15 août 2026
« En ce 28 juillet… » par le Professeur Jean-Rony Monestime André
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« En ce 28 juillet… » par le Professeur Jean-Rony Monestime André

Il y a 103 ans, des querelles intérieures nous privaient de lumière. Les armes de la République se tournaient contre frères et anciens copains. Région contre région; village contre village. Ce fut le temps d’affliction et de déplaisir. L’ombre de l’orgueil assaillait les cœurs

Vendredi 27 juillet 2018 ((rezonodwes.com)).–L’été 1915 fut, essentiellement, une période d’abattoir humain. On pouvait y recenser l’exécution de deux anciens présidents, un chef de Police et une affluence de gens ordinaires; les résidences des Légations Françaises et Dominicaines ont été violées. Ce qui avait octroyé un prétexte diplomatique aux américains de venir souiller le sol haïtien.




Des contentieux d’origines diverses entre bandes rivales, challengeurs et fanatiques se croisent sous la présidence de Vilbrun Guillaume Sam. Des Davilmaristes, des Bobistes, des Zamoristes, autrefois antagonistes, s’allient contre des Vilbrunistes. Les uns se vengeant du renversement des leurs, les autres combattant une parjure et la plupart rêvant de s’accrocher au pouvoir.

C’est dans ce climat de revers et de litiges qu’Haïti archive sa Première Occupation des mains de l’Oncle Sam. D’un agenda très mercantile, le grand voisin du Nord introduit dans le pays, son plan colonisateur de vision continentale, exprimé antérieurement par James Monroe.

Précisément, c’est le vaisseau George Washington qui débarquait à Bizoton les 165 « Marines » assistés de 165 matelots, dans l’après-midi du 28 juillet 1915. Sous des accents diplomatiques camouflés en désir de venir sécuriser les américains vivant dans le pays, ces soldats de l’Oncle Sam prendront peu à peu les rênes de la République.
Une fois arrivés, ils ont frappé, de malédiction et de souillures, les artères de survie du pays. Ils ont nommé leur propre président, Sudre Dartiguenave, 15 jours après, soit le 12 août 1915. Puis, les occupants ont dissous l’Assemblée Nationale en 1917, réduisant à néant le pouvoir de contrôle du Corps législatif, après avoir écrit une constitution d’asservissement.




C’était la première gifle politique. Deux ans plus tard, en 1919, ils ont rétabli la « Corvée » une vieille législation qui obligeait les paysans à fournir six journées de travaux annuels gratuites pour l’entretien, voire la construction des grands chemins de fer et d’autres voies de communication terrestre.

Sous l’Oncle Sam, les affronts ne manquaient pas. En 1918, on appliquait déjà un article de la constitution, écrit de la main de Franklin Delano Roosevelt, qui avait aboli l’inamovibilité des juges. M. Roosevelt fut alors Sous-Secrétaire de la Navy; il sera élu 14 ans plus tard, président exactement en novembre 1932.

Autrement dit, Haïti avait connu l’enfer diplomatique sous l’Occupation. Son drapeau, l’institution de la présidence et son économie étaient tous salis. Ce honteux évènement lègue un souvenir si douloureux que la plupart ont même peur d’en parler.

Ce 28 juillet 2018 nous rappelle le 103 ème anniversaire de l’un des vifs affronts infligés à notre nation. Celui qui nous a enlevé souveraineté, fierté et estime. Oui, cet affront de 1915 nous a valu des présidents sous-hommes, des citoyens-apatrides et des politiques sans idéaux. En ce 28 juillet, l’âme nationale doit se souvenir d’un jour ténébreux.

Références :
Roger Gaillard : Les Blancs Débarquent : Les Cent-Jours de Rosalvo Bobo ou une Mise à Mort Politique. (1973)
Leslie Péan : Économie Tome 3. Le saccage 1915-1956. (2006)
Suzy Castor : L’Occupation Américaine d’Haïti. Premier Prix 1987 de la Société Haïtienne d’Histoire. Imprimerie Henri Deschamps. (1988)




Jean-Rony Monestime André
Email : Jean-rony.andre@shu.edu
BS en Médecine Nucléaire; BA en Conn. Générales
MHA-Master en Healthcare; Doctorant en Sciences de la Santé
Professeur à Seton Hall University, New Jersey, USA

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