Résister patriotiquement en Haïti, en novembre 2026, ne consiste pas à brandir des slogans vides ou à attendre un sauveur extérieur. C’est un acte de lucidité et de responsabilité. C’est refuser de normaliser une « insécurité » planifiée et maintenue, des « élections » organisées par un Conseil électoral provisoire (CEP) qui détecte plus de 27 millions de tentatives de fraudes sans prononcer la moindre sanction, et un gouvernement de facto placé et maintenu par l’international, qui s’octroie le droit de choisir les dirigeants à la place du peuple haïtien.
Cette résistance commence par un principe simple : tout problème bien posé est à moitié résolu. Le peuple haïtien a un besoin urgent d’explications claires sur le rôle des uns et des autres dans son malheur. Qui arme les gangs ? Qui les finance ? Qui tolère leur présence dans des zones stratégiques ? Qui bénéficie du chaos prolongé ? Qui décide, depuis l’extérieur, de maintenir un pouvoir de transition dont l’échec sécuritaire est patent ? Tant que ces questions restent floues, la confusion règne et la résignation s’installe. Nommer les responsabilités – internes et externes – n’est pas de la division. C’est le premier pas vers la lucidité collective.
Dans ce contexte, la communauté internationale joue un rôle déterminant et souvent occulté. Ce sont des États, des organisations multilatérales et des bailleurs de fonds qui ont placé et maintenu au pouvoir le gouvernement de facto, qui fixent les conditions de la transition, qui financent le processus électoral et qui, dans les faits, valident ou invalident les dirigeants haïtiens. En soutenant un ordre institutionnel sans mandat populaire clair, en tolérant l’impunité face à des millions de fraudes détectées, et en prolongeant un cadre qui entretient l’instabilité plutôt qu’il ne la résout, ces acteurs participent activement à la perpétuation de la crise. Leur responsabilité n’est ni secondaire ni neutre. L’exiger n’est pas de l’anti occidentalisme : c’est rappeler que la souveraineté haïtienne ne peut être déléguée indéfiniment.
Les partis politiques haïtiens portent, eux aussi, une responsabilité lourde. Beaucoup se sont transformés en machines à négocier des places et des financements plutôt qu’en instruments de représentation populaire. Les plus de 27 millions de tentatives de fraudes détectées lors de l’enregistrement des membres illustrent une culture de la contrefaçon et de l’opportunisme. Au lieu d’exiger des règles claires, des sanctions et une refondation du système, trop de formations politiques se contentent de contester les résultats quand ils leur sont défavorables, tout en acceptant de participer à un processus qu’elles savent vicié. Résister patriotiquement, c’est aussi refuser de confondre ces partis avec la volonté du peuple et exiger d’eux qu’ils rendent des comptes.
Dans ce contexte de chaos, toute élection et tout changement constitutionnel sont suspects par nature. Ils méritent d’être expliqués et compris avant d’être acceptés. Le CEP annonce des millions de fraudes, mais aucune sanction n’est prononcée. Le calendrier électoral est reporté à plusieurs reprises, le registre des électeurs reste dramatiquement faible, et le pouvoir de facto continue d’exercer sous la protection et la validation internationales. Participer sans questionner, ou se taire face à des règles du jeu opaques, revient à valider un processus qui contourne la souveraineté du peuple.
Résister patriotiquement, c’est aussi refuser deux pièges. Le premier est celui de la résignation : accepter que l’insécurité soit une fatalité et que les solutions ne puissent venir que de l’étranger. Le second est celui de la complicité passive : laisser se dérouler, sans débat public, des processus électoraux ou constitutionnels qui risquent de légitimer durablement un ordre imposé plutôt que choisi.
Cette résistance n’est ni haineuse ni isolée. Elle est lucide, déterminée et tournée vers l’avenir. Elle consiste à éclairer les citoyens sur les mécanismes de leur malheur – internes comme externes –, à refuser les solutions toutes faites qui perpétuent la dépendance, et à rappeler que la seule solution durable passe par l’exercice plein et entier de la souveraineté haïtienne. Pas par des arrangements entre élites locales et partenaires internationaux. Pas par des élections sous tutelle. Pas par le silence face à l’impunité.
Aujourd’hui, résister patriotiquement en Haïti, c’est poser les bonnes questions, exiger des comptes de tous les acteurs, et refuser que le peuple soit réduit au rôle de spectateur de son propre destin. C’est le premier acte de reconstruction.

