Le 15 septembre 2026, le juge d’instruction Jean Denis Cyprien a pris une ordonnance claire : il interdisait formellement aux directeurs de la Police nationale d’Haïti et de l’Administration pénitentiaire nationale de donner suite à tout ordre, d’où qu’il vienne, visant à déplacer les inculpés du dossier de l’assassinat du président Jovenel Moïse. Cette décision a été transmise au ministre de la Justice Patrick Pélissier, au président du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire et au commissaire du gouvernement.
Cinq jours plus tard, le 20 septembre, Joseph Félix Badio et dix-sept anciens soldats colombiens étaient embarqués à bord d’un avion militaire américain et extradés vers Miami. Sans l’aval du juge instructeur. Sans le moindre respect de son ordonnance. Avec la complicité active du pouvoir exécutif.
Cette décision révèle l’irresponsabilité totale du gouvernement de doublure dirigé par Alix Didier Fils-Aimé. Un gouvernement qui n’a jamais été élu, qui ne tire sa légitimité que du soutien de certains acteurs internationaux, et qui traite la justice haïtienne comme une simple formalité gênante dès qu’elle gêne ses arrangements.
Le ministre de la Justice a reçu l’ordonnance. Le Premier ministre Fils-Aimé dirige ce cabinet. Et pourtant, les détenus ont quitté le territoire haïtien au mépris de l’autorité judiciaire locale. Ce n’est pas une erreur technique. C’est un choix politique. Ce gouvernement de doublure a préféré satisfaire les demandes américaines plutôt que de respecter une décision d’un magistrat haïtien chargé de l’une des affaires les plus graves de l’histoire récente du pays.
Pendant que ce même pouvoir multiplie les contrats de lobbying à Washington pour prolonger sa survie, il méprise ouvertement les institutions judiciaires haïtiennes. Il respecte ceux qui le maintiennent au pouvoir. Il n’accorde aucune considération réelle à la justice de son propre pays. C’est le portrait exact d’un gouvernement de doublure : irresponsable, soumis aux pressions extérieures, et incapable d’assumer la moindre souveraineté institutionnelle.
Quand un pouvoir non élu ignore une ordonnance d’un juge d’instruction dans le dossier de l’assassinat d’un président, il ne gouverne pas. Il administre les intérêts de ceux qui l’ont placé là. Et il enseigne à la population que la justice haïtienne n’existe que tant qu’elle ne dérange pas les arrangements du moment. L’irresponsabilité du gouvernement de doublure de Fils-Aimé n’est plus un soupçon. Elle est désormais un fait public.

