18 juin 2026
L’Edito du Rezo — Un vrai dirigeant sert son peuple ; Alix Fils-Aimé sert-il seulement son pouvoir ?
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L’Edito du Rezo — Un vrai dirigeant sert son peuple ; Alix Fils-Aimé sert-il seulement son pouvoir ?

Le pouvoir n’est pas un trône installé au-dessus des douleurs d’un peuple. C’est un contrat moral, une charge publique, une responsabilité permanente devant la nation et devant le tribunal silencieux de l’histoire. Un dirigeant ne devient pas homme d’État parce qu’il occupe une adresse officielle ; il le devient lorsque son action rencontre les blessures, les attentes et les espérances collectives.

La légalité d’un décret peut parfois ouvrir une porte institutionnelle, mais seule la légitimité construite par les actes permet d’y rester avec dignité. Gouverner un peuple, ce n’est pas administrer une distance entre les dirigeants et les citoyens ; c’est transformer l’autorité reçue en obligation de protection, de justice et de vérité.

Alors une question traverse les consciences : où est le message, où est le tweet d’Alix Fils-Aimé sur le massacre de samedi dernier à Cité Soleil ? Ces Haïtiens abandonnés entre la peur, les balles et les deuils successifs sont-ils devenus invisibles aux yeux du pouvoir ? Les quartiers marginalisés auraient-ils perdu leur place dans la République au point que leurs morts ne méritent ni compassion publique, ni parole officielle, ni engagement ferme ?

Le silence d’un État face aux victimes devient parfois plus lourd que les discours qu’il prononce ailleurs. Car chaque absence de réaction creuse une fracture entre le pouvoir légal et l’autorité morale. La République ne se défend pas seulement dans les salons diplomatiques ; elle se défend aussi dans les ruelles meurtries où les citoyens cherchent encore la présence de l’État.

Un vrai dirigeant ouvre les portes du pouvoir, accepte le regard de la presse indépendante et non complaisante, expose ses décisions au contrôle public et comprend que la transparence n’est pas une faveur accordée au peuple, mais une dette institutionnelle. Les ministères ne sont pas des propriétés privées, la Primature n’est pas une forteresse : ce sont des espaces appartenant à la nation de Jean-Jacques Dessalines.

Un vrai dirigeant ne transforme pas les dates historiques en simples cérémonies. Le 1er janvier, le 18 mai à l’Arcahaie, le 18 novembre à Vertières ne sont pas des pages mortes d’un calendrier officiel. Ce sont des tribunaux symboliques où chaque génération de dirigeants doit répondre à une question : qu’avez-vous fait de l’héritage reçu ?

Alix Fils-Aimé peut occuper un fauteuil, signer des documents pou dekese anpil lajan, recevoir des visiteurs et apparaître sous les projecteurs. Mais le pouvoir réel ne se mesure pas au protocole qui entoure un homme. Il se mesure aux écoles construites, aux vies protégées, aux institutions restaurées, aux familles sorties de la peur.

Un chef construit des ponts ; un simple détenteur du pouvoir construit des murs. Un chef cherche la confiance ; un administrateur de circonstances cherche seulement la durée. L’histoire, elle, ne photographie pas les cérémonies : elle juge les conséquences.

Car au dernier jour d’un mandat, car la terre tourne, la seule question qui demeure n’est pas combien de temps un homme a occupé le pouvoir, mais combien de personnes ont retrouvé leur dignité pendant qu’il l’exerçait.

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