Le carnage de Kenscoff illustre de manière flagrante la faillite de l’État haïtien et l’effondrement des droits humains face à la criminalité institutionnalisée. L’attaque perpétrée dans la nuit du 23 au 24 août 2026 a coûté la vie à au moins 47 personnes, foudroyées au cœur d’un refuge ecclésiastique par la coalition des groupes armés Viv Ansanm. Alors que le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé enchaîne les communiqués de condoléances, la passivité des autorités actuelles et passées de l’ère du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) mené par les consorts politiques jusqu’à l’exécutif actuel démontre une incapacité chronique à honorer le droit le plus fondamental qu’est celui du droit à la vie.
L’illusion d’une gouvernance au-delà des chiffres et des communiqués
Derrière le bilan macabre de Kenscoff, une querelle de statistiques indécente s’est installée entre les approximations frileuses de l’État et le décompte implacable des Nations unies. Mais la réalité du terrain se passe de calculs. Des familles entières brûlées vives dans leurs maisons, des blessés par dizaines, et plus de 50 citoyens enlevés servant de monnaie d’échange et de boucliers humains sous les menaces d’exécution d’un chef de gang arrogant.
Pour l’exécutif dirigé par Alix Didier Fils-Aimé, la rhétorique demeure inchangée, exprime une « profonde compassion » et promet l’envoi tardif de renforts policiers. Cette gouvernance par la réaction et le deuil symbolique est devenue intolérable. L’État savait. La municipalité de Kenscoff subissait des assauts répétés depuis de longs mois. Feindre la surprise ou invoquer la fatalité relève d’une complicité par omission ou d’un aveu d’incompétence systémique.
Les droits humains, l’anéantissement du dernier rempart
La tragédie de Kenscoff franchit un nouveau palier dans l’horreur en ciblant un camp de déplacés internes installé au sein de l’Église de l’Arche de la Nouvelle Alliance. Ces hommes, ces femmes et ces enfants avaient déjà tout fui pour se réfugier sur les hauteurs de la capitale, espérant trouver un sanctuaire. En violant ce lieu de culte et d’asile, les réseaux criminels piétinent les conventions internationales et le droit humanitaire dans une impunité totale.
La passivité des forces de l’ordre, dénoncée avec véhémence par les survivants, pose la question de la responsabilité pénale et morale des dirigeants. Protéger la population n’est ni un choix politique, ni une faveur, c’est l’essence même de la souveraineté étatique. Lorsque les blindés de la Police Nationale d’Haïti (PNH) restent immobiles alors que des menaces de massacres sont documentées à l’avance, le principe de « non-assistance à une personne en danger » s’applique pleinement aux décideurs de Port-au-Prince.
L’impasse politique et le piège électoral
Ce nouveau massacre écarte cruellement l’illusion d’une normalisation démocratique à court terme. Comment prétendre organiser des joutes électorales libres et transparentes alors que plus de 80 % de la région métropolitaine demeure sous la coupe réglée de seigneurs de guerre ? Les transitions successives et les remaniements de cabinets ne servent qu’à recycler un personnel politique stérile, incapable de concevoir un plan national d’urgence sécuritaire.
La communauté internationale, à travers des forces de soutien en sous-effectif, assiste de manière quasi passive à la déliquescence de la première République noire. Haïti ne peut plus se nourrir de promesses géopolitiques ni de forces d’appui extérieures dont l’impact sur le terrain demeure invisible pour le citoyen de Kenscoff, de Gressier ou de Delmas.
Il n’y aura pas de reconstruction politique sans une reddition de comptes drastique. La mémoire des victimes de Kenscoff exige l’identification des responsabilités à tous les niveaux de la chaîne de commandement, l’arrêt immédiat du clientélisme d’État et une action offensive pour neutraliser la terreur. Gouverner c’est prévoir ; persister dans l’inaction, c’est condamner un peuple à l’abattoir.
Autant , Fils-aime et consorts, autant.
Me. Louimann MACÉUS, Av
Président ECCREDHH- Human rights organizations.
Membre Amnesty International.
Formation Spécialisée en Droits Humains & Droit Int Humanitaire (CUHD/Genève).
Formation Spécialisée en Politique Publique des Droits Humains a IPPDH/OEA/MERCSUR/CIDH)
Ex-Point Focal OSI-HAITI (Objectifs Sciences internationales)

