Robert Lodimus
LES TIGRES SONT
ENCORE LÂCHÉS
(Essai, Éditions Nemours, 2017, 300 pages)
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Chapitre V (Suite)
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Magouilles, mensonges et dilatoires
C’est un faux débat de société de conditionner un « processus démocratique » à la durée d’un « règne politique ». Ainsi, Cuba serait une « dictature » parce que les frères Castro qui ont risqué leur vie pour libérer leur peuple sont au pouvoir depuis le 1er janvier1959. Et qu’en fait-on des réalisations tangibles, des progrès concrets de la « Révolution » depuis toutes ces décennies : éducation, santé, logement, eau potable, sécurité publique, transport… ? N’était-ce l’embargo des États-Unis décrété contre le pays de José Marti, de Camillo Cienfuegos, de Celia Sanchez, de Vilma Espin, de Haydée Santamaria, à quel carrefour de développement durable serait parvenu le peuple cubain à l’heure actuelle ? Lisez donc, ou relisez « Les Saints vont en enfer » de Gilbert Cesbron, et dites-nous si la démocratie, pour vous, s’apparente aux cas des travailleurs, des ouvriers, des journaliers qui se détruisent par millions dans les usines de sous-traitance nord-américaines ou ailleurs ?
« Les saints vont en enfer » – vous le savez peut-être déjà – est le célèbre livre de l’écrivain, romancier et dramaturge français Gilbert Cesbron publié en 1952, qui plonge au cœur du mouvement des prêtres-ouvriers en France durant les Trente Glorieuses. L’intrigue se déroule à Sagny, une banlieue industrielle précaire de la région parisienne. On y retrouve Pierre, un prêtre courageux, humble et généreux qui choisit de vivre et de travailler comme ouvrier d’usine afin de partager le quotidien, les souffrances, les humiliations et les révoltes des classes exploitées et marginalisées. Il succède au père Bernard, qui a abandonné lui-même ce combat épuisant. Pierre s’installe au milieu d’un voisinage marqué par la misère, l’alcoolisme, la violence et la déchéance sociale. Face à cet univers glauque, pitoyable, lamentable et délétère, que le roman qualifie d’« enfer » terrestre, le curé tente d’apporter de la dignité, de distribuer de la fraternité et d’offrir de l’espoir par l’utilité de son sacrifice quotidien. L’ouvrage dépeint sans fard la dureté de la vie ouvrière, les logements insalubres et l’exclusion sociale. À travers le parcours de Pierre, l’auteur catholique interroge le rôle du clergé, prônant une Église solidaire et humaine, directement ancrée et engagée sur le terrain plutôt qu’une entité religieuse indifférente, repliée dans ses institutions. En mars 1954, le Vatican prononce l’interdiction formelle du travail d’usine à plein temps pour les prêtres. Les prêtres-ouvriers reçoivent l’ordre de quitter l’usine sous peine de sanction. Environ la moitié d’entre eux se plie aux exigences du Vatican, tandis que l’autre partie choisit la voie de l’insoumission. Elle continue de rester solidaire à la lutte ouvrière.
Les intellectuels progressistes n’auraient pas reproché aux Duvalier, à Franco, à Batista, à Trujillo… de s’être éternisés au pouvoir, s’ils s’étaient révélé des dirigeants exemplaires. S’ils n’avaient pas maltraité leurs concitoyens. Aliéné leurs Droits. Suspendu leurs Libertés. Pillé les caisses de l’État. Et pire encore ! Emprisonné et assassiné les militants. Kidnappé et torturé les patriotes qui avaient le courage de se lever contre la domination du capital étrangleur et la subjugation de l’occupation étrangère.
Il faut à Haïti, en vérité, une élite intellectuelle – pas de la gauche caviar – qui se sert moins de sa bouche, et beaucoup plus de son cerveau. Des femmes et des hommes qui « choisissent de mourir debout plutôt que de vivre en rampant [9]… »
Tout est mal qui finira bien
« C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser… Quels sont les droits et les devoirs du citoyen en présence du pouvoir qui abuse ? La résistance à l’oppression. En présence de la dictature ? L’insurrection [10]. »
Le proverbe haïtien dit : « Lagè avèti pa touye kokobe. » L’équivalence française donnerait : « Prévenir vaut mieux que guérir. » Un seul mot résume l’adage : prévoyance. La politique reste à tous les niveaux une science prévisionnelle. Et pour conjurer les surprises désagréables, les acteurs doivent être capables d’interpréter habilement les non-dits, de surveiller du coin de l’œil les mauvais coups, afin de pouvoir réagir en conséquence. Et à temps.
