28 août 2026
HAÏTI | ÉLECTIONS — Fils-Aimé maintient le 13 décembre 2026 ; devant le Conseil de sécurité, le Panama doute même de la faisabilité d’un scrutin au premier semestre 2027
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HAÏTI | ÉLECTIONS — Fils-Aimé maintient le 13 décembre 2026 ; devant le Conseil de sécurité, le Panama doute même de la faisabilité d’un scrutin au premier semestre 2027

Contradiction diplomatique apparue dans la même salle : Panama estime que l’horizon électoral est devenu irréaliste, tandis que le représentant haïtien continue de demander une assistance internationale afin de créer les conditions permettant les élections. 

NEW YORK, vendredi 28 août 2026 — Deux lectures presque antagonistes du calendrier électoral Fils-Aimé/Viktwa se sont exprimées vendredi devant le Conseil de sécurité des Nations unies. D’un côté, le Panama estime que, compte tenu de la situation sécuritaire sur le terrain, la perspective même d’organiser des élections au premier semestre 2027 ne paraît désormais plus réaliste. De l’autre, le représentant d’Haïti maintient l’objectif électoral et sollicite davantage d’assistance internationale afin de rétablir la sécurité nécessaire à la tenue du scrutin.

La déclaration panaméenne prend une dimension particulière au regard du calendrier actuellement défendu par les autorités électorales haïtiennes : le premier tour est annoncé pour le 13 décembre 2026. Panama n’a certes pas déclaré formellement que cette date était annulée ou que les élections de décembre ne pourraient avoir lieu. Sa formulation va néanmoins beaucoup plus loin dans l’évaluation des conditions matérielles : « Regrettably, the expectation of holding elections in the first half of 2027 […] seems not to be realistic due to the current situation on the ground. »

Autrement dit, si même l’horizon du premier semestre 2027 apparaît irréaliste au Panama, que reste-t-il de la faisabilité du 13 décembre 2026 ? C’est toute la portée politique de cette déclaration. Panama ne modifie pas le calendrier haïtien — il n’en a juridiquement aucune compétence — mais livre devant le Conseil de sécurité une appréciation particulièrement pessimiste de la capacité du pays à réunir prochainement les conditions permettant un scrutin.

Cette position n’est d’ailleurs pas sans continuité avec les réserves précédemment formulées par Panama. Dès janvier, sa délégation estimait devant le Conseil que les élections devraient se dérouler lorsqu’elles pourront effectivement être organisées, dans un environnement sûr, pacifique, libre, équitable et participatif.

Quelques minutes plus tard vendredi, le représentant d’Haïti a défendu une orientation sensiblement différente. Après avoir condamné le massacre de Kenscoff, il a indiqué que le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé avait convoqué en urgence le CSPN et placé les forces de sécurité en état d’alerte maximale, avec trois instructions : « protéger, sécuriser et restaurer l’autorité de l’État ».

Port-au-Prince demande surtout à la communauté internationale d’accélérer le déploiement de la Gang Suppression Force (GSF) jusqu’à son effectif prévu de 5 500 personnels. Le représentant haïtien a cité le Tchad, la Mongolie et la Côte d’Ivoire parmi les pays ayant déjà conclu des accords avec Haïti, tandis que des démarches seraient engagées avec la Jamaïque, le Sri Lanka, le Bangladesh et le Guatemala.

Et c’est précisément sur les élections que les deux interventions divergent. « Aujourd’hui, nous avons besoin d’une plus grande synergie au niveau international pour soutenir le gouvernement dans le rétablissement de la sécurité, condition nécessaire à l’organisation des prochaines élections dans le pays », a déclaré le représentant haïtien selon le transcript de la séance.

Sa conclusion ne laisse guère de doute sur la ligne gouvernementale : Haïti, a-t-il déclaré, continue de compter sur ses partenaires internationaux pour « créer les conditions nécessaires à la tenue des élections ».

Deux diagnostics se retrouvent ainsi devant le même Conseil de sécurité. Haïti demande davantage de moyens pour rendre les élections possibles ; Panama estime que les réalités du terrain rendent déjà irréaliste la perspective électorale jusque dans le premier semestre 2027.

Le massacre de Kenscoff transforme cette divergence en interrogation politique immédiate. Après les morts, les enlèvements et les nouvelles démonstrations de capacité opérationnelle des gangs, le problème n’est plus seulement de savoir ce que prévoit un calendrier administratif. Il est de déterminer si l’État dispose effectivement du contrôle territorial, des institutions et des garanties sécuritaires indispensables à l’exercice libre et universel du suffrage.

Le 13 décembre 2026 demeure donc, à ce stade, l’échéance affichée par le CEP. Mais vendredi, à New York, le Panama a introduit devant le Conseil de sécurité un doute autrement plus profond : si même le premier semestre 2027 paraît irréaliste, sur quelles conditions objectives repose encore le Tonton Nwèl électoral de décembre ? Les 800 000 doublons ou électeurs virtuels ?

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