7 octobre 2026
Dr Lorquet. Voyage et Culture | Une journée entre découvertes, sécurité et technologie à Taipei
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Dr Lorquet. Voyage et Culture | Une journée entre découvertes, sécurité et technologie à Taipei

Une journée entre découvertes, sécurité et technologie à Taipei

Par : Joël Lorquet, PhD

Le mercredi 7 octobre 2026 restera pour moi une journée particulièrement riche de mon séjour à Taïwan. Entre un jogging matinal à travers les rues de Taipei, la découverte de la Straits Exchange Foundation, des échanges sur la sécurité et la coopération avec Haïti à l’Institute for National Defense and Security Research, puis une immersion dans l’univers des drones et de la technologie, cette journée m’a permis de mieux comprendre plusieurs facettes de la société taïwanaise. Elle m’a également offert l’occasion de réfléchir aux expériences et aux solutions que Taïwan pourrait partager avec Haïti dans différents domaines.

Un jogging matinal à la découverte de Taipei

Ce mercredi-là, je me suis réveillé assez tôt, même si notre rendez-vous de la matinée était prévu un peu plus tard que les jours précédents. Vers 6 heures moins quelques minutes, je me suis préparé pour aller faire mon jogging.

C’était mon premier jogging à Taipei. Les jours précédents, nous avions eu des rendez-vous très tôt le matin, ce qui ne m’avait pas vraiment permis de courir. Le soir, il était également un peu trop tard pour que je m’aventure seul dans une ville que je ne connaissais pas encore très bien.

Je suis donc sorti de l’hôtel avec une règle que j’applique partout lorsque je découvre une nouvelle ville : il ne faut pas emprunter plusieurs chemins à la fois. Il vaut mieux garder une ligne droite et, surtout, revenir par le même chemin. C’est une leçon que j’ai apprise au fil de mes voyages.

Arrivé au terminus, j’ai tourné à droite pour longer la Fuxing S. Road. C’est là que j’ai commencé à faire plusieurs observations.

Au milieu de cette grande avenue, j’ai remarqué une structure qui semble relier un système de transport ferroviaire. Tous les deux cents mètres environ, on trouve une sorte de station située en hauteur, installée sur de grands poteaux au milieu de l’axe routier. Ces installations permettent l’embarquement et le débarquement des passagers et relient les deux côtés de l’avenue par des passerelles réservées aux piétons. L’ensemble donne parfois l’impression d’un grand pont suspendu.

Sous ces infrastructures, j’ai également remarqué des espaces de stationnement souterrains destinés aux passagers qui souhaitent utiliser le train pour se déplacer.

À six heures du matin, évidemment, il n’y avait pas beaucoup de personnes en train de faire du jogging, comme on peut parfois en rencontrer dans d’autres pays. Il y en avait néanmoins quelques-unes. J’ai également croisé des personnes qui promenaient leurs chiens.

Une ville propre et bien entretenue

Une chose m’a particulièrement frappé : Taipei est une ville propre.

J’ai même remarqué, vers 7 heures du matin, certaines personnes qui balayaient les rues. C’était un détail assez curieux pour moi, mais qui témoigne aussi du souci accordé à l’entretien de l’espace public.

Au cours de mon parcours, j’ai également découvert une boulangerie déjà ouverte. Ce qui m’a intéressé, c’est que le pain y était fabriqué pratiquement sous les yeux des passants. Depuis la rue, on pouvait assister au processus de fabrication.

Certains pains fraîchement préparés étaient déposés sur une table installée sur le trottoir, permettant aux consommateurs d’acheter du pain encore chaud. Cette façon de présenter directement le travail du boulanger m’a particulièrement intéressé.

J’ai aussi découvert le parc Long-Feng, un petit parc très bien aménagé et joliment décoré, où se trouve notamment une glissade destinée aux enfants.

Un quartier universitaire au bout de l’avenue

En poursuivant mon parcours jusqu’au terminus de cette avenue, j’ai découvert plusieurs institutions, notamment une école de journalisme, un institut de développement et un institut consacré aux sciences humaines.

J’ai continué à longer la rue jusqu’à son extrémité. Cette avenue avait bel et bien une fin, ce qui m’a quelque peu surpris, car je m’attendais à ce qu’elle se poursuive beaucoup plus longtemps. Il est possible que je me sois simplement trouvé dans sa partie terminale.

