Le Champ de Mars a été nettoyé, sécurisé et exhibé pour recevoir un haut invité étranger. Pour Josué Renaud, leader des droits humains, cette séquence illustre un pouvoir soucieux de sa mise en scène, mais silencieux face aux drames nationaux.
Au même moment, au moins trois policiers ont été tués dans les Hauts de Saint-Marc par le gang « Gran Grif ». Pourtant, Fils-Aimé n’a pipé mot sur ce drame, comme pour ne pas assombrir son opération de communication autour de la visite de Christopher Landau.
La Primature a présenté cette rencontre comme un appui politique majeur. Renaud y voit plutôt une instrumentalisation diplomatique : « On transforme une visite américaine en certificat personnel de légitimité, pendant que le pays continue de compter ses morts. »
Le Champ de Mars est dit « libéré », mais les déplacés demeurent méfiants à l’idée d’y retourner. L’Hôpital général reste en ruines. Le centre-ville, lui, se traverse encore dans la peur, souvent à bord de véhicules blindés.
« Pour aller à la banque au centre-ville, on s’embarque dans un fogón blindé », ironise Renaud. « Voilà le ferry pour traverser la ville qu’Alix Fils-Aimé déclare sous contrôle. »
D’où son jugement sans détour : « Alix est un selfish. » Pour Renaud, le Premier ministre bénéficie seul des privilèges de la sécurité, de la mobilité et des accès diplomatiques, pendant que la population reste enfermée dans l’insécurité.
Même l’aéroport Toussaint-Louverture, à Mais-Gâté, devient selon lui le symbole d’une fracture sociale : Fils-Aimé peut s’envoler vers les États-Unis, tandis que les citoyens ordinaires demeurent privés de cette normalité élémentaire.
« Et Haïti, dans tout cela ? », conclut Josué Renaud.
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