7 octobre 2026
NEHRO | Echec du processus électoral en Haïti : Fils-Aimé, « partie du problème et non de la solution », doit partir ; le CEP doit être recomposé
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NEHRO | Echec du processus électoral en Haïti : Fils-Aimé, « partie du problème et non de la solution », doit partir ; le CEP doit être recomposé

Compatriotes haïtiens,

Près de deux années après la formation de l’actuel Conseil électoral provisoire, le bilan institutionnel commande, selon New England Human Rights Organization (NEHRO), un examen sans complaisance du dispositif électoral haïtien.

Les conseillers nommés en septembre 2024 ont déjà connu trois présidences successives : Patrick Saint-Hilaire, représentant de la Conférence épiscopale d’Haïti; Jacques Desrosiers, représentant des associations de journalistes; puis Peterson Pierre-Louis, représentant des Cultes réformés, installé le 24 septembre 2026.

Cette succession ne constituerait pas, à elle seule, une anomalie juridique; elle prend cependant une signification politique particulière lorsque l’institution chargée, aux termes de l’article 191 de la Constitution, d’organiser et de contrôler les opérations électorales en toute indépendance demeure incapable de stabiliser son propre calendrier.

Le 5 octobre 2026, le CEP a encore annoncé le réaménagement de plusieurs échéances, la prolongation jusqu’au 31 octobre des inscriptions de candidats, le report de la campagne et la préparation d’un nouveau calendrier dont les dates restent à déterminer.

Pour NEHRO, on ne peut indéfiniment modifier les textes, déplacer les échéances et changer les dirigeants d’une institution sans interroger la responsabilité politique de ceux qui conduisent le processus.

NEHRO estime par conséquent qu’il faut rebattre les cartes. Cette position implique, selon l’organisation, le retrait d’Alix Didier Fils-Aimé de la direction gouvernementale et la recomposition du Conseil électoral provisoire, tout en préservant les actes administratifs légalement accomplis : inscriptions vérifiables, structures déjà constituées, données techniquement exploitables et dossiers régulièrement enregistrés.

Une telle recomposition ne devrait toutefois pas devenir le prétexte à une nouvelle table rase institutionnelle. Elle devrait plutôt permettre de soumettre le système électoral à des garanties qui lui ont jusqu’ici fait défaut.

L’une d’elles concerne le registre d’identification. L’ingénieur Alex Saint-Gardien Jecrois affirme depuis 2025 qu’environ 800 000 doublons affecteraient la base et réclame un audit indépendant; il a renouvelé cette mise en garde en juillet 2026. (rezonodwes.com)

NEHRO ne présente pas ce nombre comme une donnée judiciairement établie : précisément parce qu’il s’agit d’une allégation techniquement vérifiable, elle demande aux Nations unies, au PNUD et aux autorités haïtiennes compétentes de favoriser un audit international indépendant, contradictoire et publiable du registre électoral.

Le PNUD fournit déjà une assistance opérationnelle et technique au CEP; l’exigence de transparence devrait donc être compatible avec l’accompagnement international existant.

Une démocratie ne peut demander au citoyen de croire aveuglément à son fichier électoral lorsque celui-ci peut être scientifiquement audité.

La même exigence de responsabilité concerne le pouvoir exécutif. Le bilan sécuritaire consigné par les Nations unies — 9 063 homicides recensés en 2025 et 2 444 victimes d’homicide intentionnel entre décembre 2025 et février 2026 — interdit de réduire l’échec électoral à une simple difficulté de calendrier. NEHRO rappelle également qu’aucun des 26 principaux chefs de gangs identifiés comme les plus recherchés n’avait, selon les informations disponibles, été arrêté, traduit en justice puis jugé. L’insécurité peut-elle devenir le prétexte permettant à Alix Didier Fils-Aimé de demeurer indéfiniment au pouvoir au motif qu’il devrait remettre l’autorité à un élu ?

Pour NEHRO, l’échec à rétablir la sécurité et à organiser les élections ne saurait devenir un mécanisme de conservation du pouvoir. Combien de compatriotes devraient encore mourir pour prolonger une transition sans terme ? Alix Didier Fils-Aimé, qui n’avait pas obtenu de mandat sénatorial lors du scrutin de 2016, ne peut substituer une nomination gouvernementale à une légitimité populaire acquise par les urnes. La lutte contre les groupes armés doit conduire à des arrestations, à des poursuites judiciaires et au retour effectif à l’ordre constitutionnel, non à la perpétuation d’un Exécutif sans mandat électif direct.

L’article 19 de la Constitution fait obligation à l’État de garantir le droit à la vie, à la santé et au respect de la personne humaine. La Conférence épiscopale d’Haïti (CEH) a, pour sa part, nommé sans détour la gravité du mal : sa dénonciation de la violence des gangs doit désormais résonner comme un refus explicite de toute passivité, de toute complaisance et de toute forme de complicité face à une violence organisée qui continue d’endeuiller la population.

L’État ne saurait donc solliciter une prolongation politique implicite au motif qu’il n’a pas réussi à produire les élections qu’il avait lui-même annoncées, tandis que la population paie quotidiennement le prix de l’effondrement sécuritaire.

NEHRO demande parallèlement que soit clarifiée toute relation entre l’appareil gouvernemental et les structures engagées dans la compétition électorale. La présence rapportée de Wilner Joseph, membre du cabinet du Premier ministre, au sein de VIKTWA a notamment alimenté le débat sur la séparation nécessaire entre administration publique et intérêts partisans.

La neutralité électorale ne consiste pas seulement à interdire à un fonctionnaire d’utiliser une voiture ou un bureau public pour faire campagne; elle exige que le citoyen puisse être convaincu que celui qui écrit la règle, celui qui finance l’administration et celui qui sollicite le suffrage ne forment pas, directement ou indirectement, une seule chaîne de pouvoir.

NEHRO appelle enfin à rompre avec la pratique consistant à redistribuer les ministères, directions générales et organismes autonomes entre partis, groupes d’influence et clientèles politiques.

Un changement de gouvernement n’aurait aucun sens s’il reproduisait les mêmes mécanismes de partage de l’État.

Les futures autorités devraient être sélectionnées sur la compétence professionnelle, l’intégrité financière, l’absence de condamnations incompatibles avec la fonction et la conformité préalable aux conditions constitutionnelles.

La question de la nationalité mérite à ce titre une formulation juridiquement exacte : la prohibition générale de la double nationalité a disparu de la Constitution amendée, mais son article 172-1 exige qu’une personne appelée à exercer la fonction de ministre ne détienne aucune autre nationalité au moment de sa nomination.

Toute controverse relative à la situation juridique d’un membre du gouvernement, notamment de la ministre des Affaires étrangères, devrait donc être résolue par la production des pièces requises et non par la rumeur.

Rebattre les cartes signifie, pour NEHRO, replacer la loi au-dessus des arrangements, l’audit au-dessus des proclamations, la neutralité au-dessus des intérêts partisans et la reddition de comptes au-dessus des fidélités politiques. Au regard de l’impasse électorale, de la détérioration persistante de la situation sécuritaire et de l’érosion de la confiance dans les institutions, NEHRO considère qu’Alix Didier Fils-Aimé fait désormais partie du problème plutôt que de la solution et demande, en conséquence, son départ du pouvoir.. Une nouvelle architecture gouvernementale et électorale doit être établie sur des bases de neutralité, de compétence, de transparence et de responsabilité publique, afin que les prochaines consultations puissent être organisées hors de toute ingérence et sous le contrôle effectif de la loi.

Dr Josué Renaud
Directeur exécutif
New England Human Rights Organization (NEHRO)

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