Fils-Aimé sera-t-il de retour de New York à temps pour l’intronisation du troisième président du CEP ? Peu importe : Uder Antoine, nommé directeur général par son gouvernement, est déjà sur place. La cérémonie peut commencer ; les électeurs, eux, attendront encore leur tour… jusqu’en 2028 ?
PORT-AU-PRINCE, samedi 19 septembre 2026 — Le Conseil électoral provisoire (CEP) s’apprête à installer, le 24 septembre, son troisième président en moins de deux ans. Peterson Pierre-Louis succédera à Jacques Desrosiers, lui-même successeur de Patrick Saint-Hilaire. La date de l’intronisation est fixée, apprend le journal, et des représentants internationaux, dont le BINUH, sont annoncés à la cérémonie. Les fauteuils se transmettent avec régularité ; les électeurs, eux, attendent encore. À défaut de pouvoir compter les bulletins, l’institution peut déjà compter ses présidents.
Le précédent du CPT n’a rien d’anecdotique. Le Conseil présidentiel de transition, composé de neuf membres, a déjà habitué le pays à la rotation des figures dirigeantes. Le CEP paraît désormais suivre sa propre cadence. L’ironie institutionnelle tient aux chiffres : 622 875 électeurs inscrits sur une population électorale de référence estimée à 6,1 millions, à moins de trois mois du scrutin annoncé. À ce rythme, par simple projection arithmétique, le seuil des 6,1 millions ne serait atteint qu’en 2028. Le vote est annoncé pour le 13 décembre 2026, mais les électeurs, eux, arriveraient avec près de deux ans de retard.
Depuis 1988, Haïti a connu une succession d’élections, de transitions et de dirigeants dont les résultats, en matière de développement, de sécurité et de stabilité institutionnelle, demeurent largement en deçà des attentes nationales. L’expérience plus récente, d’Ariel Henry à Alix Didier Fils-Aimé, en passant par le CPT, alimente un questionnement de fond : l’acte électoral conserve-t-il sa portée civique quand les institutions changent de présidents plus vite qu’elles ne produisent des garanties de crédibilité ?
Le prochain rendez-vous sera-t-il une nouvelle cérémonie d’installation ou, enfin, la préparation d’élections réelles, libres et non virtuelles, fondées sur un registre fiable et sur une autorité électorale capable de répondre de ses actes ?
cba