En tournant ensuite à droite, j’ai découvert ce qui m’a semblé être un véritable quartier universitaire de Taipei. On y trouvait plusieurs universités, des résidences, des établissements liés aux sciences médicales et différents centres d’enseignement.

J’ai également été impressionné par la largeur des trottoirs. À certains endroits, le trottoir est tellement vaste qu’il pourrait presque constituer une rue à lui seul. Il comprend plusieurs espaces : une partie réservée aux piétons, des zones végétalisées avec du gazon ou des plantes, ainsi que des espaces destinés aux bicyclettes.

Autre particularité qui a retenu mon attention : plusieurs bâtiments sont construits sur des poteaux, créant en dessous une sorte de galerie couverte où les gens peuvent circuler.

En cas de pluie, cette conception permet donc aux piétons de continuer à marcher sans être directement exposés aux intempéries.

Sous ou à proximité de cette grande avenue, j’ai également remarqué de petites rues à sens unique qui permettent d’accéder aux différents logements. Les habitants vivent ainsi dans des immeubles ou des résidences reliés à l’avenue principale par ces petites voies.

Des murs transformés en jardins verticaux

Une autre particularité a particulièrement attiré mon attention : des murs entièrement recouverts de plantes réelles.

J’ai découvert une technique qui consiste à installer plusieurs petits pots sur un panneau fixé contre le mur. Chaque pot contient une plante. Au fur et à mesure que les plantes grandissent, elles finissent par former une sorte de tapis naturel de verdure.

Ces plantes sont irriguées grâce à un système de goutte-à-goutte qui leur permet de rester fraîches et bien entretenues.

En observant cette technique, je me suis dit qu’il s’agissait de solutions simples que nous pourrions également envisager en Haïti, notamment à partir de méthodes de recyclage. De telles initiatives permettraient à la fois d’économiser de l’argent, d’embellir les murs de nos villes et de contribuer à améliorer la qualité de l’air. Il en va de même pour les techniques permettant d’utiliser les toits des maisons comme espaces destinés à faire pousser des plantes.

Ce sont donc des techniques relativement naturelles que les Haïtiens pourraient utiliser, à condition, bien évidemment, de penser à former et à sensibiliser les citoyens dans ce sens.

Le respect des feux de circulation

Une autre observation m’a également marqué : à Taipei, les gens respectent les feux de signalisation. Ils attendent patiemment que le feu passe au vert avant de traverser les rues.

Cette discipline contribue évidemment à réduire le nombre d’accidents et constitue un autre détail de la vie quotidienne qui a retenu mon attention.

Voilà quelques-uns des constats que j’ai faits au cours de mon jogging dans la matinée du mercredi 7 octobre 2026 à Taipei, à Taïwan.

Après avoir poursuivi mon parcours, je suis retourné à l’hôtel en empruntant le même chemin. Au total, j’ai fait environ une heure vingt minutes de jogging, comme d’habitude, une activité que je considère également comme bénéfique pour la santé.

De retour à l’hôtel, je me suis préparé, puis je suis descendu au restaurant pour prendre mon petit-déjeuner. Ensuite, je me suis préparé pour rencontrer les guides qui nous attendaient à 9 h 30 précises pour une nouvelle journée de visites et de rencontres.

À la découverte de la Straits Exchange Foundation

Notre première visite de la journée nous a conduits à la Straits Exchange Foundation (SEF), à Taipei.

Nous avons eu la possibilité de nous entretenir avec les responsables de cette institution, et plus particulièrement avec M. Wen Jia-Luo, vice-président et secrétaire général de l’organisation.

La Straits Exchange Foundation, ou Fondation pour les échanges à travers le détroit, a été créée en mars 1991, à l’initiative conjointe du gouvernement taïwanais et de personnalités du secteur privé.

Sa création répondait à une nécessité pratique. Après l’ouverture, en 1987, des échanges et des voyages entre Taïwan et la Chine continentale, de nombreuses questions administratives et civiles se posaient alors qu’il n’existait pas de contacts officiels directs entre les deux parties.

