Au Salvador, moins de neuf mois ont suffi pour qu’un homme accusé d’avoir tenté d’assassiner deux personnes à l’arme blanche soit condamné à 34 ans de prison. En Haïti, malgré des massacres ayant fait des centaines de victimes, plusieurs procédures judiciaires visant les responsables présumés demeurent sans jugement. Le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé annonce pourtant une nouvelle « modernisation » de l’appareil judiciaire, tandis qu’un chef de gang recherché par la justice américaine adresse une correspondance particulièrement audacieuse aux Nations unies pour solliciter une médiation.
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San Salvador / Port-au-Prince, vendredi 6 novembre 2026 (Rezo Nòdwès) — La justice salvadorienne a condamné José Omar Fermán Mezquita, 48 ans, à 34 années de prison pour avoir tenté d’assassiner deux hommes à l’arme blanche, le 21 février 2026, à San Sebastián Salitrillo, dans le département de Santa Ana. Le verdict, rapporté vendredi par le quotidien La Noticia SV, intervient moins de neuf mois après les faits, offrant un point de comparaison avec les lenteurs persistantes de l’appareil judiciaire haïtien.
Les deux victimes se trouvaient devant leur domicile lorsque l’agresseur les a attaquées au couteau, sans échange verbal préalable. Des proches sont intervenus pour interrompre les violences et prévenir la police. À leur arrivée, les agents ont découvert le suspect encore armé. Il a abandonné son couteau avant d’être interpellé en flagrant délit.
Transportés à l’hôpital national de Chalchuapa, les deux blessés ont reçu des soins d’urgence. L’un d’eux, atteint de graves lésions abdominales compromettant plusieurs organes vitaux, a dû être transféré à l’hôpital San Juan de Dios de Santa Ana.
Le Tribunal deuxième de jugement de Santa Ana a retenu la qualification d’homicide aggravé au stade de la tentative, conformément au droit pénal salvadorien. Le condamné a également été déclaré civilement responsable, sans qu’un montant précis de réparation ait été indiqué dans les informations publiées.
Haïti : des milliers de victimes, des procédures judiciaires sans aboutissement
Le rapprochement avec Haïti interroge. À Port-au-Prince, à Kenscoff, à Pont-Sondé, à La Saline, à Bel-Air ou encore à Wharf Jérémie, les massacres documentés par les Nations unies témoignent d’une crise sécuritaire prolongée, marquée par l’impunité et l’affaiblissement des institutions judiciaires.
Selon les Nations unies, plus de 5 700 personnes ont été tuées ou blessées entre janvier et la mi-septembre 2026, dans un contexte de violences impliquant les groupes armés et d’opérations menées contre ces derniers.
Le massacre de Wharf Jérémie, perpétré du 6 au 11 décembre 2024, a notamment fait au moins 207 morts, principalement des personnes âgées, selon les conclusions du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH). En mars 2026, des mandats d’arrêt ont été délivrés contre dix suspects, sans qu’une condamnation des principaux responsables de cette tuerie ait été établie dans les rapports consultés.
Les procédures relatives aux massacres de La Saline, de Bel-Air et de Grand-Ravine accusent également des retards persistants. À Pont-Sondé, malgré les plaintes déposées et les démarches judiciaires entreprises, les familles des victimes attendent toujours que les principaux responsables présumés répondent de leurs actes.
Des condamnations de chefs de gang ont néanmoins été prononcées. Un dirigeant de Baz Pilate avait été condamné par la justice haïtienne en juin 2022 avant de s’évader en mars 2024. Joly Germine, alias « Yonyon », ancien dirigeant des 400 Mawozo, a pour sa part été condamné à la réclusion à perpétuité le 3 décembre 2025 pour son rôle dans l’enlèvement de missionnaires américains en 2021, mais par la justice fédérale des États-Unis.
Ces précédents ne sauraient occulter les difficultés persistantes des juridictions haïtiennes à conduire à leur terme les grandes procédures concernant les massacres, les enlèvements collectifs et le financement des organisations criminelles.
Un chef de gang recherché par Washington écrit à l’ONU
L’impunité prend une dimension particulièrement singulière avec la correspondance adressée au secrétaire général des Nations unies, António Guterres, par Wilson Joseph, alias « Lanmò Sanjou », dirigeant du gang 400 Mawozo.
