois de l’échéance décrétée pour les élections, les formations politiques ont bénéficié d’un nouveau délai pour s’inscrire. Ces changements interviennent aussi au niveau des candidats.

Pour des gens qui se connaissent en administration publique, la manière de fonctionner du CEP d’Alix Didier Fils-Aimé transpire l’incompétence et l’amateurisme. Quoiqu’on puisse dire et faire, les organisations électorales qui étaient chargées de superviser les scrutins passés faisaient montre d’une meilleure compréhension des tenants et aboutissants de telles opérations, ayant affiché un meilleur sens du devoir envers le peuple haïtien et de respect à l’égard des éventuels électeurs.

De toute évidence, les gens aux commandes de l’organisme électoral ont été triés, non pour assurer la tenue d’élections crédibles, honnêtes et démocratiques, mais pour collaborer avec ceux qui détiennent les leviers de pilotage de l’administration publique, dans le sens de ramassage de millions. Voilà ce qui fait l’homogénéité de l’équipe qui s’est agglutinée autour de Fils-Aimé.

Élections de décembre 2026 : Jimmy Chérizier fixe la position de « Viv Ansanm »

Après avoir démontré, au peuple haïtien et au monde entier, de quel bois se chauffe le chef des gangs regroupés au sein de « Viv Ansanm », par rapport à la gouvernance effective du pays, en matière de sécurité, quand Jimmy Chérizier parle de n’importe quel sujet, personne n’ose l’ignorer.

Même quand ceux qui jouent le rôle de figurants dans la gestion des affaires d’Haïti, par rapport à la sécurité de la nation, prétendent ignorer ce qu’il dit, il existe le fait qu’ils « composent avec lui » en privé. Cela vaut pour les déclarations relatives à la tenue des élections, le 3 décembre 2026.

En effet, il m’a été donné de visionner une vidéoclip dans laquelle le chef de gang tourne en ridicule ceux qui donnent dans le panneau, par rapport aux décisions d’Alix Didier Fils-Aimé et du Conseil électoral provisoire d’organiser une consultation populaire, à la fin de cette année.

Prenant la parole, dans ce document vocal, le chef des gangs armés, dont les hommes imposent leur volonté au pays, Jimmy Chérizier, dit Barbecue, a posé la question, sans sourciller :

« Ki moun ki di pral gen eleksyon ? » (Qui a dit qu’il y aura des élections ?)

Il devait ajouter :

« Èske n te tande Viv Ansanm di pral gen eleksyon ? » (Avez-vous entendu Viv Ansanm dire qu’il y aura des élections ?)

Continuant sur sa lancée, M. Chérizier a fait savoir que ceux qui ajoutent foi aux balivernes répétées continuellement faisant croire que le scrutin annoncé aura lieu véritablement se trompent lamentablement. Aussi invite-t-il tous à se ressaisir. Autrement dit, « Pa pran kaka poul pou ze ».

Car, dit-il encore : « Viv Ansanm pa janm di ap gen eleksyon » (Viv Ansanm n’a jamais dit que des élections vont avoir lieu).

Les élections annoncées de plus en plus en doute

Bien que l’équipe au pouvoir reste désespérément accrochée à l’idée de tenir le scrutin à la date qu’elle a programmée, les opérations ne font plus l’unanimité. Plus de voix s’élèvent pour dénoncer les décisions prises dans le cadre de ces opérations.

De nos jours, plusieurs chefs de partis politiques prennent leurs distances par rapport à cette décision. D’ailleurs, plusieurs personnalités politiques, des anciens proches de Fils-Aimé, l’ont lâché dans ce dossier.

Mais ce dernier et son équipe, flairant les millions avant qu’ils en prennent possession, font la sourde oreille. Cap sur les élections, le 3 décembre, quand même ! Personne ne doute que cette obstination à déclarer « possible » ce scrutin, dans ce climat d’insécurité, qui restera inchangé d’ici la date retenue pour ces opérations électorales.

Il faut noter aussi que même la communauté internationale n’est pas totalement acquise à la tenue des élections à la fin de 2026. Ce qui fait croire que, selon toute vraisemblance, celle-ci est totalement divisée en ce qui concerne une telle décision.

En effet, le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), Albert Ramdin, a déclaré des élections impossibles avant que la sécurité du pays soit rétablie. Mais Fils-Aimé et son équipe font la sourde oreille.

Ce qui porte à croire que le Département d’État supporte la décision du régime intérimaire pour la tenue des élections le 3 décembre tout en sachant cette échéance impossible.

Un expert en élections mis à l’écart

Selon toute vraisemblance, Fils-Aimé n’a besoin d’aucun conseil sur le déroulement fructueux du scrutin qu’il prétend organiser à la fin de cette année. C’est pourquoi lui et ses collaborateurs ne daignent pas tenir compte des conseils de l’ingénieur Alex Saint-Gardien Jecrois, un expert haïtien en élections basé au Maryland, aux États-Unis d’Amérique.

Dans le cadre d’une croisade personnelle en faveur de la tenue de « bonnes élections », M. Jecrois plaide pour l’épuration de la liste électorale qui, selon lui, comporte des doublons, soit plus de 500 000, en sus de conseiller la mise à jour de la liste de l’Office national d’identification (ONI), nécessaire pour remplacer les cartes des personnes hébergées dans des abris provisoires, après avoir perdu l’usage de leurs résidences par la violence des gangs.

Dans le cadre de ses démarches électorales, Alex Saint-Gardien Jecrois a aussi adressé des lettres aux autorités électorales et au Premier ministre Fils-Aimé, ainsi qu’à leurs prédécesseurs. Mais aucune suite n’a été donnée à ses initiatives.

Tout compte fait, Jimmy Chérizier sait de quoi il parle. Dans ce cas, il faut demander au Premier ministre intérimaire s’il serait prêt à relever le défi lancé publiquement par le chef de gang et d’organiser des élections, et prouver ainsi que son gouvernement est encore celui qui décide pour Haïti.

L.J.

Source : Haïti-Observateur, 7–14 octobre 2026, pages 1 et 10.

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