La SEF a ainsi été chargée d’agir comme intermédiaire pour les questions relevant des échanges à travers le détroit. Elle est autorisée par le gouvernement taïwanais à communiquer et à négocier avec les autorités et organismes de la Chine continentale sur des questions pratiques, notamment la vérification de documents, les affaires juridiques, les échanges économiques et commerciaux ainsi que l’assistance aux citoyens taïwanais confrontés à certaines difficultés en Chine continentale.

Son rôle s’est particulièrement illustré avec l’établissement, en 1991, de contacts avec son organisme homologue chinois, l’Association for Relations Across the Taiwan Straits (ARATS).

En avril 1993, les dirigeants des deux organisations, Koo Chen-fu pour la SEF et Wang Daohan pour l’ARATS, se sont rencontrés à Singapour lors des célèbres entretiens Koo-Wang, qui ont abouti à la signature de quatre accords et à la mise en place d’un mécanisme de contacts institutionnalisés.

Au-delà des négociations, la SEF assure également différents services à la population : authentification de documents, assistance juridique, soutien dans certaines situations d’urgence, accompagnement des familles et services destinés aux entreprises taïwanaises présentes en Chine continentale.

Elle constitue ainsi un instrument important du dispositif taïwanais de gestion des relations et des échanges à travers le détroit.

La position de Taïwan concernant Haïti

Répondant à une question relative à Haïti, M. Wen Jia-Luo a indiqué ce qui suit :

« Taïwan a toujours souhaité entretenir des relations amicales avec davantage de pays. Haïti est l’un des importants alliés de Taïwan en Amérique centrale. Nous souhaitons approfondir les intérêts économiques communs aux deux pays, ainsi que développer des projets de coopération dans le domaine de la géopolitique.

Nous souhaitons également partager l’expérience de Taïwan avec le gouvernement haïtien et avec le peuple haïtien.

Haïti est donc un allié diplomatique très important pour Taïwan. Nous espérons réellement être en mesure de développer des relations plus profondes et de renforcer les intérêts économiques de nos deux pays.

Nous souhaitons également vivement développer davantage la coopération dans le domaine géopolitique. L’expérience de Taïwan est certainement quelque chose que nous pouvons partager avec le gouvernement et le peuple haïtiens. »

Déjeuner au Grand Hotel de Taipei

Après notre visite à la Straits Exchange Foundation, nous avons été conviés à déjeuner par Mme Janet Chang, directrice générale du Department of International Information Service du ministère des Affaires étrangères de Taïwan (MOFA), au Grand Hotel de Taipei.

Le Grand Hotel de Taipei

Le Grand Hotel de Taipei, l’un des établissements hôteliers les plus emblématiques de Taïwan, a été inauguré en 1973, après plusieurs années de construction.

Son développement a bénéficié du soutien des autorités taïwanaises et de l’engagement de Soong Mei-ling, épouse de Chiang Kai-shek, qui a joué un rôle important dans la création de cet établissement destiné notamment à accueillir des visiteurs étrangers de marque.

Érigé sur les hauteurs de Taipei, le Grand Hotel offre une vue remarquable sur une grande partie de la capitale. Son imposante architecture de style chinois traditionnel, avec ses couleurs caractéristiques, ses vastes toitures et ses dimensions monumentales, en fait l’un des bâtiments les plus reconnaissables de Taipei. Avec ses 500 chambres, cet hôtel emblématique, construit à flanc de la colline de Yuanshan, s’impose également par son allure de palais chinois et son élégance majestueuse.

Très fréquenté par les visiteurs, l’hôtel constitue aujourd’hui à la fois un établissement prestigieux et une véritable attraction touristique. Sa position dominante, son architecture spectaculaire et son histoire en font l’un des lieux emblématiques à découvrir lors d’un séjour à Taipei.

Les propos de Mme Janet Chang

Mme Janet Chang nous a souhaité la bienvenue en ces termes :

« Mes collègues,

J’espère que vos premiers jours à Taïwan se passent agréablement.

Comme je le sais, hier, vous avez visité l’Industrial Technology Research Institute ainsi que le Taiwan Semiconductor Research Institute, et ce matin, vous avez rencontré la Straits Exchange Foundation.

Au cours des prochains jours, vous allez rencontrer des experts dans les domaines de la sécurité et de nombreuses questions économiques, afin d’explorer notre avenir et l’avenir de notre ministère.

