3 juin 2026
« Ignorants » : Dr Josué Renaud critique le tapis rouge déroulé par Fils-Aimé et Forbin à un sous-secrétaire d’État
Actualités Corruption Diplomatie Élections Insécurité|Kidnapping Pages d'Histoire d'Haiti Société

« Ignorants » : Dr Josué Renaud critique le tapis rouge déroulé par Fils-Aimé et Forbin à un sous-secrétaire d’État

Port-au-Prince — « Ignorants ». C’est le terme sévère employé par le citoyen engagé Josué Renaud pour dénoncer ce qu’il qualifie de « mauvaise interprétation des codes diplomatiques », après l’accueil réservé à un haut responsable américain par les autorités de facto mises en place avec l’appui de chancelleries occidentales.

Selon lui, le débat ne porte pas sur l’importance historique des relations entre Haïti et les États-Unis, établies officiellement depuis la reconnaissance de l’indépendance haïtienne par Washington en 1862, mais sur la capacité des dirigeants haïtiens à comprendre la portée symbolique des gestes posés au nom d’un État souverain.

Dr Renaud pose une interrogation directe : « Un Premier ministre haïtien et une ministre de facto des Affaires Etrangères doivent-ils dérouler le tapis rouge sous les pieds d’un sous-secrétaire d’État américain ? » Dans l’architecture institutionnelle de Washington, rappelle-t-il, « ce responsable n’est ni président, ni vice-président, ni secrétaire d’État. Il représente une puissance alliée, mais il demeure placé dans une chaîne hiérarchique gouvernementale ».

Pour Renaud, cette distinction n’est pas une affaire de susceptibilité diplomatique. Le protocole international est un langage politique. « Chaque geste — une réception officielle, une disposition protocolaire, un honneur public — exprime la manière dont un État perçoit son propre rang face à ses partenaires », soutient-il.

L’histoire diplomatique haïtienne offre pourtant, selon le directeur exécutif de NERHO, des références majeures en matière d’affirmation nationale. À la création de l’Organisation des Nations unies, note-t-il, Haïti fut représentée par Émile Saint-Lot, diplomate haïtien, premier ambassadeur d’Haïti auprès de l’ONU et signataire de la Charte des Nations unies en 1945. « Son nom reste associé à une diplomatie où un petit État pouvait défendre sa voix avec dignité dans les grandes assemblées internationales », ajoute-t-il.

Émile Saint-Lot s’était notamment distingué lors des débats ayant conduit à la reconnaissance internationale de nouveaux États indépendants, rappelant qu’en diplomatie la taille économique ou militaire d’un pays ne devait pas effacer le principe d’égalité souveraine entre les nations.

C’est précisément cette mémoire diplomatique que Josué Renaud oppose aux pratiques actuelles. « C’est de l’ignorance, oui deux ignorants à la tête de l’Etat », affirme-t-il, estimant que certains responsables confondent proximité avec une grande puissance et maîtrise des règles de représentation d’un État.

Pour lui, recevoir avec considération un partenaire stratégique comme les États-Unis peut s’inscrire dans une logique diplomatique normale. Mais une relation d’amitié ou de coopération ne devrait pas transformer les dirigeants haïtiens en simples figurants d’une mise en scène où la reconnaissance extérieure paraît se substituer à l’autorité institutionnelle interne.

Le débat dépasse donc le tapis rouge. Il touche à une question plus profonde : comment un pays héritier de 1804, dont les diplomates ont participé aux grandes étapes de la construction du droit international moderne, doit-il aujourd’hui projeter son image ?

Les défenseurs de cette réception peuvent rappeler que chaque gouvernement possède ses propres pratiques protocolaires et qu’un tapis rouge peut être utilisé pour honorer certaines délégations étrangères selon le contexte politique. Mais pour Josué Renaud, dans une Haïti fragilisée par une crise institutionnelle, les symboles prennent une dimension particulière.

À ses yeux, un dirigeant ne devrait jamais oublier qu’un protocole ne récompense pas seulement un invité : il représente aussi la République qui l’organise.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.