13 septembre 2026
Jean-Ryl Anténor : Appel solennel à la paix, à la responsabilité et à la reconstruction d’Haïti
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Jean-Ryl Anténor : Appel solennel à la paix, à la responsabilité et à la reconstruction d’Haïti

Date : 12 septembre 2026
 De : Jean-Ryl Antenor
 À l’attention de : Nos frères et sœurs armés, l’élite politique, la bourgeoisie économique et la communauté internationale
 Objet : Appel solennel à la paix, à la responsabilité et à la reconstruction d’Haïti

Fondements bibliques

« Remets ton épée à sa place ; car tous ceux qui prendront l’épée périront par l’épée. »
 — Matthieu 26:52

« Ne vous y trompez pas : on ne se moque pas de Dieu. Ce qu’un homme aura semé, il le récoltera aussi. »
 — Galates 6:7

« Ainsi chacun de nous rendra compte à Dieu pour soi-même. »
 — Romains 14:12

« La femme sage bâtit sa maison, et la femme insensée la renverse de ses propres mains. »
 — Proverbes 14:1

« Venez et plaidons ! dit l’Éternel. Si vos péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige ; s’ils sont rouges comme pourpre, ils deviendront comme la laine. »
 — Ésaïe 1:18

Guidé par la solennité de ces Écritures, j’adresse ce message urgent aux acteurs armés, aux élites politiques et économiques, ainsi qu’à la communauté internationale. Face au spectacle déchirant de notre patrie, où des milliers de vies sont fauchées, où l’économie s’effondre et où l’avenir d’un peuple entier est pris en otage, le silence n’est plus une option. J’appelle chacun de ces groupes à reconnaître sa part de responsabilité dans la situation actuelle d’Haïti et à contribuer à mettre fin à la violence, afin de donner au pays une chance réelle de retrouver la paix, la dignité, la stabilité et un développement durable.

Permettez-moi de revenir sur les années 1970. Nombreux sont ceux qui gardent le souvenir d’une Haïti plus stable : l’électricité était plus accessible, le pays comptait parmi les destinations touristiques les plus prisées des Caraïbes, la sécurité nocturne était mieux assurée et les enfants se rendaient à l’école avec moins de crainte. Les travailleurs rejoignirent leur emploi et les cultivateurs se rendaient à Port-au-Prince pour vendre leurs produits dans une relative sérénité. Certes, des défis structurels existaient déjà, mais la vie quotidienne conservait davantage de dignité et de stabilité. Aujourd’hui, le contraste est saisissant : les violences se multiplient, des foyers sont incendiés et l’espoir s’amenuise. N’oublions pas que chacun demeure responsable de ses actes devant sa conscience, devant la nation et devant Dieu.

L’histoire nous enseigne également que les formes de domination évoluent sans toujours disparaître. Avant 1804, notre peuple était réduit en esclavage ; aujourd’hui, d’autres mécanismes — dépendance, instrumentalisation, violence interne et convoitise des ressources — peuvent menacer notre souveraineté.

Nous voyons désormais les fils et les filles d’Haïti poussés à s’entredéchirer. Les discours ambiants présentent parfois une alternative trompeuse : le développement ou l’exode massif. Si l’autodestruction se poursuit, le pays risque de se vider d’une partie de sa population et de devenir plus vulnérable à l’exploitation incontrôlée de ses ressources.

Appels ciblés à la responsabilité

Je m’adresse directement à quatre grands groupes dont les décisions et les actes influencent profondément la crise nationale.

1. À mes frères et sœurs qui portent les armes

À l’attention de Jimmy Cherizier (Barbecue) et des membres de « Viv Ansanm », Izo (5 Seconds), Vitel’homme Innocent, Lanmò San Jou (400 Mawozo), Lucson, Didi, Chien Mechan, Bougòy, Nice B, Bout Janjan, ainsi qu’à tous les chefs et soldats des groupes armés :

Vous affirmez mener un combat pour le changement et la révolution. Mais quels résultats concrets vos actions ont-elles produits pour la population ? Servent-elles réellement le bien commun, ou répondent-elles à des intérêts qui échappent au peuple ? Le sang versé est celui de vos propres frères et sœurs, et le pays affaibli est aussi le vôtre.

Trop souvent, des jeunes sont instrumentalisés, armés et exposés à la violence, tandis que ceux qui tirent profit du désordre restent à l’abri. Refusez de devenir les instruments d’intérêts politiques, économiques ou étrangers. Une nation ne se construit ni sur le sang des innocents, ni sur la peur, ni sur les larmes des familles endeuillées. Ceux qui encouragent la violence peuvent abandonner leurs exécutants dès qu’ils ne leur sont plus utiles.