Vous visiterez également l’exposition photographique consacrée au 50e anniversaire de Taiwan Panorama, ainsi que le National Palace Museum.

Et, bien sûr, le point fort de cette visite sera votre participation aux célébrations de notre fête nationale.

Je m’en réjouis à l’avance.

J’espère que ce programme vous permettra d’avoir une vision complète de Taïwan, allant des questions de technologie et de sécurité jusqu’à notre culture et à la vie quotidienne.

Je voudrais maintenant vous proposer de porter un toast à une visite fructueuse et agréable à Taïwan.

Je vous invite donc à profiter de ce déjeuner dans cette belle atmosphère taïwanaise. »

La Place de la Liberté : un lieu chargé d’histoire

Après notre visite, nous sommes remontés dans le véhicule. En cours de route, nous nous sommes arrêtés devant un vaste espace dominé par l’imposant Mémorial de Chiang Kai-shek.

En observant les lieux, j’ai demandé à mon accompagnateur ce que représentait ce mémorial et quelle était son histoire.

Il m’a expliqué qu’il s’agissait du Mémorial national de Chiang Kai-shek (National Chiang Kai-shek Memorial Hall), construit en hommage à Chiang Kai-shek, considéré comme le premier président de la République de Chine à Taïwan.

Les travaux ont commencé en 1976, un an après sa mort, et le mémorial a été achevé en 1980. L’ensemble a été conçu par l’architecte C. C. Yang, également connu pour avoir participé à la conception du Grand Hotel de Taipei.

Devant le mémorial se trouve une immense esplanade aujourd’hui connue sous le nom de Liberty Square, ou Place de la Liberté, en chinois Zìyóu Guǎngchǎng (自由廣場).

Lorsque j’ai demandé la signification de l’inscription chinoise que je ne pouvais pas lire, on m’a expliqué que « Ziyou Square » signifie précisément « Place de la Liberté ».

Cette appellation est étroitement liée à l’évolution politique de Taïwan. À mesure que le pays s’est démocratisé dans les années 1990, cet espace a progressivement acquis une fonction dépassant la seule commémoration de Chiang Kai-shek.

En 2007, le site avait même été officiellement renommé « National Taiwan Democracy Memorial Hall », tandis que l’inscription sur l’arche principale avait été remplacée par « Liberty Square ». Le mémorial a toutefois repris son nom d’origine en 2009.

Aujourd’hui, la Place de la Liberté constitue un important espace public de rassemblement. Elle accueille notamment des manifestations culturelles, des rassemblements citoyens et des protestations, faisant de ce lieu un symbole de la transformation démocratique de Taïwan.

L’ensemble architectural est particulièrement impressionnant. Le mémorial, de forme carrée et surmonté d’un toit octogonal bleu, domine une vaste esplanade encadrée par le National Theater et le National Concert Hall.

Le blanc et le bleu du bâtiment rappellent les couleurs du drapeau de la République de Chine (Taïwan). Les 89 marches qui conduisent au mémorial correspondent à l’âge de Chiang Kai-shek au moment de sa mort, à 89 ans.

À l’intérieur du bâtiment se trouve une imposante statue en bronze de Chiang Kai-shek, haute de 6,3 mètres.

Le mémorial est ainsi à la fois un monument historique consacré à une figure majeure de l’histoire politique de Taïwan et un espace qui témoigne de l’évolution du pays, d’une période autoritaire vers une société démocratique.

En regardant l’inscription « 自 由 廣 場 », « Place de la Liberté », je me suis particulièrement intéressé à cette transformation. Le même espace qui avait été conçu à l’origine dans une perspective commémorative est aujourd’hui devenu un lieu où les citoyens peuvent se réunir, exprimer leurs opinions et manifester publiquement.

Cette évolution donne à la Place de la Liberté une dimension particulière dans le paysage politique et social de Taipei.

À l’Institute for National Defense and Security Research

Après le déjeuner, nous nous sommes rendus à l’Institute for National Defense and Security Research (INDSR).

L’INDSR, basé à Taipei, a été officiellement inauguré le 1er mai 2018. Il s’agit d’un organisme indépendant, non partisan et à but non lucratif consacré à l’analyse des questions de sécurité et de défense de Taïwan.

