« Who cares? » : le BINUH aurait balayé l’insécurité pour imposer des élections à tout prix en Haïti
PORT-AU-PRINCE, 4 août 2026 (Rezo Nòdwès) — Peu importe l’insécurité, l’effondrement territorial, le chaos total, les routes coupées, les populations déplacées et l’incapacité de l’État à garantir la libre circulation des vies et des biens: « les élections doivent avoir lieu en 2026« . Tel serait, selon le Dr Josué Renaud, le sens brutal d’un « Who cares? » attribué à un représentant du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti au cours d’une réunion diplomatique de haut niveau tenue à Port-au-Prince.
Le directeur exécutif de New England Human Rights Organization affirme tenir cette confidence d’une source « digne de foi », dont certains éléments ont été corroborés par le journal. Selon Josué Renaud, cette personne aurait eu une connaissance directe des échanges intervenus au cours de la rencontre.
Selon son récit, deux représentants d’ambassades accréditées en Haïti auraient averti qu’un « scrutin en 2026 était matériellement irréalisable« . Ils auraient invoqué l’expansion des groupes terroristes armés, l’effondrement de l’autorité publique, l’impossibilité de sécuriser plusieurs régions du pays et les risques d’une nouvelle déstabilisation politique.
La réponse attribuée au représentant du BINUH aurait été sèche : « Who cares? » Les élections, aurait-il ajouté, se tiendront en Haïti en 2026. Rezo Nòdwès a tenté, sans succès, de joindre le BINUH afin d’obtenir sa réaction sur ces propos rapportés.
L’insécurité classée sans suite
Une telle formule, si elle était authentifiée, dépasserait le cadre d’un simple dérapage verbal, a estimé un professeur universitaire contacté par Rezo Nòdwès. Celui-ci affirme ne pas être surpris par une telle déclaration, considérant qu’« Haïti est traité comme un territoire conquis et que les Haïtiens deviennent progressivement des étrangers dans leur propre pays ».
Selon lui, le « Who cares? » attribué au BINUH traduirait une conception strictement administrative du suffrage, réduisant l’élection à une date inscrite au calendrier, à quelques centres d’inscription et à une opération de communication institutionnelle.
Qui pourra mener campagne librement lorsque des axes routiers demeurent sous la menace de groupes armés, se demande Dr Renaud, en substance ? Qui garantira la sécurité des électeurs, des candidats et du personnel électoral ? Quelle autorité sera en mesure de certifier des résultats provenant de territoires où l’État ne dispose plus d’un contrôle effectif ?
« Le droit de vote ne peut être réduit à une formalité diplomatique. Il suppose un environnement où les citoyens peuvent se déplacer, s’exprimer, choisir et contester sans craindre la violence, la coercition ou l’exclusion« .
Fils-Aimé, les promesses au milieu des routes défoncées
Revenu d’un long séjour dans le département du Nord, Josué Renaud affirme avoir observé un territoire abandonné aux routes détériorées, aux infrastructures déficientes et à l’affaiblissement continu des services publics.
Il qualifie l’administration d’Alix Didier Fils-Aimé de « gouvernement de jouisseurs et de joueurs de poker menteurs », dont l’image renverrait, selon lui, à celle d’un pays dégradé, administré à coups d’annonces successives et de promesses sans lendemain.
Le Premier ministre est récemment revenu du Nord après avoir multiplié les promesses. Renaud y voit une nouvelle mise en scène politique : les discours circulent, mais les véhicules peinent encore à franchir certains tronçons. Le pouvoir promet des élections nationales sans parvenir à réparer et ou libérer les voies qui devraient permettre aux électeurs, aux candidats et au matériel électoral de circuler.
Le CEP déroule le décor électoral
Le Conseil électoral provisoire, conduit administrativement par Uder Antoine et Jacques Desrosiers, poursuit des opérations que Josué Renaud qualifie d’« inscriptions sélectives, toujours entachées de doublons ». Selon lui, l’institution, placée « au service de la Primature », privilégierait des formations proches du pouvoir, notamment des composantes issues du PHTK et de Lavalas, tout en organisant le regroupement des partis politiques. Cette activité administrative, soutient-il, ne constitue nullement la preuve que le scrutin pourra effectivement se tenir.
« Ce n’est qu’une pure illusion », a-t-il enfin martelé.
À ses yeux, le CEP déroule un décor électoral pendant que les fondations du processus restent inexistantes. L’enregistrement de partis ne rétablit pas la sécurité. L’ouverture de bureaux ne restaure pas l’autorité de l’État. La publication d’un calendrier ne garantit ni la participation nationale ni l’intégrité du vote.
Renaud se montre catégorique : aucune élection crédible ne pourra être organisée sous le gouvernement actuel, quelles que soient les déclarations d’Alix Didier Fils-Aimé, du CEP ou de leurs soutiens internationaux.
Un scrutin pour légitimer quoi, et pour qui ?
Le témoignage rapporté par Renaud place le BINUH face à une accusation politique grave : vouloir produire une élection, même amputée d’une partie du territoire, afin de fabriquer une nouvelle légitimité institutionnelle.
Une consultation organisée sans contrôle territorial, sans sécurité publique et sans égalité entre les citoyens ne restaurerait pas nécessairement la démocratie. Elle pourrait, au contraire, donner une couverture électorale à un pouvoir négocié en amont.
Le « Who cares? » attribué au représentant onusien devient ainsi le symbole d’une diplomatie qui pourrait considérer les souffrances quotidiennes, les risques sécuritaires et les objections juridiques comme de simples obstacles techniques.
Reste cette interrogation : les partenaires internationaux veulent-ils permettre au peuple haïtien de choisir librement ses dirigeants, ou seulement tenir une élection à temps pour pouvoir déclarer leur mission accomplie jan l pase li pase ?
Rezo Nòdwès invite les lecteurs à écouter un extrait de l’entretien accordé par le Dr Josué Renaud, directeur de New England Human Rights Organization (NEHRO).
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