15 octobre 2026
Fils-Aimé s’en va ou reste : qui récupérera les fréquences TV des Haïtiens le 30 septembre 2027 ? 
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Fils-Aimé s’en va ou reste : qui récupérera les fréquences TV des Haïtiens le 30 septembre 2027 ? 

Départ ordonné, départ en catastrophe ou maintien au pouvoir : trois scénarios pour  l’avenir de la dépossession des fréquences TV analogiques sous Fils-Aimé 

Le 31 mars 2026, le gouvernement de facto dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils Aimé a fait publier au Moniteur un décret portant migration de la télévision analogique vers la  Télévision Numérique Terrestre (TNT). Présenté comme une modernisation inévitable et  conforme aux engagements internationaux d’Haïti auprès de l’Union internationale des  télécommunications, ce texte fixe une date butoir brutale : à compter du 30 septembre 2027,  toutes les émissions analogiques sont interdites. Les concessions historiques sur les  fréquences VHF/UHF deviennent caduques. Plus d’une centaine de stations de télévision,  réparties dans les dix départements, se retrouvent ainsi privées de leur principal actif – le  spectre hertzien – sans mécanisme clair de maintien des droits acquis, sans calendrier  opérationnel détaillé d’appels d’offres pour les plateformes multiplex, et sans  accompagnement technique ou financier significatif. 

Six mois plus tard, le constat est implacable. Aucun calendrier concret n’a été communiqué.  Le dossier semble s’enliser administrativement. Les associations de médias, quant à elles, sont  restées largement silencieuses ou indifférentes face à ce qui s’apparente à une dépossession  programmée. Les responsables de stations de télévision, eux, expriment une inquiétude  croissante : perte d’investissements historiques, menace sur l’emploi, risque de concentration  de la diffusion entre quelques opérateurs de plateformes, et basculement forcé du statut de  concessionnaire à celui de simple éditeur de contenus dépendant. 

En supposant l’absence continue d’un calendrier clair avant le 30 septembre 2027, trois  scénarios se dessinent autour de l’échéance critique du 7 février prochain – date symbolique  liée à la fin du cycle de transition politique. 

1. Départ ordonné du gouvernement Fils-Aimé et des ministres  signataires avant le 7 février 2027 

Dans ce scénario de transmission ordonnée du pouvoir, le décret du 31 mars 2026 n’est pas  automatiquement annulé. Un nouveau gouvernement hérite d’un texte juridique déjà publié et  d’une extinction programmée. Les associations de médias, jusque-là discrètes, pourraient  enfin se mobiliser pour exiger une révision ou un moratoire. Les responsables de stations de  TV multiplieraient les recours administratifs et les pressions publiques, arguant de l’insécurité  juridique créée par l’absence de feuille de route et de mesures d’accompagnement. 

Un exécutif plus légitime ou plus à l’écoute pourrait ouvrir des consultations, prolonger le  simulcast (diffusion simultanée analogique-numérique), ou conditionner l’extinction à la mise  en place effective des plateformes numériques et à des compensations. Le risque demeure  toutefois : le texte existe, les fréquences 700 MHz sont déjà identifiées comme « dividende  numérique » pour la 4G/5G, et les intérêts télécoms (nationaux ou étrangers) pèsent lourd.  Sans volonté politique ferme, la dépossession pourrait simplement être reportée, non annulée. 

Les stations historiques resteraient dans l’incertitude, oscillant entre espoir de négociation et  crainte d’une extinction pure et simple. 

2. Départ en catastrophe de Fils-Aimé avant le 7 février 2027 

Un effondrement soudain du gouvernement – crise sécuritaire, pression internationale, ou  rupture interne – créerait un vide institutionnel. Dans le chaos, le décret risque de devenir une  bombe à retardement oubliée ou, au contraire, un outil de négociation pour les forces  émergentes. Les associations de médias, confrontées à l’urgence, pourraient enfin sortir de  leur silence pour dénoncer le « petit cadeau » fait à des intérêts étrangers ou télécoms, et  réclamer le gel du processus. Les responsables de stations, eux, intensifieraient les actions  collectives : pétitions, grèves d’antenne symboliques, plaintes pour atteinte aux droits acquis. 