L’institut a pour objectif de produire des analyses stratégiques et des recommandations de politique publique sur la défense nationale, la sécurité internationale, les affaires politiques et militaires chinoises, les menaces non traditionnelles, la cybersécurité ainsi que les nouvelles formes de guerre. Il organise également des forums internationaux, favorise les échanges entre chercheurs et décideurs et mène des simulations stratégiques.

L’INDSR comprend notamment une Division of Defense Strategy and Resources, chargée de recherches portant sur la stratégie militaire et de défense, l’économie de la défense, les technologies militaires et les enjeux géopolitiques de l’Indo-Pacifique.

Le général Alex Po : la sécurité et le rôle des médias

La réunion avec le staff dirigeant était présidée par le général Alex Po, Deputy CEO for Research à l’Institute for National Defense and Security Research (INDSR), accompagné de cinq autres membres de son équipe.

En introduisant la réunion, le général Po, fort de plusieurs années d’expérience militaire à Washington, a évoqué les enseignements tirés de la crise des missiles de 1995-1996 dans le détroit de Taïwan. Il a expliqué avoir lui-même exercé pendant plusieurs années à Washington dans le cadre de dossiers liés aux ventes d’équipements militaires américains à Taïwan, dans le cadre des Foreign Military Sales (FMS). Il a surtout insisté sur la place particulière qu’occupent les médias dans la situation internationale de Taïwan. Selon lui, Taïwan n’entretenant pas de relations diplomatiques avec l’ensemble de la communauté internationale, les journalistes et la presse étrangère constituent un moyen essentiel de faire connaître sa réalité, ses préoccupations et sa position.

Le général Po a appelé les journalistes à traiter les questions concernant Taïwan de manière équilibrée et à contribuer à faire entendre la voix de l’île auprès de l’opinion internationale. Il a estimé qu’une information responsable pouvait contribuer à une meilleure compréhension des enjeux et, surtout, au maintien du dialogue. Il a également exprimé sa profonde inquiétude face à la multiplication des conflits dans différentes régions du monde. Évoquant notamment la guerre en Ukraine et la situation en Crimée, il a averti qu’un conflit dans le détroit de Taïwan pourrait avoir des conséquences particulièrement graves, non seulement pour Taïwan, mais également pour la stabilité internationale.

Pour lui, les tensions entre les grandes puissances et les crises impliquant notamment la Corée du Nord, la Chine continentale, la Russie ou encore l’Iran montrent à quel point la communauté internationale doit rester vigilante et œuvrer pour éviter l’escalade militaire.

« Nous devons faire entendre notre voix plus fortement pour empêcher que la guerre n’éclate, où que ce soit dans le monde », a-t-il souligné en substance.

Enfin, le général Po a demandé aux journalistes de contribuer à mieux faire connaître la situation de Taïwan et de soutenir les principes de démocratie et de liberté.

Mme Jun-Rong Lin : sécurité, défense et coopération avec Haïti

Mme Jun-Rong Lin, Policy Analyst à la Division of Defense Strategy and Resources de l’INDSR, qui s’exprimait en français, a évoqué la situation en Haïti ainsi que les possibilités de coopération entre Taïwan et Haïti dans les domaines de la sécurité, de la défense, de la gestion des crises et des nouvelles technologies.

Selon Mme Lin, Taïwan et Haïti sont tous deux confrontés à des risques liés aux tremblements de terre et à d’autres catastrophes naturelles. Elle a expliqué que, compte tenu également des problèmes de sécurité auxquels Taïwan est confronté dans sa région, le pays a renforcé ses capacités de sécurité, notamment au niveau civil.

Cette expérience lui a permis de développer des moyens pour faire face à différentes crises et catastrophes, une expertise que Taïwan pourrait, selon elle, partager avec d’autres pays confrontés à des situations similaires.

Interrogée sur la mise sur pied de la force de répression des gangs en Haïti et sur un éventuel rôle de Taïwan dans ce processus visant à rétablir la sécurité dans le pays, Mme Lin a estimé que cette question relevait d’abord du domaine diplomatique. Elle a toutefois souligné que Taïwan restait ouvert aux échanges et au partage d’expériences, tout en se déclarant disposé à aider d’autres pays.

