20 septembre 2026
J’ai écouté une interview de Marc Bazin ce matin. Que bas sommes-nous descendus !
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J’ai écouté une interview de Marc Bazin ce matin. Que bas sommes-nous descendus !

J’ai écouté ce matin une ancienne interview de Marc Bazin.

Et, pendant quelques instants, je me suis surpris à ne même plus regarder l’homme, son parcours, ses choix ou les controverses qui ont pu l’accompagner. J’écoutais simplement les idées.

Seigneur, que bas sommes-nous descendus !

Je l’entendais parler d’économie, de production nationale, de riz, de la nécessité de produire, de penser l’État, d’organiser le pays, de construire une vision. On pouvait être d’accord ou non avec Marc Bazin, mais il y avait une pensée, une formation, une certaine idée du pays et de ce que signifie gouverner.

Et puis je regarde autour de moi.

Je vois défiler, de « leaders » en « laideurs », des personnages que l’on nous présente comme les nouveaux visages de la politique. Le débat s’appauvrit, la parole se vide, la vision disparaît. Nous ne volons même plus bas : nous tombons.

Ce qui m’attriste n’est donc pas la nostalgie d’un homme. C’est la comparaison entre deux niveaux d’exigence.

Un pays ne peut pas vivre seulement de slogans, de querelles, de petites ambitions et de mise en scène permanente. Gouverner exige de comprendre l’économie, l’agriculture, l’éducation, l’administration, la production, le territoire et, surtout, d’avoir une idée de l’endroit où l’on veut conduire la nation.

À force d’accepter la médiocrité, nous avons fini par la trouver normale.

Il faut arrêter la chute.

Il faut relever le niveau de la pensée, de la parole publique et de ceux qui prétendent conduire le pays. Haïti mérite mieux que cette succession de figures sans projet, de discours sans profondeur et d’ambitions sans horizon.

Marc Bazin, paix à ton âme.

Ce matin, en t’écoutant, ce n’est pas seulement à toi que j’ai pensé. J’ai surtout pensé à mon pays.

Et j’ai eu mal.

Car ce pays, il faudra désormais presque le réinventer : réinventer l’État, réinventer la politique, réinventer le sens du bien commun, pour qu’un jour enfin nous puissions recommencer à gouverner autre chose que la chute et peut-être, comme dirait le poète, gouverner la rosée.

Yves Lafortune, Miami, le 6 Septembre 2026

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