19 septembre 2026
Calvin Ford Cabeche | Droits humains en Haïti : la fin d’un mythe
Actualités Opinions Société

Calvin Ford Cabeche | Droits humains en Haïti : la fin d’un mythe

L’une des menaces les plus silencieuses, mais les plus destructrices qui pèsent aujourd’hui sur la société haïtienne, est l’effondrement moral des organisations de défense des droits humains.

Hier encore, elles étaient le dernier rempart. La voix des sans-voix. L’institution que le peuple croyait quand il ne croyait plus en l’État, ni en la justice. Aujourd’hui, elles sont en train de perdre ce capital le plus précieux : la confiance. Confiance de la population, et crédibilité auprès de la communauté internationale qui partageait avec elles le même idéal des droits fondamentaux.

Pourquoi cette rupture ?

La réponse est inconfortable mais simple : la politisation.

Depuis plusieurs années, et de manière flagrante durant cette transition politique, une grande partie de nos défenseurs des droits humains ont troqué leur toge de militant contre le costume du politicien. Ils font de la politique, négocient des postes, influencent des ministres et des directeurs généraux, tout en continuant de se présenter comme neutres et indépendants. C’est une duplicité.

Tout citoyen a le droit de faire de la politique. C’est un droit constitutionnel et c’est sain pour la démocratie. Mais l’éthique exige un choix clair. On ne peut pas être juge et partie. On ne peut pas dénoncer le pouvoir le matin au nom des droits humains et le conseiller le soir pour des intérêts partisans. Il faut avoir le courage de la transparence : annoncer publiquement son nouveau positionnement.

Dans ce tableau sombre, il faut reconnaître les exceptions. À ce jour, la Fondation Je Klere (FJKL) me semble être l’une des rares organisations à avoir conservé une ligne de neutralité, sans représentant connu au sein du pouvoir actuel ni influence affichée sur l’appareil d’État. Je ne peux présager de son avenir, mais son présent mérite d’être souligné.

Ce qui se joue est grave. Quand les gardiens de l’éthique deviennent plus politiciens que les politiciens eux-mêmes, ce n’est plus seulement une question de personnes, c’est une trahison de la mission. Et pour un pays aussi fracturé qu’Haïti, perdre ses arbitres moraux, c’est perdre ses derniers repères.

Calvin Ford Cabeche

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.