Funérailles du professeur Bernard Brousseau : discours du professeur Josué Mérilien
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
Chers collègues,
Chers camarades,
Chers étudiants,
Chers élèves,
Chers proches,
Une perte qui nous bouleverse
C’est avec un profond sentiment de douleur, de tristesse et d’indignation que je me tiens devant vous aujourd’hui pour rendre un hommage bien mérité à notre camarade Bernard Brousseau, l’un des plus éminents professeurs de mathématiques ayant marqué, de manière singulière, son passage dans le monde de l’éducation en Haïti.
Il a consacré trente-neuf années de sa vie à la formation de la jeunesse scolaire et universitaire et a reçu, en retour, un sort révoltant, indigne et inacceptable.
La disparition soudaine et brutale du professeur Bernard Brousseau nous laisse toutes et tous sous le choc et nous plonge, depuis le 20 mai dernier, dans une tristesse et une douleur immenses. Il est des nouvelles que l’esprit humain refuse d’admettre, et celle de la disparition de notre camarade en fait partie.
L’éducateur et l’homme de savoir
Aujourd’hui, nous ne pleurons pas seulement un enseignant, un collègue ou un camarade. Nous pleurons une figure emblématique du secteur éducatif haïtien, un véritable dispensateur de savoir qui a marqué plusieurs générations d’élèves et d’étudiants.
Le professeur Brousseau enseignait les mathématiques avec amour, passion et conviction. Ses cours n’étaient pas de simples leçons ; ils constituaient de véritables espaces de partage, de réflexion et d’épanouissement intellectuel.
Sa patience, sa bonne humeur, sa rigueur intellectuelle, son sens des responsabilités et son dévouement faisaient de lui une référence et une source d’inspiration pour tous ceux qui l’ont côtoyé.
Enseigner malgré l’adversité
Au-delà de la perte d’un grand éducateur, nous sommes confrontés à une réalité plus douloureuse encore : celle d’un pays où les droits fondamentaux sont constamment menacés, notamment le droit de circuler librement et le droit de vivre en sécurité.
Notre camarade exerçait son métier dans un contexte où aller enseigner relevait déjà d’un acte de courage. Chaque matin, il traversait une ville meurtrie pour apporter le pain de l’instruction à ses élèves. Malgré les dangers, il continuait de croire en la force du savoir face à la violence.
Et pourtant, c’est ce droit fondamental de vivre et de circuler en sécurité qui lui a été arraché.
Un devoir de mémoire et de mobilisation
Cette réalité nous interpelle, nous révolte et nous oblige à agir collectivement afin de mettre un terme à cette insécurité qui détruit notre société.
Nous devons nous battre pour que le professeur Bernard Brousseau soit le dernier citoyen haïtien à perdre la vie dans de telles circonstances.
Cette conviction a été exprimée dans les nombreux messages de solidarité et de condoléances adressés à sa famille et à l’UNNOH par diverses organisations syndicales, sociales et politiques de la Caraïbe et de l’Amérique latine, profondément touchées par ce drame.
L’héritage qu’il nous laisse
La brutalité de son départ nous rappelle la fragilité de la vie. Mais cette douleur ne doit pas effacer les souvenirs précieux qu’il nous laisse ni l’héritage exceptionnel qu’il a construit.
Le professeur Brousseau restera à jamais présent dans l’esprit de sa famille, de ses élèves, de ses étudiants, de ses collègues et de tous ceux qui ont eu le privilège de le connaître.
Les valeurs qu’il incarnait — le respect, la rigueur, la patience, l’humanisme et l’amour du savoir — continueront de vivre à travers chacun de nous.
Pérenniser sa mémoire
Nous avons le devoir de perpétuer sa mémoire sous diverses formes.
À cet effet, nous proposons que certains établissements scolaires portent à l’avenir son nom : Lycée Bernard Brousseau, École Nationale Bernard Brousseau ou encore Collège Bernard Brousseau.
Nous proposons également que la Journée nationale de l’écocitoyenneté, initiée par l’UNNOH, Eco Vert-Haïti, la CUTRASEPH et plusieurs autres organisations engagées dans la lutte contre la dégradation accélérée de l’environnement, soit désormais associée à la mémoire du professeur Bernard Brousseau et commémorée chaque dernier vendredi du mois de mai.
À sa famille et à ses proches
En ces moments particulièrement douloureux, nos premières pensées vont vers sa famille et ses proches.
Nous mesurons l’ampleur de votre peine et nous vous adressons notre soutien le plus sincère, notre solidarité et notre profonde affection.
Sachez que toute la communauté éducative haïtienne partage votre douleur.
Mot de conclusion
Merci, professeur Bernard Brousseau, pour l’héritage que tu nous laisses.
Merci pour ton dévouement, ton engagement, ta sensibilité humaine et ton amour du savoir.
Merci pour tout ce que tu as transmis de grand, de noble et de précieux à la jeunesse haïtienne.
Tu nous manqueras profondément, mais tu continueras de vivre à travers ton œuvre, à travers les milliers d’élèves et d’étudiants que tu as formés, et à travers les valeurs que tu as incarnées tout au long de ta vie.
Ton empreinte restera à jamais gravée dans nos mémoires et dans nos cœurs.
Repose en paix, cher camarade.

