27 juin 2026
Ralf Dieudonné Jn Mary répond à Megyn Kelly : Haïti n’est pas un débat, c’est une mémoire vivante
Actualités Opinions Politique

Ralf Dieudonné Jn Mary répond à Megyn Kelly : Haïti n’est pas un débat, c’est une mémoire vivante

Une lettre ouverte puissante à Megyn Kelly et à tous ceux qui réduisent Haïti à ses difficultés, rappelant que l’histoire, la dignité et le rôle stratégique du peuple haïtien dépassent les discours médiatiques.

De: Ralf Dieudonné Jn Mary, Un fils d’Haïti
À : Madame Megyn Kelly, animatrice, SiriusXM

Madame Megyn Kelly,

Les mots voyagent plus vite que les hommes.

Les vôtres ont traversé les frontières pour atteindre jusqu’à mon cœur d’Haïtien.

Je les ai entendus.

Et je refuse qu’ils soient les derniers mots de cette histoire.

Je vous écris au nom de cette diaspora haïtienne dispersée aux quatre coins du monde, mais jamais détachée de sa terre d’origine. Une diaspora faite d’histoires de sacrifices, de départs, de réussites silencieuses et de nostalgie constante.

Je pourrais vous parler d’un enfant qui a grandi en entendant que son pays faisait toujours la une pour les mauvaises raisons.

Ou d’une mère qui envoyait de l’argent au pays en espérant qu’un jour, ce ne serait plus une nécessité mais un choix.

Je pourrais vous parler de ceux qui, chaque jour, portent Haïti dans leur nom, mais rarement dans les opportunités.

J’aurais pu vous répondre avec colère.

J’aurais pu répondre comme tant d’autres l’ont fait, en échangeant une blessure contre une autre.

Mais ce n’est pas ainsi que l’on honore un peuple.

Je veux d’abord reconnaître une chose.

Vous êtes une journaliste influente.

Votre voix porte.

Des millions de personnes vous écoutent.

C’est précisément pour cette raison que vos mots comptent.

Et c’est précisément pour cette raison qu’ils méritent une réponse.

C’est le privilège des grandes voix : elles peuvent élever les peuples. C’est aussi leur responsabilité : elles peuvent les blesser.

Vous avez dit aux bénéficiaires haïtiens du Statut de protection temporaire : « Retournez dans votre putain d’Haïti. »

Cette phrase se voulait, sans doute, une condamnation.

Je choisis d’y entendre un rappel.

Oui.

Un jour, beaucoup d’entre nous retourneront en Haïti.

Non pas parce qu’on nous l’aura ordonné.

Mais parce qu’aucun peuple n’abandonne éternellement la terre de ses ancêtres.

Cependant, avant de réduire Haïti à quelques images de pauvreté ou d’instabilité, permettez-moi de vous poser quelques questions.

Pourquoi Haïti ?

Pourquoi pas un autre pays ?

Pourquoi notre nom revient-il, décennie après décennie, dans les discours politiques américains ?

Pourquoi parle-t-on autant d’Haïti ?

Pourquoi, dans un monde qui compte près de deux cents pays, notre nom revient-il si souvent dans les débats politiques américains ?

Pourquoi Haïti occupe-t-elle une place si particulière dans les discours de responsables politiques, de journalistes et de commentateurs ?

Les pays réellement insignifiants ne deviennent jamais des sujets permanents de conversation.

Ils passent inaperçus.

Haïti, elle, dérange encore.

Parce qu’elle rappelle au monde une vérité que l’Histoire n’a jamais totalement digérée.

Le premier peuple noir libre à avoir renversé le système esclavagiste pour fonder une République.

On peut tenter d’effacer une page d’Histoire.

On ne peut pas empêcher cette page d’avoir existé.

On peut mépriser un peuple. On ne peut pas effacer ce qu’il a apporté à l’Histoire.

Vous voyez un pays en difficulté.

Moi, je vois un peuple qui, malgré toutes ses épreuves, continue d’envoyer au monde des médecins, des ingénieurs, des infirmières, des chercheurs, des entrepreneurs, des artistes, des enseignants et des travailleurs dont les sociétés occidentales bénéficient chaque jour.

Je vois des femmes et des hommes qui soignent vos malades.

Qui enseignent à vos enfants.

Qui créent des entreprises.

