15 octobre 2026
L’Église dans une zone comme Onaville sous contrôle des gangs armés: une présence  difficile, une exigence morale incontournable 
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L’Église dans une zone comme Onaville sous contrôle des gangs armés: une présence  difficile, une exigence morale incontournable 

En Haïti, des pans entiers du territoire, notamment autour d’Onaville, Canaan, Bon Repos et  des localités voisines, sont sous le contrôle effectif de groupes armés. Parmi eux figure le  gang dirigé par Jeff Larose, alias « Gwo Lwa », affilié aux coalitions G-Pép et Viv Ansanm.  Ces groupes imposent leur loi par les kidnappings, les extorsions, les meurtres, les violences  sexuelles et les appropriations de terres. Des milliers de personnes ont été contraintes de fuir.  Les victimes, nombreuses, portent encore les séquelles de cette terreur. 

Dans ce contexte, l’Église catholique continue, dans certains endroits, de célébrer et  d’accompagner des communautés. Cette présence n’est pas neutre. Elle s’exerce dans des  zones où les autorités étatiques sont absentes et où les chefs de gangs détiennent le pouvoir de  fait. Des rapports documentent que, dans plusieurs paroisses de la région métropolitaine, les  célébrations ne peuvent se tenir qu’avec une forme d’« aval » ou sous la contrainte du  contrôle territorial des groupes armés. Des églises ont été pillées, occupées ou transformées en  bases. Des prêtres et des religieuses ont été enlevés ou assassinés. Des dizaines de paroisses  ont dû fermer ou réduire drastiquement leurs activités. 

Cette situation place l’Église face à un dilemme réel. Continuer d’offrir un espace de prière et  de soutien spirituel aux fidèles qui restent est un acte de présence pastorale. Mais célébrer  dans un territoire contrôlé par des criminels crée inévitablement une proximité spatiale et  symbolique. Pour les victimes qui ont perdu des proches, qui ont été chassées de leurs  maisons ou qui ont subi des violences, l’image d’une messe qui se déroule « normalement »  dans ces zones peut apparaître comme une forme de normalisation de l’ordre criminel. Elle  peut renforcer le sentiment que la société s’habitue, que les institutions s’adaptent, et que la  voix morale se tait ou s’affaiblit. 

L’Église ne peut se contenter d’être une institution qui survit. Sa mission l’appelle à une  parole claire. Condamner les gangs de manière générale ne suffit plus lorsque la violence est  devenue structurelle. Les victimes attendent une distance morale nette, un refus explicite de  toute ambiguïté, et une défense sans concession de ceux qui souffrent. Toute apparence de  cohabitation forcée, même subie, risque d’être exploitée par les groupes armés pour renforcer  leur emprise psychologique sur la population. 

Ceux qui ont fui ces zones et qui regardent de loin les images de célébrations religieuses dans  des territoires encore sous contrôle des gangs ressentent souvent un mélange de colère et  d’incompréhension. Ils se demandent si l’institution qui prêche la dignité humaine et la justice  accepte, même sous contrainte, de fonctionner dans un cadre imposé par la terreur. Cette  question est légitime. Elle mérite d’être posée sans détour. 

La présence de l’Église dans ces zones ne doit pas se transformer en aumônerie du désordre  criminel. Elle doit rester, et apparaître clairement, du côté des victimes. Cela exige une parole  prophétique plus ferme, une distanciation publique répétée à l’égard des groupes armés, et un  soutien prioritaire à ceux qui ont tout perdu. Dans un pays où l’État s’est effondré, les 

institutions morales ont une responsabilité particulière : celle de ne pas laisser s’installer  l’idée que l’on peut durablement « vivre ensemble » avec ceux qui sèment la mort. 

VIDEO : https://www.youtube.com/live/Lvd-FhUiP5Y?si=zvoiSm2xoguybFtX

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