Rien de nouveau sous le soleil
Les résultats des « mascarades » du 9 août et du 25 octobre 2015 ne comportent aucun élément de stupéfaction. Il paraissait absolument clair pour tout le monde que l’opération de vote allait se dérouler dans des conditions de nébulosité opaque. Bref, dans la magouille ! Et comment pouvait-il en être autrement, lorsque Le Diable a pris la ville entre les mains du Bon Dieu ? Il en a pris possession pour faire le Mal. « Le Bien est déjà fait. » Lui, Goetz, personnifiant le Diable, il invente. Et ce n’est pas Catherine qui l’en empêchera… Vous entrevoyez à travers ces mots, peut-être, l’existentialiste Jean-Paul Sartre dans « Le Diable et le Bon Dieu ».
Le 5 novembre 2015, les chiens ont aboyé. Très fort. Mais la caravane est passée. En douceur. Et tout indiquait qu’elle ne ferait pas marche arrière. Qu’elle poursuivrait sa route jusqu’aux portes des « Heures », car elle avait déjà reçu les bénédictions de « Zeus ». Les mots d’ordre de « dieu le père » exprimés dans les notes de presse ne laissaient pas présager de doute. Les « dieux » des Romains sont-ils vraiment plus puissants que les « esprits » léthargiques du Bénin et du Dahomey ? Les chiens sont édentés. Et de plus, ils ont les pattes et la queue liées ensemble. Depuis le 7 février 1986, on leur a tout simplement enlevé le museau pour qu’ils puissent japper jusqu’à l’épuisement. Mais ils n’ont aucune capacité de mordre. En fait, c’est cela la « démocratie » que claironnent, comme les « coqs de basse-cour », les « maîtres-chanteurs » de l’idéologie dominante. Comprenez, s’il vous plaît, que nous utilisons un langage métaphorique, lorsque nous parlons de « chiens ». Donc, une simple figure de rhétorique.
Platon s’inquiétait jadis de son Allégorie de la Caverne. Notre époque a résolu le problème avec intelligence. Pourquoi libérer les prisonniers quand on peut les inciter à voter pour les ombres projetées sur les murs des désillusions politiques. Le peuple caquette, persuadé d’exercer son libre arbitre, alors que qu’il ne fait qu’obéir aux lois de la gravité du « fermier manipulateur ». Dans le monde contemporain, la « liberté » n’est plus un droit. Elle est un mirage. Il faut psalmodier le « génie philosophique » du système impérialiste : il est parvenu à échanger la liberté des citoyens contre le droit pour eux de choisir la couleur de leur servitude. Le peuple, aujourd’hui, se croit souverain parce qu’on lui permet tout simplement de caqueter dans les ruelles insalubres des bidonvilles et aux abords des places publiques. La « démocratie trompeuse » est le chef-d’œuvre absolu de l’art politique maîtrisé et enseigné dans les universités modernes.
Évoluer dans l’arène politique ne dépend pas seulement de la volonté citoyenne. Cet acte est aussi amour, espérance, foi… au sens où Roger Garaudy le comprend et le définit dans Parole d’homme :
« La foi, c’est la décision de vivre avec cette certitude que ce qui est n’est pas tout. Sans elle, il n’y aurait pas de liberté puisque nous serions totalement dans une réalité finie, achevée, que nous n’aurions pas à faire fructifier, à transformer, à dépasser. »
Roger Garaudy nous apprend encore que « l’amour est le sens de la vie. » Nous ajoutons nous-mêmes que « lutter » est le corollaire de « vivre ». « Lutter » pour « Vivre ». Aucune « lutte » sociale ne progresse en dehors d’un schéma rationnel qui soit capable de conduire les meneurs à une forme quelconque d’« organisation ». C’est par l’organisation que se concrétisent l’amour, l’espérance et la foi. Et cela n’est-il pas valable aussi bien pour les entreprises individuelles que collectives ?