Qui paient des impôts.

Qui participent à l’économie américaine.

Ils ne demandent pas qu’on les glorifie.

Ils demandent simplement qu’on reconnaisse leur dignité.

Madame Kelly,

Vous avez certainement rencontré, sans le savoir, un Haïtien qui a facilité votre quotidien.

Peut-être un infirmier.

Peut-être une aide-soignante.

Peut-être un concierge.

Peut-être un professeur.

Peut-être un entrepreneur.

Les peuples ne se résument jamais aux titres des journaux.

Et puisque nous parlons d’Haïti, permettez-moi une autre réflexion.

Les États-Unis ont fait le choix d’investir à Port-au-Prince dans une ambassade d’une importance stratégique majeure.

Les États-Unis sont une puissance pragmatique.

Ils n’investissent pas des centaines de millions de dollars là où il n’y a rien à préserver.

Ils ne maintiennent pas une présence diplomatique majeure là où il n’existe aucun enjeu.

Pourquoi un tel investissement diplomatique dans un pays que certains présentent comme sans importance ?

Pourquoi maintenir une présence aussi significative, si Haïti n’avait aucune valeur stratégique, politique, historique ou humaine ?

Les grandes nations ne bâtissent pas leurs priorités au hasard.

Les grandes puissances ne consacrent ni leur temps, ni leurs ressources, ni leur attention à ce qui ne compte pas.

Leurs priorités révèlent souvent davantage que leurs discours.

Les actes d’un État disent souvent davantage que les discours d’un plateau de télévision.

Vous voyez, Madame Kelly, les actes des nations racontent parfois une histoire bien différente de certaines déclarations prononcées sur un plateau de télévision.

Je ne vous demande pas d’aimer Haïti.

Je ne vous demande même pas d’être d’accord avec nous.

Je vous demande seulement une chose.

Lorsque vous prononcez le nom d’un peuple, souvenez-vous qu’il ne s’agit pas d’un slogan.

Derrière ce nom, il y a des millions de vies.

Des parents.

Des enfants.

Des rêves.

Des sacrifices.

Des femmes qui traversent des nuits entières pour devenir infirmières.

Des hommes qui cumulent plusieurs emplois pour offrir une éducation à leurs enfants.

Des étudiants qui travaillent pendant que d’autres dorment.

Réduire un peuple à ses difficultés est toujours plus facile que de reconnaître son courage.

Mais l’Histoire finit rarement par donner raison à ceux qui confondent puissance médiatique et vérité.

Les préjugés vieillissent toujours plus vite que les peuples qu’ils prétendent définir.

Je terminerai par une confidence.

Vos paroles ont blessé beaucoup d’Haïtiens.

Mais elles nous rappellent aussi quelque chose d’essentiel.

Madame Kelly, vous avez prononcé le nom d’Haïti pour convaincre votre public. Sans le vouloir, vous venez de prouver ce que vous cherchiez à nier : plus de deux siècles après sa naissance, Haïti demeure encore assez importante pour qu’une personnalité américaine estime qu’il est utile d’en parler. Les pays sans importance ne deviennent pas des arguments. Haïti, elle, continue d’être une référence, même dans la bouche de ceux qui la critiquent.

Peut-être est-il temps que nous cessions d’attendre que le monde nous définisse.

Peut-être est-il temps que les talents haïtiens, dispersés aux quatre coins de la planète, consacrent une part plus grande de leur génie à rebâtir leur propre maison.

Car la plus belle réponse à ceux qui doutent d’un peuple n’est jamais un débat télévisé.

C’est un pays qui se relève.

Un jour, Madame Kelly, Haïti se relèvera.

Ce jour-là, personne ne se souviendra des discours qui annonçaient son déclin.

On se souviendra seulement de celles et ceux qui ont continué à croire en elle lorsqu’il était plus facile de la mépriser.

Car les mots peuvent blesser un peuple.

Mais ils n’ont jamais réussi à arrêter son destin.

Le jour où Haïti renaîtra grâce à ses fils et à ses filles, vos paroles ne seront plus qu’une archive.

Notre renaissance, elle, deviendra une référence.

Recevez, malgré nos désaccords, l’expression de mon respect.

Ralf Dieudonné Jn Mary dit Lysius Félicité Salomon Jeune. Un fils d’Haïti.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.