Poursuivi par la justice américaine dans une affaire de prises d’otages et faisant l’objet d’une récompense pouvant atteindre un million de dollars pour toute information permettant son arrestation, Wilson Joseph a sollicité l’envoi d’une délégation internationale destinée à favoriser un dialogue.
Plus audacieux encore, le groupe criminel cherche à se présenter comme une organisation rebelle, une qualification qui ne lui confère aucune reconnaissance juridique particulière et ne saurait effacer les responsabilités pénales individuelles susceptibles de découler des crimes imputés à ses membres.
Selon l’Associated Press, le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Stéphane Dujarric, a confirmé la réception de cette correspondance, tout en précisant que cette démarche ne constituait ni une reconnaissance de son auteur, ni une approbation de ses revendications.
Comment expliquer qu’un dirigeant de gang, visé par des poursuites pénales et des accusations particulièrement graves, puisse solliciter directement une médiation internationale pendant que les victimes de massacres peinent encore à obtenir justice devant leurs propres juridictions ?
La réception d’une correspondance ne saurait être assimilée à une reconnaissance politique, pas davantage qu’une demande de dialogue ne peut entraîner, ipso facto, l’extinction de l’action publique ou une quelconque immunité pénale.
Fils-Aimé et la « modernisation » : une promesse confrontée à l’impunité
Le 3 novembre 2026, le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé a annoncé le lancement d’un programme de formation destiné aux magistrats et aux policiers enquêteurs, en préparation de l’entrée en vigueur des nouveaux Codes pénal et de procédure pénale, prévue pour le 1er janvier 2027.
Le ministère de la Justice a annoncé six sessions de formation jusqu’au 11 décembre, avec pour objectif de toucher 40 % des magistrats de première instance et 40 % des policiers enquêteurs. Les premières activités ont réuni vingt magistrats aux Cayes et trente policiers à l’Académie nationale de police.
Le Premier ministre, à la tête d’un exécutif qualifié de « gouvernement de doublure » par ses détracteurs, présente cette démarche comme une étape de la modernisation du système judiciaire.
Cette ambition gouvernementale se heurte néanmoins à une contradiction fondamentale : comment prétendre transformer l’administration de la justice lorsque les principaux responsables présumés de massacres continuent d’échapper aux poursuites effectives, aux procès contradictoires et aux sanctions pénales ?
La réforme des textes ne saurait, à elle seule, remédier aux défaillances structurelles de la justice haïtienne. Encore faut-il des magistrats indépendants et protégés, des juridictions fonctionnelles, des enquêtes rigoureuses, des établissements pénitentiaires sécurisés et une police judiciaire disposant des moyens nécessaires pour exécuter les mandats d’arrêt.
L’expérience salvadorienne ne constitue toutefois pas un modèle exempt de critiques. Des organisations internationales de défense des droits humains ont dénoncé des violations des garanties judiciaires, notamment des détentions arbitraires et des atteintes au droit à un procès équitable, sous le régime d’exception instauré par le gouvernement de Nayib Bukele.
La célérité judiciaire ne dispense jamais du respect de la présomption d’innocence, des droits de la défense et de l’indépendance des magistrats.
En Haïti, la crédibilité de toute réforme se vérifiera devant les juridictions, dans les prisons et auprès des familles endeuillées. Elle dépendra notamment de la capacité des autorités à arrêter les auteurs présumés des massacres, à poursuivre leurs complices et leurs financiers, puis à faire exécuter les décisions de justice, conformément aux garanties constitutionnelles et aux engagements internationaux de l’État.
Combien de nouvelles formations, de commissions et de cérémonies officielles faudra-t-il encore avant que les victimes puissent obtenir réparation, que les mandats d’arrêt soient exécutés et que les responsables des crimes les plus graves répondent de leurs actes devant la justice haïtienne ?
Références documentaires : La Noticia SV, 6 novembre 2026, condamnation à Santa Ana La Noticia SV.; Rezo Nòdwès, 2 novembre 2026, lettre de Wilson Joseph à l’ONU AP News ; BINUH, rapport sur Wharf Jérémie et bilan judiciaire de mars 2026 ; ONU, rapport S/2024/554, sur Baz Pilate Digital Library ; département américain de la Justice, 3 décembre 2025, condamnation de Joly Germine United States Department of Justice ; ministère de la Justice, programme de formation du 3 novembre 2026

