L’insécurité à Croix des Bouquets : entre complicité locale et manque de moyens, la PNH se perd dans la lutte contre les 400 Marozo
Par : Vitalème ACCÉUS
Dimanche 12 juin 2022 ((rezonodwes.com))– Les attaques du Gang 400 Marozo se multiplient ces dernières semaines dans la commune de Croix-des-bouquets. A chaque fois que les forces spécialisées de la Police Nationale d’Haïti font irruption dans la commune, les gangs réussissent à les faire replier en un temps record.
Des modes opératoires similaires
La PNH donne très rarement le bilan des ratissages. Quasiment toutes les opérations du Gang 400 Marozo dans cette commune se déroulent au cours de la journée pendant que les policiers patrouillent les zones. La plupart des temps, ce sont des petites localités débouchant sur les grands axes routiers qui sont prises pour cibles ( La Tremblay, Michaud, Carrefour New York, Pont Boucan bou , Marasa et Duval).
Les endroits attaqués sont différents, mais les modes opératoires sont toujours les mêmes. Les groupes de gang 400 mawozo viennent à bord des 4×4 volés ou des convois de motos, et ouvrent le feu en direction des agents de la Police Nationale d’Haïti. Dans plusieurs sorties de Carrefour New York et de La Tremblay 5, ils ont la possibilité de commettre assez de dégâts.
Une population locale complice du 400 Marozo ?
Ces multiples attaques asymétriques mais « similaires », qui surviennent chaque fois que les policiers baissent un peu la garde, laissent présager des « complicités » dans cette commune. La dernière attaque de la position des policiers UDMO, à La Trembley, dans la commune de Croix-des-bouquets, le lundi 6 Juin 2022, dans l’après-midi a fait au moins un mort et un blessé dans le camp des policiers.
Dans sa réplique, la PNH a blessé 2 bandits appartenant à 400 Marozo. Un leader local déduit qu’avec cette dernière attaque, il y a « sans nul doute une complicité au sein même de la population». Ce leader observe que : « la population locale ne contribue pas conséquemment pour la sécurisation de la commune et la lutte contre le gang 400 Marozo».
Changer les modes opératoires de la PNH
Selon lui, au lieu des répliques des policiers, il faut « plutôt compter sur la contribution des habitants de la commune pour mieux faire face à 400 Marozo ».
« Ils sont les seuls à connaître qui sont membres de 400 Marozo et qui ne le sont pas. La plupart des membres du gang qui attaquent la PNH étaient d’abord des habitants des quartiers de la commune de Croix-des-bouquets qui ont rejoint le gang armé. Ils entretiennent des relations avec leurs amis complices (antennes) qui leur fournissent toujours des informations sur le mouvement de la PNH. Dans ces conditions il est très difficile de faire la guerre, dans une situation où ton ennemi connaît ou dispose de toutes les informations sur toi », explique Maxone entrepreneur de la zone.
Justement, avant chaque attaque, les éléments du gang envoient des notes vocales WhatsApp pour prévenir les dirigeants du gang.
D’un autre côté, les habitants remarquent plus régulièrement la présence des gangs que celle de la police. En ce sens, ils ne veulent pas dénoncer aveuglément par peur d’être victime puisque la police intervient dans les zones qu’occasionnellement ou à la manière des pompiers.
Des policiers de la PNH démunis face à une puissance folle prête à mourir
En plus de la guerre asymétrique que livre le Gang 400 Marozo, les policiers déployés sur le terrain pour combattre ce gang n’ont pas suffisamment de moyens pour mener à bien leur mission. Des policiers sur le terrain révèlent aussi qu’ils sont mal nourris, mal payés et sous équipés. Ils sont nombreux qui disent qu’ils « sont même découragés et prêts à quitter la PNH s’il faut continuer dans ces conditions à faire la guerre avec un ennemi inconnu et puissant. »
Des sources bien introduites font même état « des complicités au sein de la PNH ». « Un policier qui est dépourvu de tout est plus dangereux que 400 Mawozo. Quelqu’un qui combat des gangs et qui ne gagne pas normalement son salaire est prêt à fournir des informations aux gangs qui les paient au prix d’or », explique un autre haut gradé de la PNH déployé dans la zone, sous couvert de l’anonymat.
Enfin, avec ces différents défis, il sera très difficile pour la Police Nationale d’Haïti de continuer à combattre les 400 Marozo, acculés par les forces spécialisées, mais qui trouvent refuge dans des zones isolées de la Plaine du Cul-de-Sac.
Aiinsi, après chaque accalmie, les attaques des gangs deviennent plus intenses et féroces.
Vitalème ACCÉUS
acceus2009@gmail.com