« Entreprendre » – dans le cas qui nous intéresse – c’est se « Sacrifier ». Pour une idée saine. Pour une cause noble. Et se donner, par-dessus tout, les moyens de réussir. Donc, la démarche requiert un « plan détaillé » des « objectifs spécifiques » visés.
Depuis le 7 février 1986, les individus qui se regroupent au sein des communautés politiques, et qui se réclament de l’opposition marginale, envoient les masses populaires haïtiennes à la boucherie. Ils lancent des mots d’ordre de manifestation de rue de nature en veux-tu en voilà. Nous l’avons assez vu. Ces « leaders » improvisés, désorganisés agissent dans le seul but d’assouvir leurs ambitions sociales et économiques personnelles. Ils veulent accéder coûte que coûte aux organes politiques décisionnels, espérant ainsi parvenir à se mettre eux aussi à l’abri des intempéries de la pauvreté, avec leurs proches. L’avenir les a démasqués. Ils sont devenus à leur tour des satanés pilleurs de tombes. Ils se comportent exactement comme tous ces hommes d’État vils qui les ont devancés. Ils prévariquent. Prêtent leurs mains et leur cerveau aux opérations frauduleuses de mise à sac des trésors de l’État. Ces « néotruands » portent confortablement leur carapace de petitesse. Nous les voyons aujourd’hui comme les nouveaux « Ripoux » de l’État bourgeois au service du Capital. Complètement dépersonnalisés, ils grenouillent. Font des génuflexions devant les « proconsuls romains » arrogants qui sont déployés à Port-au-Prince. Ces promagistrats entourés de leurs licteurs ont transformé la République d’Haïti en une province de la « Rome contemporaine ». Et ils y exercent un pouvoir sans contrôle. Nous sommes témoins que les États néocolonialistes continuent de violer ce pays avec acharnement. Elle a défloré la souveraineté de son territoire en 1915. Et aujourd’hui encore, le viol se poursuit. Sans arrêt. Dans des conditions d’avilissement et d’’humiliation qui reflètent les attitudes dédaigneuses et les airs rogues apparentés à l’époque de la colonisation.
Il faudrait élever un cimetière spécial, grand comme le Sahel, pour enterrer les malheureux compatriotes issus des milieux bidonvillisés qui sont tombés sous les balles assassines vomies par les mitraillettes d’Henri Namphy, de Prosper Avril, de Jean-Claude Paul, de Raoul Cédras, de Michel François… Encouragés par les Evans Paul, Victor benoît, Jean-Bertrand Aristide, René Préval, René Théodore, Louis Déjoie, Renaud Bernardin, Serge Gilles, Paul Denis, Sauveur Pierre Étienne, Jean-Marie Vincent…, ces braves citoyens ont marché dans les rues de la capitale et des villes de province à la rencontre de la mort. Quelle fin stupide ! Certains sacrifiés, devenus des martyrs nationaux, n’ont même pas de sépulcre. Et leur esprit vagabonde dans les airs en versant des larmes de remords.
On ne meurt pas pour un pays sans destination. Sans boussole. Sans idéologie. Sans mémoire.
José Marti déclare : « Je mourrai face au soleil.» Le révolutionnaire souhaitait donc mourir comme Gengis khan qui a demandé à son épouse de déplacer son fauteuil afin qu’il puisse agoniser en regardant le soleil percer le ciel du firmament matinal. Les Mongols qui ont laissé leur vie sur les champs de bataille ne l’ont pas regretté. Leur « Chef » légua à leurs familles un puissant empire qui domina sur la moitié de la planète. Hilarion Hilarius, le héros de Jacques Stephen Alexis, blessé grièvement par les militaires dominicains, eut le temps de voir les rayons du soleil frapper sa poitrine ensanglantée, avant qu’il trépassât. Le symbole du soleil, dans tous les cas, évoque l’idée de quelqu’un ou d’un peuple qui marche dans la bonne direction, tout en conservant l’espoir de parvenir un jour à destination. Le valeureux militant est pareil au « gladiateur » bien entraîné. Il est capable de se convaincre de la possibilité et surtout de sa capacité de réussir son combat.
