10 septembre 2026
Haïti–RD : après la poignée de main de Raina Forbin, Santo Domingo bétonne la frontière et poursuit les expulsions
Actualités Diplomatie Pages d'Histoire d'Haiti Relations Haiti-RD

Haïti–RD : après la poignée de main de Raina Forbin, Santo Domingo bétonne la frontière et poursuit les expulsions

Haïti–RD : après la poignée de main de Raina Forbin, Santo Domingo bétonne la frontière et reprend les expulsions

PORT-AU-PRINCE, 10 septembre 2026 — Une poignée de main le 3 septembre, du béton le 5, une opération migratoire le 6. À peine la ministre haïtienne des Affaires étrangères Raina Forbin avait-elle quitté Dajabón après une rencontre bilatérale consacrée notamment à la migration et à la sécurité frontalière que la République dominicaine poursuivait, sans infléchissement apparent, sa propre doctrine : fortification de la frontière et interpellation de ressortissants haïtiens.

La déclaration conjointe signée à CODEVI avait pourtant installé un vocabulaire diplomatique ambitieux : coopération juridique, gouvernance migratoire, sécurité frontalière, lutte contre les économies illicites, commerce et connectivité aérienne. Les deux chancelleries avaient même convenu de renforcer leurs mécanismes de coopération « dans le respect de la souveraineté » des deux États. Elles avaient également décidé de poursuivre leurs démarches internationales en faveur du déploiement complet de la Force de répression des gangs en Haïti.

Mais la diplomatie s’évalue aussi à ce qui survient après les communiqués. Le 5 septembre, soit deux jours après la rencontre Forbin-Bisonó, le gouvernement dominicain annonçait la construction à Jimaní de 14,5 kilomètres supplémentaires de barrière frontalière, haute d’environ quatre mètres, assortie de six tours de surveillance, de voies de patrouille et d’autres infrastructures. Santo Domingo inscrit officiellement cet ouvrage dans sa stratégie de protection de la souveraineté, de contrôle territorial et de lutte contre les trafics illicites.

Puis vient le 6 septembre. Dès 5 h 30, les unités de la Direction générale de la migration investissent plusieurs secteurs de Dajabón. Cinquante-huit ressortissants haïtiens sont interpellés, avant vérification de leur identité et de leur statut migratoire. L’opération intervient trois jours seulement après que les deux chancelleries eurent précisément inscrit les « affaires migratoires » parmi les dossiers nécessitant une coopération renforcée.

Les chiffres donnent à cette séquence une dimension autrement plus lourde. La Direction générale dominicaine de la migration affirme avoir expulsé 202 294 ressortissants haïtiens en situation irrégulière par le seul point de Dajabón entre le 1er octobre 2024 et le 31 août 2026. Sur ce total, 79 938 expulsions ont été enregistrées pendant les huit premiers mois de 2026.

Santo Domingo agit ici dans le cadre de sa compétence souveraine en matière de contrôle des frontières et d’application de sa législation migratoire. Le problème diplomatique posé à Port-au-Prince est ailleurs : qu’a négocié Haïti, et surtout qu’a-t-il obtenu ? Une réunion bilatérale n’obligeait juridiquement la République dominicaine ni à abandonner sa barrière ni à suspendre l’exécution de ses lois migratoires. Mais si la migration constituait l’un des objets centraux des discussions, quels mécanismes précis de consultation, quelles garanties procédurales ou quels engagements vérifiables la partie haïtienne a-t-elle rapportés de Dajabón ?

La chronologie devient alors politiquement difficile à contourner : le 3 septembre, Raina Forbin négocie ; le 5, Santo Domingo bétonne ; le 6, ses agents interpellent. La République dominicaine poursuit donc une politique nationale déjà établie, indépendamment du cérémonial bilatéral. Ce constat ne transforme pas automatiquement la rencontre de Dajabón en échec ; il impose cependant de distinguer la photographie diplomatique du résultat diplomatique.

Car une chancellerie ne se juge pas au nombre de poignées de main échangées, mais à sa capacité de convertir le dialogue en intérêts défendus, engagements obtenus et dispositifs applicables. Si Santo Domingo a conservé sa doctrine frontalière, son calendrier de construction et son dispositif d’expulsion, quel dividende diplomatique concret Port-au-Prince peut-il inscrire à l’actif de la rencontre du 3 septembre ?

Trois jours auront ainsi suffi pour ramener le communiqué conjoint à l’épreuve du terrain.

Sources : déclaration officielle du gouvernement dominicain et du MIREX, 3 septembre 2026 ; EFE, 3 septembre ; Diario Libre, 5 et 6 septembre ; Direction générale dominicaine de la migration, septembre 2026 ; Latin Times, Miguel Paiva.

Migración Dominicana

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.