2 août 2026
Haïti : Faut-il organiser des élections à tout prix ?
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Haïti : Faut-il organiser des élections à tout prix ?

Depuis quelques jours, des informations circulant sur les réseaux sociaux annoncent la tenue imminente des prochaines élections en Haïti.

Sur le principe, nul ne peut contester la nécessité pour Haïti de combler le vide institutionnel par des dirigeants légitimement élus. C’est une exigence démocratique fondamentale. La question n’est donc pas de savoir s’il faut des élections, mais plutôt : quelles élections et dans quelles conditions ?

Soyons lucides et honnêtes envers nous-mêmes et envers l’avenir de la nation.

En quelle science politique a-t-on démontré qu’un pays se développe par le seul fait d’organiser des élections ? Faut-il des lunettes spéciales pour comprendre qu’une élection mal préparée précipitera le pays dans une catastrophe encore plus profonde ?

Regardons la réalité en face : comment organiser un scrutin crédible dans un pays où toutes les grandes routes nationales sont impraticables, où la capitale est coupée du reste du monde avec un aéroport international fermé depuis plus de deux ans, et où les deux plus grands départements du pays, qui concentrent la majorité de l’électorat, ont des communes entières sous le contrôle de groupes armés ?

Vouloir organiser des élections dans de telles conditions ne reviendrait-il pas à aggraver la crise à travers une simple mascarade électorale ? Ce serait une démarche malhonnête envers le peuple haïtien.

Aujourd’hui, la priorité d’Haïti n’est pas électorale, elle est sécuritaire et institutionnelle. Le pays a besoin, avant tout, d’un régime fort sur le plan sécuritaire, capable de faire trembler les gangs, de les contraindre à déposer les armes et de permettre aux forces de l’ordre de reprendre le contrôle total du territoire. Il faut rouvrir Haïti au monde et doter le pays d’une nouvelle Constitution adaptée à ses réalités.

C’est à travers cette nouvelle Constitution que devront émerger des règles claires pour des élections libres, honnêtes et inclusives. À ce titre, les individus sanctionnés par la communauté internationale ainsi que ceux qui ont des démêlés avec la justice devront préalablement être jugés pour être éligibles. À défaut, ils devront être purement et simplement écartés des prochaines compétitions électorales.

Il faudra également rationaliser le système politique en réduisant le nombre de partis à environ quatre grands partis ou plateformes politiques structurées. Cela permettrait de dégager de vrais vainqueurs et d’empêcher les fausses contestations, trop souvent invoquées sous prétexte de vol de votes, et qui ne sont en réalité que la démarche de mauvais perdants.

Certes, les élections sont le pilier du jeu démocratique. Mais un pays ne se développe pas uniquement parce qu’il organise des élections. Gardons à l’esprit qu’une mauvaise élection peut enfanter un très mauvais dirigeant, parfois pire que tout ce que nous aurions pu imaginer.

Calvin Ford Cabeche

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