L’absence de calendrier clair amplifierait le désordre. Sans autorité capable d’organiser les  appels d’offres ou de gérer la transition, le 30 septembre 2027 pourrait arriver dans un  contexte d’anarchie réglementaire. Certaines stations continueraient d’émettre en analogique  au mépris du texte, exposées à des amendes théoriques (jusqu’à 2 millions de gourdes)  rarement appliquées. D’autres se précipiteraient vers des solutions de fortune (satellite, IPTV,  câble). Le spectre radioélectrique resterait mal géré, avec des interférences transfrontalières  possibles. Ce scénario de catastrophe maximiserait l’insécurité juridique et économique pour  le secteur audiovisuel, déjà fragile. 

3. Maintien du gouvernement Fils-Aimé après le 7 février 2027 et au delà du 30 septembre 2027 

C’est le scénario de continuité pure. Le décret se déploie dans sa logique initiale. Sans  calendrier transparent, les appels d’offres pour les plateformes de diffusion numérique restent  opaques ou retardés. Au 30 septembre 2027, l’extinction des droits analogiques devient  effective. Les stations historiques perdent leurs fréquences. Elles doivent négocier leur place  comme éditeurs sur des multiplex gérés par un nombre restreint d’opérateurs (souvent 2 ou 3),  payant potentiellement des redevances élevées et perdant le contrôle de leur diffusion. 

Les réactions des associations de médias, déjà jugées indifférentes, pourraient se limiter à des  communiqués de circonstance, tandis que les responsables de stations crierait à la spoliation.  Certaines fermeraient, d’autres se regrouperaient ou basculeraient vers le numérique par  nécessité. Le dividende numérique (bande 700 MHz) serait libéré au profit des services  mobiles, favorisant potentiellement des opérateurs télécoms mieux armés financièrement. La  qualité de l’offre audiovisuelle pourrait s’améliorer techniquement pour les ménages équipés  de décodeurs, mais au prix d’une concentration accrue et d’une perte de pluralisme local.  L’absence de calendrier clair avant l’échéance transformerait la transition en un fait accompli  chaotique, marqué par des inégalités d’accès et des contentieux interminables. 

Quel pourrait être l’objectif final de Fils-Aimé ? 

Au-delà de la rhétorique de modernisation et d’optimisation du spectre, plusieurs lectures  convergent. La libération de la bande 700 MHz – le fameux dividende numérique – est  explicitement liée au déploiement de la 4G et de la 5G. Dans un contexte de coordination  régionale avec la République dominicaine (où le président Luis Abinader a poussé des 

réformes similaires), certains observateurs ont qualifié le décret de « petit cadeau à Abinader », facilitant l’harmonisation transfrontalière et l’ouverture du marché haïtien aux intérêts  télécoms régionaux ou internationaux. 

L’objectif final pourrait être triple :  

• accélérer l’entrée d’Haïti dans l’ère du haut débit mobile, génératrice de revenus  fiscaux et d’investissements ;  

• recentraliser le contrôle de la diffusion audiovisuelle via des plateformes  limitées, réduisant le poids politique et économique des stations historiques  souvent critiques ou indépendantes ;  

• et, dans une logique de transition de pouvoir fragile, laisser un héritage «  modernisateur » tout en redistribuant des ressources stratégiques (le spectre) à  des acteurs mieux connectés. 

Conclusion 

Qu’il quitte le pouvoir de manière ordonnée, qu’il parte dans la précipitation ou qu’il se  maintienne au-delà du 7 février 2027, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé aura déjà  accompli l’essentiel : il aura inscrit dans le droit positif haïtien l’extinction automatique des  droits historiques des opérateurs de télévision analogique. Le décret du 31 mars 2026 a créé  un fait accompli juridique dont les conséquences se déploieront, quel que soit le scénario  politique. 

Dans les trois cas, l’absence d’un calendrier clair, de mesures d’accompagnement et de  véritable concertation transforme une transition technologique légitime en opération de  dépossession. Les associations de médias, restées trop longtemps en retrait, et les responsables  de stations, aujourd’hui isolés, devront décider s’ils acceptent de devenir de simples locataires  de fréquences qu’ils ont longtemps exploitée en propriétaires de fait, ou s’ils engagent enfin  un rapport de force pour préserver le pluralisme audiovisuel. 

Le 30 septembre 2027 n’est plus une date technique. C’est un rendez-vous politique et  économique qui révélera si Haïti a modernisé son secteur audiovisuel… ou s’il l’a purement  et simplement redistribué.

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