Dès son investiture d’intronisation, Magalie Habitant du SMCRS, que les rumeurs veulent qu’elle doive sa nomination à ce poste grâce à des parlementaires corrompus, avait annoncé les couleurs. La métropole de Port-au-Prince, capitale d’Haïti, a été classée à la dernière position (231) dans la 20ème édition de l`enquête annuelle Mercer sur la salubrité et à la 228 place pour la qualité de la vie (Rezo Nòdwès 29 avril 2018). Et aujourd’hui encore, Port-au-Prince n’a pas bougé et « Haïti vit sous le poids des ordures »
par Stacy Tertulien
Port-au-Prince, lundi 20 août 2018 ((rezonodwes.com))– Comme d’habitude cela a froissé certains sentiments nationalistes. L’ haïtien a horreur de certaines vérités ou préfère tout simplement que « l’étranger » ne vienne pas lui faire de la leçon sur des sujets embarrassants dont l’incapacité constatée dans la gestion élémentaire des ordures ménagères et des résidus solides. Le 20e rapport de l`enquête annuelle de Mercer en mars 2018, situe Port-au-Prince, la capitale d’Haïti, dans une position peu enviable parmi les villes les plus sales du monde
Il en est de même d’un article du réputé magazine économique Forbes et la situation de la capitale n’est pas si différente de celle des villes de province. Le dernier rapport de la Banque Mondiale sur la problématique de l’assainissement (Les villes haïtiennes), a de son coté, dénoté l’absence totale d’une politique nationale de gestions des déchets en Haïti.
Cependant, au-delà des indices retenus dans ces différents études et classements, il suffit de faire deux kilomètres en voiture à Port-au-Prince pour céder, la mort dans l’âme, à l’idée que les autorités n’ont aucune notion de gestion des détritus. Une ville littéralement livrée à la crasse. Que peut-on attendre, dans les faits, d’un système étatique qui ne peut adresser la simple question de l’insalubrité. Les piles d’immondices sont à même les rues, elles sautent aux yeux avec en bouquets porcs, bestioles et odeurs nauséabondes. En dépit des prises de parole, cris du cœur ou dénonciations à saveur politique, la question semble passer d’un simple problème de gestion à une fatalité. Une situation déshumanisante qui frise l’état d’urgence.
SMCRS : Echec ou malentendu
Dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, c’est la totale confusion entre le rôle des Mairies et celui du Service Métropolitain de Collecte de Résidus Solides (SMCRS). L’obésité de Port-au-Prince et des autres municipalités de la zone métropolitaine est à blâmer selon certains citadins de souche. L’impuissance et l’incapacité des Mairies sont soulignées dans certaines analyses. Et les Mairies, tantôt en action, tantôt en léthargie d’un autre coté, de renvoyer la balle, tout simplement, au camp d’un certain SMCRS, qui en fait aurait la vocation de collecter les résidus solides dépassant les capacités d’intervention des services de voiries : « la gestion des déchets dans l’air métropolitaine ne relève pas des compétences de la mairie, argumente Allwitch Joly de la Mairie de Port-au-Prince au micro de Kendi Zidor du journal Le National. Inquiétant.
« C’est la mission du Service métropolitain de collecte de résidus solides (SMCRS) qui a malheureusement échoué. Mais je ne les condamne pas », dit-il, reconnaissant le manque de moyens pouvant empêcher à cette entité spécialisée de bien faire ce travail qui n’est pas des plus faciles, surtout à cause de la hausse considérable de la population». De piètres excuses par-ci et par-là qui traduisent l’indolence caractérisée de tout un système devant un état de fait qui perdure en s’empirant.
En effet, avec le temps, le SMCRS, semble hériter d’une mission qui n’est pas vraiment la sienne et pour laquelle, elle n’a ni l’expertise, ni les moyens. Sous la tutelle du ministre des TPTC, elle ne reçoit de l’oxygène que du Ministère de l’Intérieur pour des interventions en mode travaux à haute intensité de main d’œuvre, avec un personnel issu de l’imbroglio de la militance politique d’après les années quatre-vingt-dix. La gestion d’un problème capital aux mains d’amateurs embauchant des travailleurs journaliers.
La liste des causes et effets est interminable. Les conséquences sur l’environnement et la santé de la population sont alarmantes. Devant l’inaction et l’incapacité de l’état se place l’inconscience du citoyen vaincu qui ne se gêne plus à balancer toutes sortes d’ordures partout et les chiffres continuent de faire peur. Taux global de collecte de déchets : seulement 12.4%. Elimination annuelle obligée de 62% des déchets du pays (1.2 millions de tonnes) dans des dépotoirs à ciel ouvert. Le reste est déversé dans les eaux. 42,5% des décès en Haïti sont attribués à des maladies transmissibles et les maladies propagées par voie hydrique… Qui souhaite continuer à égrener un chapelet aussi déprimant ? Il y a urgence. Selon le rapport de la banque mondiale, la production actuelle de déchets des villes haïtiennes risque de quadrupler en 2025.



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