Les trois jeunes élèves de la ville des Gonaïves furent assassinés le 28 novembre 1985. 40 ans plus tard, les anciens et nouveaux duvaliéristes font encore la pluie et le « mauvais » temps dans toutes les régions du pays. Ils se sont réinstallés de plus belle dans la cité avec l’appui des puissances démoniaques qui asservissent la Nation. Ils continuent à organiser des élections truquées, comme ils le faisaient en 1964. Ils assassinent sans gêne, comme ils le faisaient à l’époque de Jacques gracia, de Clément Barbot, de Ti Bobo, de Boss peintre, d’Éloïs Maître, de Ti Boulé, de Jean Valmé, de Luckner Cambronne, de Zacharie Delva… Depuis 2004, ils jouissent du grand privilège d’être assistés et même aidés dans leur sale besogne par les bras armés des « casques rouges » de l’Organisation des Nations Unies. Les États-Unis, la France, Le Canada ont choisi leur camp. Ils ont décidé de soutenir ouvertement l’« Illégalité » et l’« Absurde ». Ils ont choisi de perpétuer le « banditisme » par le bourrage des urnes. Dans aucun autre pays de la planète, le « Core Group », qui rassemble les ambassadeurs des États-Unis, de la France, du Canada, du Brésil, de l’Espagne, de l’Union Européenne, du représentant de l’OEA, n’aurait pu s’arroger le droit de s’immiscer dans les affaires internes de l’État, sans que ses membres soient déclarés persona non grata par les autorités légitimes compétentes. Le caractère effronté du communiqué du Core Group publié le mardi 27 octobre 2015 est choquant pour les populations du Sud qui aspirent à « vivre libres ou mourir » sur les terres qu’ils ont conquises par la lutte et dans le sang. Jugez-en vous-mêmes :
« Le « Core Group » appelle tous les acteurs à traiter toutes et chacune des contestations, en conformité avec le décret électoral. Déplorant les actes isolés de violence et de vandalisme observés après l’annonce des résultats préliminaires, le « Core Group » prie instamment les autorités haïtiennes d’arrêter et de juger les responsables, en pleine conformité avec la loi. »
Une telle prise de position nous fait comprendre qu’ils n’auraient pas tout à fait tort, ceux-là qui seraient tentés de verser aussi l’assassinat du militant politique haïtien, Maxo Gaspard, au compte de la dictature étrangère. Quelle tristesse! La République d’Haïti est ramenée froidement, méchamment aux premiers moments du fascisme politique de 1957. Les petits « blancs » installés à Port-au-Prince, en mal d’autorité et de visibilité, se permettent de faire sur le territoire national ce qu’ils n’oseront pas faire en Amérique du Nord ou en Europe.
En automne 2015, les manifestations et les grèves des fonctionnaires ont déchiré la poitrine du Canada. La panique s’installait dans les milieux de la gouvernance québécoise. Cependant, aucun mort, aucun blessé n’a été recensé. Et si par hasard, il y avait quelques cas d’arrestations, il reviendrait à la Cour de trancher. Les « proconsuls » respectent leurs lois. Leur Charte des droits et libertés. Mais n’ont aucun égard pour la « Constitution » des indigènes. Car ils continuent de scruter les Haïtiens de leurs yeux discriminants de « colons » frustrés. Frustrés d’avoir perdu une colonie prospère de façon humiliante. Tellement outrageante pour eux qu’ils ont occulté ces faits épiques de tous les chapitres du livre de la mémoire universelle.
C’est un crime pour des « chefs » de groupements politiques insignifiants de pousser une population désarmée à défier ouvertement dans la rue les armes sophistiquées des unités sauvages de la police nationale, rejeton des forces armées des États-Unis, du Canada et de la Minustah, sans qu’ils soient eux-mêmes capables de lui garantir un moyen quelconque de protection. Les bourreaux n’hésitent jamais à égorger et à décapiter quand les intérêts des « Princes » le commandent. Nous avons encore en mémoire les hécatombes du 26 avril 1986 ordonnées par Henri Namphy devant les ruines de Fort-Dimanche que Patrick Lemoine, rescapé des geôles duvaliériennes, a baptisé Fort-La-Mort. Ces événements sanglants font penser à un vieux western des années 60, Les colts chantèrent la mort et ce fut le temps du massacre, réalisé par Lucio Fulci, d’après un scénario de Fernando Di Leo, interprété par Franco Nero et Georges Hilton. Combien de compatriotes assassinés en cette journée sombre et néfaste du 26 avril 1986? Le saurons-nous jamais?
