29 mai 2026
De la démocratie des passions à l’effondrement de l’État : une lecture praxéologique du vote haïtien
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De la démocratie des passions à l’effondrement de l’État : une lecture praxéologique du vote haïtien

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L’histoire électorale haïtienne contemporaine met en lumière un paradoxe déroutant : la déconnexion systémique entre la rationalité des programmes politiques et l’arbitrage des urnes.

En 1990, alors que l’offre programmatique du MIDH de Marc Bazin affichait une cohérence technique et technocratique largement supérieure à celle du FNCD, le corps électoral a plébiscité Jean-Bertrand Aristide.

Le peuple a ainsi subordonné la rigueur d’un plan de gouvernance à la puissance symbolique d’un slogan : « makout pa ladann ».

Ce scénario s’est réitéré en 2006 : l’offre politique du RDNP, intellectuellement plus élaborée et structurée, s’est heurtée à la victoire de René Préval sous la bannière de la plateforme LESPWA, portée par sa filiation historique à la mouvance lavalassienne et l’imaginaire messianique qui lui est rattaché.

De même, lors du scrutin de 2011, alors que l’Organisation du Peuple en Lutte (OPL) déployait le programme le mieux articulé sur le plan de la théorie de l’État, c’est la rhétorique populiste de Repons Peyizan, incarnée par Michel Martelly, qui l’a emporté.

Dans ces trois configurations historiques, la vacuité programmatique a triomphé sur la consistance doctrinale. Ces arbitrages, dictés par des passions politiques immédiates au détriment d’une culture de la responsabilité civique, éclairent en partie l’effondrement institutionnel contemporain.

En substituant le charisme ou le ressentiment à la compétence, le souverain populaire a, paradoxalement, délégué le destin national à une classe politique sans vision qui a parachevé l’anantissement de l’État.

L’effondrement actuel démontre que la démocratie formelle, réduite au seul exercice des urnes, se condamne à la démagogie si elle n’est pas adossée à une conscience citoyenne éclairée. Dès lors, le redressement national exige des élites intellectuelles et organiques qu’elles rompent avec leur mutisme ou leur complicité de classe pour s’investir dans une véritable pédagogie de la citoyenneté.

Il ne s’agit pas simplement d’instruire, mais d’élever les masses à la culture du débat idéologique, afin de substituer la rationalité des programmes aux séductions de la rhétorique populiste.

Ce n’est qu’à ce prix, par l’émergence d’un espace public réhabilité, que le choix électoral cessera d’être un saut dans le néant pour devenir l’acte fondateur d’une authentique souveraineté étatique.
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Bleck D. Desroses / 29 mai 2026

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