S’agissant plus particulièrement de la lutte contre l’insécurité en Haïti, Mme Lin a indiqué que Taïwan dispose d’experts et d’une expérience dans les domaines de la défense et de la sécurité. Elle a estimé que des échanges de personnel pourraient être bénéfiques aux deux pays, en permettant de mieux connaître les différentes réalités, de tirer des enseignements et de comprendre les tactiques utilisées dans le domaine de la défense.

Pour elle, le partage d’expériences entre les différents pays constitue un élément important de cette coopération.

Mme Lin a également évoqué les avancées réalisées par Taïwan dans le domaine technologique. Elle a notamment cité l’intelligence artificielle ainsi que les systèmes liés aux semi-conducteurs. Selon elle, ces domaines offrent également des possibilités de collaboration et de partage d’expériences avec Haïti.

Concernant la force de répression des gangs en cours de constitution en Haïti, Mme Lin a rappelé que Taïwan est une démocratie et a souligné la nécessité, selon elle, de renforcer la solidarité et les échanges entre les démocraties afin de mieux faire comprendre les situations auxquelles sont confrontés les différents pays. Elle a réaffirmé que Taïwan demeurait ouvert à davantage d’échanges dans ce domaine.

Abordant enfin la question des ressources financières susceptibles d’être mobilisées pour soutenir les efforts de sécurité en Haïti, Mme Lin a indiqué que plusieurs agences taïwanaises travaillent déjà sur le terrain avec différents pays. Elle a insisté sur l’importance de l’aide, mais aussi sur la nécessité de développer des collaborations entre les acteurs civils, les différentes parties concernées et les institutions officielles.

Mme Lin a conclu en soulignant que Taïwan dispose d’un niveau d’avancement important dans plusieurs de ces domaines, ce qui, selon elle, peut constituer une base pour le développement de nouvelles formes de coopération et d’échanges avec Haïti.

Une soirée consacrée à la diplomatie des drones

À 18 heures, nous avons ensuite dîné au Tien Hsiang Lo, au Landis de Taipei, à l’invitation du Dr Charlie Zhen-Wei Chiang, directeur général du Department of NGO International Affairs / Drone Diplomacy Task Force au ministère des Affaires étrangères (MOFA), et de Mme Stacy Yu, jeune Chief Executive Officer de Carbon-Based Technology Inc. (CBT).

Carbon-Based Technology : l’industrie taïwanaise des drones

La Carbon-Based Technology Inc. (CBT) est une entreprise taïwanaise créée en 2007, spécialisée dans les technologies liées aux drones et aux matériaux composites, notamment à base de fibre de carbone.

Elle développe et fabrique des structures et des systèmes pour véhicules aériens sans pilote (UAV), destinés aussi bien aux applications civiles qu’aux secteurs de la défense et de l’aérospatiale.

Ses drones peuvent être utilisés dans plusieurs domaines, notamment l’agriculture, la surveillance, la construction, l’observation environnementale ainsi que les opérations de secours et de gestion des catastrophes.

L’entreprise développe également des solutions destinées à l’industrie aérospatiale et aux systèmes sans pilote.

CBT présente ainsi une autre facette du savoir-faire technologique de Taïwan, où la recherche, les matériaux de pointe et l’ingénierie sont combinés pour développer des solutions répondant à des besoins aussi bien civils que stratégiques.

La « Drone Diplomacy » de Taïwan

M. Chiang Wei, qui est également membre de la Drone Diplomacy Task Force du ministère des Affaires étrangères, nous a présenté son travail ainsi que la manière dont Taïwan utilise la technologie des drones dans le cadre de partenariats internationaux.

Il a expliqué :

« Notre équipe a été créée en octobre dernier, à l’initiative du ministre. À titre de comparaison, l’Ukraine a mis en place sa propre équipe consacrée aux drones au mois de mai. Notre initiative de diplomatie des drones est donc antérieure.

Taïwan dispose de trois principaux avantages dans le domaine des drones.

Le premier est notre capacité de fabrication. Le deuxième concerne nos composants et nos technologies dans le domaine des TIC. Le troisième est notre chaîne d’approvisionnement fiable et sécurisée.

Grâce à ces capacités, Taïwan peut apporter une contribution utile à des partenaires qui disposent pourtant eux-mêmes de technologies avancées, notamment l’Ukraine, plusieurs pays européens et les États-Unis.