Des soldats en guenilles, pieds nus ont participé à la révolution de 1789 en France. Ils ont dirigé le peuple vers la Bastille. Et vous connaissez la suite. En 1917, en Russie, la monarchie s’effondra. Au milieu de la population en furie, il y avait encore des soldats humiliés dans leur pauvreté. Et révoltés dans leur conscience. Ils ont protégé la population contre les forces fidèles au Tsar Nicolas II. Nous savons ce qui s’est passé par la suite le 17 juillet 1917 à Ekaterinbourg. La famille impériale fut exécutée au complet par les révolutionnaires bolcheviks. Raspoutine avait prévenu le dernier héritier de la dynastie des Romanov. Et il disait vrai… Quand on cultive la misère, on récolte la révolte.
Soyons sérieux
Le 25 octobre 2015, Les Haïtiens ne se sont pas précipités en foule dans les centres de vote. Depuis le second mandat de René Garcia Préval, le taux de participation aux manifestations électorales est en chute libre. Faut-il verser le « phénomène d’abstention » au compte d’un certain niveau de maturité politique acquis par les masses populaires? Contrairement aux aspirants « présidents » humiliés par la bande des « crânes glabres » et l’équipe de Pierre-Louis Opont, les Haïtiens ont réalisé que les élections à la Duvalier, à la Kébreau et à la Cantave sont loin de garantir le bien-être des habitants des bidonvilles. La population observe donc un retrait stratégique. En attendant l’émergence du mystérieux « Commandante » !
Pour les journées électorales du 9 août et du 25 octobre 2015, le Conseil électoral provisoire de Pierre-Louis Opont a comptabilisé respectivement 1 032 000 et 1 538 393 votants sur un total de 5, 8 millions d’électeurs. À chaque scrutin, le taux d’abstention devient plus significatif. Le cœur, à la fête, n’y est pas. Depuis l’invasion américaine de 1915, Haïti ne cesse pas de porter le deuil de ses souffrances. Qu’est-ce que les Haïtiens ont-ils fait au « Bon Dieu » pour que les malheurs leur tombent sur la tête au même rythme que les « bananes plantain » d’un Jovenel Moïse ressuscité des entrailles d’Érèbe pour les besoins de la cause néoduvaliérienne ?
Au nom de quelle logique a-t-on osé demander à une population qui est restée cloîtrée dans son ajoupa le 9 août et le 25 octobre 2015 d’envahir les rues afin de réclamer avec des cors et des lambis un vote qu’elle n’aurait pas exprimé? Les misérables de La Saline, de Cité Soleil, de Solino, de La Fossette, de Raboteau, de Trou Cochon, de Déchet, de Nan Savane… n’en ont-ils pas assez de verser leur sang pour des politiciens ingrats, peu scrupuleux, qui n’hésitent pas à retourner leur veste ou à se déshabiller, comme les « stripteaseurs » de Las Vegas, devant toutes les opportunités politiques, économiques et sociales qui se présentent à eux?
Constat
Lavalas est atomisé. MOPOD a éclaté. OPL est déchirée. Konacom est fractionné… Les camarades d’un même combat politique se montrent en public comme des adversaires farouches. Et même comme des ennemis. Dans certains cas. Fait étonnant, il n’y a que les duvaliéristes – preuve à l’appui – qui semblent parvenir à se définir des intérêts politiques et financiers communs. Et à se rallier. La « monstruosité » reste soudée dans la « bêtise ». Elle gagne – jusqu’à présent – toutes les parties de « poker politique » sur lesquelles elle mise gros. Ce pays est victime d’une meute de politiciens véreux, d’une pseudo-opposition politique composée d’une kyrielle de femmes et d’hommes aconscients. Immatures. Opportunistes. Affairistes. Donc, des malandrins, agioteurs de leur état, qui s’enrichissent honteusement aux dépens de la société.
L’Accord d’El Rancho, le 14 mars 2014, a été un acte de « trahison flagrante ». L’Église catholique, l’OPL, la Fusion, et toutes les autres dénominations sociales et politiques qui se sont réunies autour du cardinal Chibly Langlois doivent venir faire leur « mea maxima culpa » sur la place publique. À l’époque des manifestations quasi-journalières qui exigeaient la mise en place d’un gouvernement transitoire, la vie du régime des « crânes rasés » ne tenait qu’à un fil. Ces mouvements politiques ont négocié des portefeuilles ministériels et plongé le pays dans le chaos des « magouilles » électorales. Ce sont ces soi-disant leaders irresponsables qui ont trouvé l’audace de demander à une population soumise à toutes les épreuves de la vie quotidienne de mourir à leur place, en allant s’exposer aux balles assassines des policiers corrompus et des gangs armés.
