6 juin 2026
Alix Fils-Aimé sur la route d’une élection-référendum format 22 juillet 1985 : Haïti doit barrer la voie au retour des méthodes duvaliéristes
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Alix Fils-Aimé sur la route d’une élection-référendum format 22 juillet 1985 : Haïti doit barrer la voie au retour des méthodes duvaliéristes

L’Edito du Rezo

Le message à adresser à Fils-Aimé et à ses « collabos » doit être net : depuis la chute de Baby Doc, le pays n’a plus à accepter qu’un pouvoir sans légitimité transforme le suffrage populaire en formalité de caserne.

Port-au-Prince — Le spectre du 22 juillet 1985 revient hanter la scène politique haïtienne. Ce jour-là, Jean-Claude Duvalier faisait avaliser par référendum une architecture de pouvoir taillée pour la présidence à vie, avec un résultat officiel de 99,98 % de “oui”, dans un scrutin largement assimilé à une mascarade politique. Moins de sept mois plus tard, le 7 février 1986, le peuple haïtien arrachait au duvaliérisme son appareil de domination et ouvrait une rupture historique avec les élections-sélections dictées depuis le ministère de l’Intérieur.

Quarante et un ans après, la manœuvre d’Alix Didier Fils-Aimé autour du CEP prend la forme d’un retour assumé aux vieilles méthodes autoritaires. Malgré une forte opposition, Uder Antoine a été installé vendredi 5 juin 2026 au poste de directeur général du Conseil électoral provisoire, malgré les contestations entourant cette nomination. Jacques Desrosiers était bien présent : il était même le seul membre du CEP à assister à cette installation, alors que les autres conseillers se sont désistés sur fond de tensions ouvertes entre la Primature et l’institution électorale.

Mais Jacques Desrosiers n’est pas en odeur de sainteté. Il traîne déjà le lourd passif d’avoir accepté, auparavant, de violer la Constitution avec le référendum-bidon porté par l’exécutif. Son apparition solitaire aux côtés d’Uder Antoine ne saurait donc être lue comme un simple acte administratif : elle s’inscrit dans une séquence politique où le CEP, censé incarner l’indépendance électorale, donne l’image d’une institution fragilisée, exposée aux pressions d’un pouvoir sans mandat populaire.

L’article 191 de la Constitution confie pourtant au Conseil électoral la mission de planifier, organiser et contrôler, en toute indépendance, toutes les opérations électorales jusqu’à la proclamation des résultats. L’article 191.1 précise que le CEP élabore le projet de loi électorale et le soumet au pouvoir exécutif pour les suites nécessaires. Le gouvernement n’a donc aucun titre pour se substituer au Conseil électoral, encore moins pour installer, imposer ou piloter un mécanisme électoral sous la dictée d’un régime pro-international.

Après le 7 février 1986, les Haïtiens ont le devoir civique de rejeter toute tentative de restauration des recettes duvaliéristes : référendum-bidon, calendrier imposé, CEP domestiqué, directeur parachuté, élections verrouillées. Le message à adresser à Fils-Aimé et à ses « collabos » doit être net : le peuple n’a pas renversé une dictature pour se voir resservir, sous emballage international, une élection-référendum de type 22 juillet 1985.

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