Ces pays peuvent avoir une expérience et des technologies de pointe, mais ils ont également besoin des capacités industrielles et de la chaîne d’approvisionnement taïwanaises pour mener à bien certaines de leurs missions. C’est notamment pour cette raison que nous avons mis en place cette Drone Diplomacy Task Force.

Nous avons également récemment créé la Global UAV Academy, avec laquelle nous développons des initiatives dans le domaine de la diplomatie des drones.

L’un de nos objectifs est de contribuer au renforcement des capacités de nos partenaires et alliés diplomatiques dans le domaine des drones. Parallèlement, nous souhaitons également bénéficier des technologies avancées développées par les pays partenaires.

Nous travaillons donc avec différentes organisations, notamment des fondations, des ONG et notre Drone Diplomacy Task Force, afin de favoriser les échanges, la formation et la coopération dans ce domaine. »

Le point de vue de Mme Stacy Yu

Mme Stacy Yu, directrice générale de CBT, une entreprise spécialisée dans les drones et les systèmes associés, nous a présenté le point de vue de l’industrie sur les capacités de Taïwan et les possibilités de coopération internationale.

Elle a notamment déclaré :

« À Taïwan, la liberté fait partie de la vie quotidienne. Nous pouvons nous exprimer librement, poser des questions, choisir notre avenir et regarder l’avenir de nos enfants et des générations futures avec espoir.

À travers votre travail, vous contribuez à faire connaître Taïwan, son peuple, ses aspirations et les défis auxquels nous sommes confrontés. Je vous remercie encore une fois d’être venus ici.

Mon entreprise, CBT, souhaite contribuer à préserver ce mode de vie.

CBT a été fondée en 2007 et possède près de vingt années d’expérience dans les domaines de l’aérospatiale, des matériaux et de la fabrication de drones à usage militaire.

Au fil des années, nous avons développé nos propres drones à Taïwan dans le cadre de programmes nationaux. Notre force réside dans notre capacité à réunir plusieurs compétences : la conception, la fabrication et l’intégration de systèmes, afin de répondre aux besoins de défense de Taïwan.

Nous avons ainsi développé des drones de grande taille ainsi que des drones militaires destinés notamment à la surveillance et à la défense, y compris des systèmes capables d’être utilisés dans le cadre de missions en essaim.

Derrière chaque drone se trouve une équipe qui travaille à rendre ces systèmes sûrs, fiables et performants. Notre objectif est clair : protéger les populations et contribuer au maintien de la paix.

Nous pensons qu’une capacité de défense solide et des partenaires de confiance peuvent contribuer à cet objectif. Taïwan peut ainsi partager son écosystème industriel, son expérience et son savoir-faire en matière de sécurité.

Chez CBT, nous sommes prêts à jouer notre rôle. Nous accueillons favorablement les partenariats avec des acteurs du monde entier dans les domaines du développement, de la fabrication, des essais, de la formation, de l’éducation et du soutien à long terme.

Nous construisons la confiance en travaillant ensemble et en tenant nos engagements.

C’est cet avenir que nous voulons contribuer à protéger. »

Une journée qui s’achève autour d’un dîner taïwanais

Après ces nombreuses rencontres et discussions, nous avons finalement pris un dîner particulièrement copieux, composé notamment de :

 Appetizer Featuring Hangzhou Delicacy ;

 « Madame Sung » Fish Soup ;

 Stir-Fried Shrimps with Scallion ;

 Pan-Fried Beef Short Ribs with Vegetable ;

 Stir-Fried Bamboo Shoot with Mushroom ;

 Fried Rice with Vegetable and Seafood ;

 Seasonal Fresh Fruit Plate Served with Sesame Pastries.

Après ce dîner, nous sommes retournés à l’hôtel.

J’étais un peu fatigué, car la journée avait été particulièrement chargée. Elle avait commencé très tôt par mon jogging à travers les rues de Taipei et s’était poursuivie par une succession de visites, de rencontres et d’échanges portant sur l’histoire, la diplomatie, la sécurité, la défense, la technologie, les drones et les relations entre Taïwan et Haïti.

Une fois encore, cette journée m’a permis de découvrir une autre facette de Taïwan : celle d’un pays où les questions de sécurité et de défense côtoient quotidiennement la technologie, la discipline, l’organisation urbaine et une volonté manifeste de préserver son modèle de société.

Joël Lorquet, PhD

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