Fils-Aimé présente son « bilan » : beaucoup de discussions, peu d’engagements chiffrés
PORT-AU-PRINCE — Revenu samedi 26 septembre d’une semaine diplomatique à New York, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a retrouvé un pays toujours confronté à l’emprise des groupes armés et à une transition traversée par de fortes tensions politiques. Au Salon diplomatique de l’aéroport Toussaint Louverture, il a présenté devant ses sujets acquis à sa cause, comme un « bilan » de sa participation à la 81e Assemblée générale de l’ONU une série de démarches concernant la sécurité, les élections et l’investissement.
Mais derrière l’énumération — FRG, Rwanda, Qatar, Allemagne, CEP — le communiqué gouvernemental ne fait état ni de convention signée, ni de montant d’investissement arrêté, ni de calendrier précis d’exécution. Le « bilan » ressemble ainsi davantage, à ce stade, à un portefeuille de discussions diplomatiques qu’à l’annonce de résultats immédiatement mesurables.
Sur la sécurité, Fils-Aimé a demandé le renouvellement du mandat de la Force de répression des gangs (FRG) et son déploiement complet. « Pwomès se dèt », a-t-il lancé aux partenaires étrangers. La FRG et son plafond de 5 500 personnels en uniforme ne constituent toutefois pas une nouvelle initiative issue du voyage de New York : ce dispositif avait été autorisé par le Conseil de sécurité en septembre 2025. Le 25 septembre 2026, les États membres de l’OEA ont eux-mêmes appelé au renouvellement de son mandat et à son déploiement intégral.
Autre annonce : des échanges avec le Rwanda pour renforcer les capacités des Forces armées d’Haïti. Sur le front économique, le Premier ministre rapporte également des discussions avec le Qatar sur d’éventuels investissements directs et avec l’Allemagne autour de l’énergie verte et de la création d’emplois. Le communiqué ne précise cependant ni les projets concernés, ni leur valeur financière, ni leur date éventuelle de démarrage.
Le même schéma vaut pour les élections. Le chef du gouvernement assure vouloir continuer à « accompagner » le CEP afin de permettre le retour à l’ordre constitutionnel, sans annoncer samedi de nouvelle mesure opérationnelle. À New York, la veille, son discours avait déjà articulé sécurité, scrutin, investissements et renforcement des institutions nationales, en appelant une nouvelle fois les partenaires étrangers à soutenir Haïti.
Cette promesse d’accompagnement électoral intervient cependant dans un environnement politiquement sensible. VIKTWA figure officiellement parmi les structures agréées par le CEP, tandis que Wilner Joseph, présenté par plusieurs médias comme ayant appartenu à l’entourage gouvernemental immédiat de Fils-Aimé, a déposé sa candidature présidentielle sous cette bannière. Cette proximité alimente les critiques de plusieurs acteurs politiques sur les garanties d’impartialité de la transition, sans établir à elle seule que le Premier ministre contrôle juridiquement la plateforme ou son candidat.
Les réactions recueillies sur les réseaux sociaux après le communiqué traduisent d’ailleurs une forte défiance. Au-delà des invectives qu’il convient de distinguer de l’information vérifiable, une interrogation revient : qu’est-ce que le déplacement de New York a effectivement produit qui n’existait pas avant le départ du Premier ministre ?
Car « Pwomès se dèt » engage aussi celui qui prononce la formule. Après les discours, les rencontres bilatérales et les communiqués, le véritable bilan se mesurera moins au nombre de partenaires cités qu’aux résultats vérifiables : combien de membres supplémentaires de la FRG seront effectivement déployés, quel accord sera signé avec le Rwanda, quels capitaux qataris arriveront réellement en Haïti, quels projets allemands seront financés et quelles garanties concrètes encadreront les élections ?
Pour l’heure, le panier diplomatique revient bien rempli de promesses. Reste à savoir lesquelles arriveront intactes jusqu’au terrain.

