10 septembre 2026
Ambiguïté internationale, réaffirmations de la confiance des gangs sur les réseaux  sociaux et sur le terrain 
Actualités Opinions Société

Ambiguïté internationale, réaffirmations de la confiance des gangs sur les réseaux  sociaux et sur le terrain 

La présence de l’ancien président Michel Joseph Martelly autour d’une table avec des  représentants de la CARICOM et des acteurs politiques haïtiens, récemment documentée,  n’est pas qu’un simple faux pas diplomatique. Elle illustre une ambiguïté plus profonde de la  communauté internationale qui, depuis des années, contribue à nourrir la confiance des gangs  armés et de certains de leurs alliés des élites politiques et économiques qui s’affirment cette  semaine encore sur les réseaux sociaux, au milieu d’une série de crimes et d’enlèvements. 

Les sanctions contre Martelly sont claires et documentées. Le Canada l’a sanctionné le 17  novembre 2022 pour avoir protégé et facilité les activités illégales de gangs armés. Les États Unis ont suivi le 20 août 2024, l’accusant d’avoir facilité le trafic de drogue, le blanchiment  d’argent et le sponsoring de gangs. L’Union européenne a complété le tableau le 15 décembre  2025, le listant pour avoir armé et financé des groupes armés afin de défendre des intérêts  politiques et économiques. Pourtant, ces mêmes puissances et organisations régionales  continuent d’accepter, directement ou indirectement, la présence de figures sanctionnées dans  des cadres de dialogue censés préparer la sortie de crise. 

Cette double attitude a un effet concret sur le terrain. Quand l’international sanctionne d’un  côté et normalise de l’autre, le message reçu par les gangs et leurs protecteurs potentiels est  simple : les règles ne sont pas absolues. On peut être pointé du doigt pour financement de  gangs tout en restant un interlocuteur acceptable. Cette ambiguïté affaiblit la dissuasion et  renforce le sentiment d’impunité. 

Les conséquences se lisent dans l’actualité récente. Fin août 2026, l’attaque de Kenscoff a fait  au moins 47 morts et plus de 50 otages, l’un des plus grands enlèvements collectifs récents.  Des chefs de gangs ont publié des vidéos menaçant d’exécuter les captifs si les forces de  sécurité intervenaient. Des rapports de septembre montrent que les gangs étendent leurs  opérations vers les zones rurales avec des tactiques de raids rapides, d’enlèvements, de vols  de bétail et de blocages de routes, tandis que la réponse sécuritaire reste largement concentrée  sur la capitale. Cette semaine encore, les réseaux sociaux relaient de nouvelles affirmations de  puissance de la part de groupes armés et de figures politiques ou d’affaires qui se sentent  suffisamment protégées pour s’afficher sans crainte réelle de conséquences. 

Les « cravates » et les gangs ne fonctionnent pas en vase clos. Les analyses sur les réseaux  politico-criminels en Haïti rappellent depuis longtemps que certains acteurs politiques et  économiques ont utilisé ou toléré les groupes armés pour défendre des intérêts territoriaux,  économiques ou électoraux. Quand l’international accueille ou tolère des personnalités  sanctionnées pour ces mêmes liens, il envoie un signal de faiblesse. Les gangs y voient une  confirmation que le système politique reste poreux ; les élites y trouvent une confirmation que  la réhabilitation reste possible. 

On ne peut pas prétendre combattre les gangs tout en banalisant ceux que trois blocs majeurs  ont sanctionnés pour leurs liens présumés avec eux. Chaque fois que l’on normalise un  sanctionné au nom du « dialogue inclusif », on banalise un peu plus les sanctions elles mêmes. Et chaque banalisation nourrit la confiance de ceux qui sèment la terreur : les gangs  qui postent leurs menaces, multiplient les kidnappings et étendent leur emprise, et les «  cravates » qui continuent de jouer sur plusieurs tableaux.

La CARICOM, l’EPG et les partenaires internationaux ont raison de chercher un consensus  haïtien. Mais un consensus qui passe par la réhabilitation implicite de figures sanctionnées  n’est pas un consensus de paix. C’est un consensus d’impunité. Tant que l’ambiguïté  persistera, les gangs et leurs protecteurs potentiels continueront de s’affirmer, sur les réseaux  comme dans les rues, convaincus que le prix à payer reste supportable. 

La crédibilité de la lutte contre les gangs se mesure aussi à la cohérence des attitudes  internationales. Sans cette cohérence, les sanctions deviennent décoratives, le dialogue  devient un écran, et le peuple haïtien continue de payer le prix de l’ambiguïté.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.