Non, ce pays n’est pas à eux
Toutes les sciences permettent de constater et d’explorer les fonctions essentielles de la théorie. Denis Monière et Jean H. Guay, auteurs du livre Introduction aux théories politiques explique:
« L’étude des théories existantes nous apprend à réfléchir et à ne pas prendre nos opinions pour des vérités. Elle nous incite à prendre une distance et à nous méfier des apparences. Elle nous fait découvrir une signification aux événements qui est plus dégagée des impressions subjectives et qui dépassent les points de vue journalistiques. Apprendre les théories ne changent pas le monde, mais permet de voir sous un autre angle et de mieux comprendre les forces qui déterminent l’agir politique. »
Au soir même de la journée du 25 octobre, les éloges ne tarissaient pas à l’endroit du Conseil électoral de Pierre-Louis Opont : l’homme qui, pourtant, a avoué et admis ouvertement l’« incrédibilité » des présidentielles de novembre 2010 ayant porté les « néomacoutes » au pouvoir. Opont, en reconnaissant que son CEP de l’époque n’avait pas publié les « bons résultats », confirmait, peut-être sans s’en rendre compte, les révélations accablantes que le professeur brésilien, Ricardo Seitenfus, fonctionnaire de l’Organisation des États américains (OEA), a rapportées dans son ouvrage « Carrefours et échecs internationaux en Haïti ».
Les Tèt Kale n’étaient donc pas qualifiés pour affronter la dirigeante du Rassemblement des démocrates nationaux progressistes (RDNP), Mme Mirlande Manigat, au second tour. Et cela, le pays entier le savait dès le départ.
La « chose frauduleuse » du 25 octobre 2015 ne devait bénéficier d’aucune considération mitigée. La réparation des dégâts politiques exigeait et passait inévitablement par l’annulation pure et simple de tout le processus électoral taxé de vicié. Il fallait tout recommencer. Sans tenir compte des menaces voilées proférées à l’encontre des « annulationnistes » par les acteurs internationaux partisans et sectaires, alliés des secteurs de la bourgeoisie compradore. La mise en fonction d’un « Conseil de gouvernement révolutionnaire de transition (CGRT) » doit faire partie de la solution consensuelle populaire.
En qualité de Nation libre et souveraine, la responsabilité incombe aux Haïtiens, et incombe à eux seuls de décider de leur avenir social, politique, économique et culturel sur les terres de leurs ancêtres martyrs. Pas aux palefreniers de la CARICOM !
Robert Lodimus
LES TIGRES SONT ENCORE LÂCHÉS, essai
(Prochain extrait : suite du Chapitre VI, Élections frauduleuses en Haïti :
Monsieur l’ambassadeur, ça ne passe pas ou ça casse !)
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Notes et références
[1] Alvin Toffler, LES NOUVEAUX POUVOIRS, Éditions Bantam Books, New York, 1990.
[2] Philippe Soual, Le sens de l’État, Commentaires des principes de la philosophie du droit de Hegel, Éditions Félin, Paris, 2006.
[3] Patrick Préville, Les sondages : une nuisance à la démocratie, Le Devoir, Montréal, 27 mars 2004.
[4] Edmond Jabès a parlé lui-même des Juifs.
[5] Nous évitons l’absolu pour ne pas déroger à l’esprit de la publication. Il faudrait éviter, à notre avis, de parler d’élection sans erreur et sans fraude. Il s’agit d’une entreprise humaine.
[6] Alphonse Roche, Les doctrines politiques modernes : L’esprit de Rivarol, premier théoricien de la contre-révolution.
[7] Louis Mandrin, célèbre contrebandier et voleur français.
[8] Vincent Lacroix, escroc canadien. Il a volé 130 millions de dollars à sa propre coopérative. Emprisonné et libéré, il n’a jamais remis l’argent.
[9] Extrait emprunté à Roger Garaudy, Parole d’homme, Éditions Robert Laffont,
[10] Louis Marlio, Les doctrines politiques modernes, faisant référence à Montesquieu.

