Madame la Présidente,
Nous remercions Carlos Ruiz Massieu et [le responsable des affaires humanitaires] pour leurs exposés et saluons la participation à cette réunion des représentants d’Haïti, du Brésil, de l’Argentine et du Mexique.
Nous condamnons fermement l’attaque brutale perpétrée par les membres d’un gang local contre des civils à Kenscoff, dans la périphérie de la capitale haïtienne. À la suite de cette tragédie, la liste déjà effroyable des victimes innocentes de la violence dans le pays s’est allongée de plusieurs dizaines de noms. Fait particulièrement inhumain, nombre d’entre elles ont été tuées dans l’enceinte d’une église locale.
Selon les informations dont nous disposons, plusieurs dizaines de civils ont également été enlevés et demeurent captifs des gangs. Les autorités haïtiennes, auxquelles incombe la responsabilité première de la sécurité du pays, doivent tout mettre en œuvre afin d’obtenir la libération des otages et de traduire les criminels en justice. Nous comptons également sur l’unité judiciaire récemment créée pour enquêter sur les crimes de masse afin qu’elle se saisisse de cet incident.
Ce qui s’est produit à Kenscoff constitue un défi direct lancé par les gangs criminels, non seulement aux autorités haïtiennes, mais également aux efforts de la communauté internationale visant à promouvoir la sécurité dans le pays. C’est le signal que le crime organisé en Haïti n’entend pas capituler face à la Force de répression des gangs actuellement en cours de déploiement et qu’il continuera de se battre pour le contrôle des territoires en recourant à la peur, à la violence et aux attaques contre des personnes innocentes et désarmées.
Nous appelons les dirigeants de cette mission qui ne relève pas des Nations unies à prendre rapidement des mesures afin d’améliorer la situation sécuritaire dans la capitale et au-delà. Parallèlement, nous mettons en garde contre tout usage incontrôlé de la force lors des opérations. Il convient de prendre en considération les conséquences éventuelles pour les populations civiles ainsi que l’implication généralisée d’enfants et d’adolescents au sein des gangs.
Nous souhaitons, séparément, attirer l’attention sur la nécessité de traiter les problèmes de long terme qui se trouvent à l’origine de la crise sécuritaire en Haïti. Parmi ceux-ci figurent l’inefficacité persistante des autorités locales, qui a conduit à l’actuelle crise constitutionnelle, ainsi que les ingérences extérieures préjudiciables visant à façonner un paysage politique favorable à des puissances étrangères.
À cela s’ajoutent les problèmes non résolus que nous évoquons lors de chaque réunion consacrée à Haïti : le trafic incontrôlé d’armes en provenance des États-Unis, qui continue d’alimenter les activités criminelles des gangs.
Leurs chefs n’hésitent pas à publier sur les réseaux sociaux des vidéos montrant leurs arsenaux, comprenant notamment des armes de gros calibre et des munitions. Le pays d’origine de ces armes n’est pas difficile à identifier.
Une récente enquête d’opinion publique menée par Chatham House montre que les Haïtiens sont las des problèmes qui perdurent dans leur pays et qu’ils ne font confiance ni à leurs propres autorités ni à la présence internationale incarnée par la GSF.
On ne peut dès lors se contenter de leur demander de faire preuve de résilience et de leur souhaiter du courage, tout en attendant que les mesures actuellement prises par Port-au-Prince et par la communauté internationale produisent enfin les changements positifs attendus depuis si longtemps.
Je vous remercie.

