Mon cœur saigne pour Haïti,
Pour ce sol profané,
Où s’est levée
L’aube de la liberté.
Berceau des braves
Où la peur se dérobe,
Patrie des premiers fiers insurgés
Qui, au prix de leur sang, chassaient les oppresseurs,
Où les chaînes brisées résonnent d’orgueil encore,
Où l’hymne de la liberté a si fort claironné.
Mais l’ombre de la nuit s’est soudain étendue,
Balayant la clarté d’un souffle de rictus,
Laissant en peau de chagrin notre gloire d’antan,
Et le deuil triomphe.
Mon cœur saigne pour Haïti, flambeau de lumière,
Dont les fils aujourd’hui ne poussent que des gémissements.
Port-au-Prince, jadis,
Ville aux mille soleils fiers,
S’endort sous le cri
Des armes et des tourments.
Devenue une cité fantôme où le canon résonne,
Oui, la terre des ancêtres se noie dans les larmes.
Devant la machine effroyable, plus rien ne frissonne
À la vue de ces hybrides qui se délectent de sang,
Du sang innocent d’un peuple qui râle et se meurt.
Privé de tout secours,
Chacun se terre et prie,
Chacun se tait d’effroi,
Tout le monde se tait.
Contre nous, la nature elle-même en grondant,
Se révolte et déchaîne sa terrible fureur.
La brise parfumée des monts s’est envolée,
Nos collines autrefois verdoyantes ont grisonné.
Le pays devient une épave trop brisée,
Où le rire des enfants semble s’être effacé.
Le chant de nos « Konbit » ne s’entonne plus en chœur,
La détresse a creusé les fosses de la froideur,
Et le silence complice, en ce monde intérieur,
Augmente chaque jour l’abîme de la douleur.
Pourtant, sous la cendre de ce présent tragique,
Bat encore le pouls d’un grand peuple héroïque.
Son bicolore flotte haut, malgré la tempête,
Refusant à jamais de courber la tête.
Haïti, ô ma mère, bientôt tu te relèveras,
De tes blessures profondes, enfin tu guériras.
Car ton sang est de phénix, ta dignité de fer,
Ton nom brillera de nouveau sur la mer.
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Professeur, Ducasse Alcin