L’heure est venue de faire preuve d’un courage véritable : déposez les armes, libérez les axes routiers, mettez fin aux extorsions et aux violences, reconnaissez publiquement les souffrances infligées à la population et engagez-vous dans une démarche de paix, de justice et de réinsertion. Aucun effort n’est trop grand lorsqu’il s’agit de sauver notre nation.

2. À l’élite politique

À l’attention de Michel Martelly, Youri Latortue, Joseph Lambert, Moïse Jean-Charles, André Michel, Nenel Cassy, Rony Célestin, Antonio Cheramy, Edmonde Suplice Beausil, Marjorie Michel, la Fanmi Lavalas, Schiller Louidor, Pierre Espérance, Sorel Jacinthe, Garry Bodeau, Anel Belizaire, Jean Henry Céant, Evallière Beauplan, et à l’ensemble de la classe politique :

Depuis trop longtemps, la recherche du pouvoir, les rivalités et les alliances de circonstance affaiblissent l’État et aggravent les souffrances de la population. Une part importante de la classe politique porte la responsabilité de pratiques ayant privilégié les ambitions personnelles au détriment de l’intérêt général. Il est temps de rompre avec toute forme de corruption, de clientélisme et d’utilisation de la fonction publique à des fins privées. L’avenir de la patrie ne peut être marchandé. Un sursaut de conscience demeure possible : placez l’intérêt national au-dessus des calculs partisans et engagez-vous en faveur d’une gouvernance fondée sur l’éthique, la transparence, la responsabilité et le service public.

3. À l’élite économique et financière

À l’attention de Gilbert Bigio, Andy Apaid, les familles Acra et Brant, Reginald Boulos, et l’ensemble du secteur des affaires :

Cette terre a permis l’essor de fortunes et d’entreprises importantes. Cette réussite confère aussi une responsabilité envers la société. Les préoccupations publiques relatives aux monopoles, à la corruption, aux circuits d’approvisionnement en armes et au manque d’investissement social doivent faire l’objet d’enquêtes indépendantes, transparentes et impartiales. Toute responsabilité éventuelle doit être établie par les institutions compétentes, dans le respect du droit et des garanties fondamentales.

Aucune entreprise ne peut prospérer durablement dans une société qui s’effondre. Mettez vos ressources, votre influence et vos capacités d’investissement au service de la création d’emplois dignes, de l’éducation, des infrastructures et de la reconstruction. Renoncez à toute pratique susceptible d’alimenter l’instabilité ou de privilégier des intérêts particuliers au détriment du bien commun. Rendez à la terre qui vous a enrichi une part de ce qu’elle vous a donné et contribuez à bâtir une économie plus juste, plus inclusive et résolument tournée vers l’avenir.

4. À la communauté internationale

À l’attention des gouvernements des États-Unis, du Canada, de la France, des Nations Unies (ONU), du Core Group et des puissances étrangères :

Certaines formes d’ingérence et certaines politiques appliquées en Haïti seraient difficilement acceptées dans vos propres pays. Le respect de la souveraineté haïtienne et du principe de non-ingérence doit demeurer au cœur de toute relation diplomatique, conformément à l’esprit de l’article 41 de la Convention de Vienne de 1961.

Les discours en faveur de la démocratie et des droits humains doivent se traduire par des politiques cohérentes, transparentes et respectueuses des institutions haïtiennes. Toute coopération internationale devrait contribuer au renforcement de l’État de droit, à la lutte contre les trafics d’armes et à la protection de la population, plutôt qu’à la fragilisation des institutions. Le peuple haïtien doit pouvoir déterminer librement son avenir, sans diktats extérieurs ni pressions géopolitiques.

Conclusion : Un sursaut national urgent

Haïti est à bout de souffle. Cette terre, pionnière de la lutte pour la liberté et la dignité humaine, s’affaiblit sous l’effet de la violence, de l’impunité, des divisions internes et des interventions extérieures mal adaptées. Tous les acteurs interpellés dans cette lettre doivent prendre la mesure du désastre et assumer leur part de responsabilité. L’Histoire jugera nos choix. Chacun devra également répondre de ses actes devant sa conscience, devant la nation et, pour ceux qui partagent cette foi, devant Dieu.

Le peuple haïtien ne peut continuer à pleurer ses morts et à compter ses orphelins. Le temps de la destruction doit céder la place à celui de la refondation nationale. Que laisserons-nous derrière nous ? Quelle Haïti voulons-nous transmettre à nos enfants ?

Voulons-nous leur léguer un pays brisé, livré à la peur, à l’exil et à la convoitise ? Ou voulons-nous leur transmettre une patrie où ils pourront grandir la tête haute, avec fierté, sur la terre de leurs ancêtres ?

Il n’est jamais trop tard pour changer de direction. Donnez une chance à Haïti.

Un frère qui souhaite la paix et un avenir pour son pays,

Jean-Ryl Antenor

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