TPS et élections en Haïti | L’ancien ministre des Affaires étrangères et ex-ambassadeur à Washington Bocchit Edmond plaide pour un moratoire et juge la sécurité déterminante pour un scrutin inclusif
MIAMI — L’ancien ministre haïtien des Affaires étrangères et ex-ambassadeur d’Haïti à Washington, Bocchit Edmond, a qualifié de « coup dur » la fin du statut de protection temporaire (TPS) pour les ressortissants haïtiens aux États-Unis, estimant qu’un retour massif vers un pays toujours confronté à l’expansion des groupes armés risquerait d’accentuer les tensions sociales. Intervenant sur CNN en Español, l’ancien chef de la diplomatie haïtienne a plaidé pour la recherche d’un moratoire négocié avec Washington, susceptible d’accorder aux bénéficiaires concernés un délai supplémentaire d’un ou deux ans.
« Je ne vois pas comment Haïti, dans cette situation, va pouvoir accueillir ces milliers de personnes », a déclaré Edmond. Selon lui, plusieurs bénéficiaires vivent aux États-Unis depuis plus d’une décennie, travaillent, acquittent des impôts fédéraux et locaux et participent à la vie économique américaine. Il a surtout insisté sur le risque de séparations familiales, notamment lorsque des parents susceptibles d’être expulsés ont des enfants demeurant aux États-Unis. Il a appelé les autorités haïtiennes à poursuivre les discussions avec l’administration américaine afin de rechercher une solution transitoire.
L’ancien chancelier a parallèlement établi un lien entre les conséquences d’éventuelles expulsions massives et la fragilité institutionnelle d’Haïti. Selon lui, l’arrivée de milliers de ressortissants dans un environnement marqué par l’insécurité exercerait « davantage de pressions sociales » et pourrait compliquer la recherche de la stabilité politique. Il a rappelé que plusieurs communautés abandonnées par des Haïtiens au cours des cinq ou dix dernières années restent aujourd’hui affectées par la présence de groupes armés, tandis que l’État peine à rétablir son autorité sur certains territoires.
Interrogé sur la possibilité d’organiser les élections annoncées pour décembre, Edmond n’a pas écarté la nécessité d’un retour aux institutions issues du suffrage, après plusieurs années sans consultations électorales nationales. Il a toutefois placé la sécurité et l’inclusivité du scrutin au centre de l’équation. « En quelles conditions ? En quelles conditions de sécurité ? », s’est-il interrogé, refusant la perspective d’une consultation qui se déroulerait dans certaines régions tandis que d’autres en seraient privées.
« Nous ne voulons pas avoir une élection fragmentée », a-t-il poursuivi. Pour l’ancien ministre, une élection constitue « un exercice inclusif » auquel doivent pouvoir participer tous les citoyens disposant du droit de vote. Cette exigence pose directement la question de l’accès aux centres électoraux, de la liberté de circulation et de la capacité des institutions publiques à garantir l’exercice effectif du suffrage sur l’ensemble du territoire.
Edmond a enfin rappelé que les partenaires internationaux d’Haïti continuent de demander l’organisation d’élections afin de restaurer des autorités disposant d’une légitimité électorale. Mais son intervention fait apparaître le dilemme auquel se trouve confronté le processus : rétablir rapidement les institutions démocratiques sans transformer le scrutin en consultation territorialement partielle, dans un pays où l’insécurité demeure une contrainte majeure.
L’entretien accordé à CNN en Español place ainsi deux dossiers au même carrefour : le sort des Haïtiens concernés par la fin du TPS aux États-Unis et la capacité d’Haïti à organiser des élections nationales. Pour Bocchit Edmond, leur dénominateur commun demeure la stabilisation du pays : sans amélioration substantielle des conditions sécuritaires, le retour de milliers de ressortissants comme l’organisation d’un scrutin véritablement national risquent de se heurter aux mêmes limites territoriales, sociales et institutionnelles.
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