Les gangs exportent leur modèle de violence vers les campagnes, avertit la GI-TOC
PORT-AU-PRINCE, 7 septembre 2026 — La violence des groupes armés haïtiens connaît une transformation stratégique : longtemps concentrés sur Port-au-Prince, les gangs étendent désormais leurs opérations vers les territoires ruraux et montagneux, où ils privilégient des unités mobiles, des raids rapides et des enlèvements plutôt qu’une occupation permanente. C’est le constat établi par l’Observatoire de la violence et de la résilience en Haïti (HT-Obs) de la Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC), dans son rapport De Port-au-Prince à la périphérie : la ruralisation de la violence des gangs en Haïti, publié le 4 septembre 2026.
Selon l’étude, cette mutation dépasse une simple extension géographique de la criminalité urbaine. Les groupes armés développent désormais des « tactiques de type guérilla » : raids éclair, harcèlement de communautés, pillages, vols de bétail, violences sexuelles, enlèvements et déplacements rapides entre zones de refuge et secteurs d’attaque. La détention d’otages peut même remplacer l’occupation physique d’un territoire, puisqu’elle exige moins d’hommes et de ressources tout en offrant aux gangs un puissant instrument de coercition et de négociation.
Kenscoff et l’Artibonite constituent les deux principaux cas étudiés. À Kenscoff, des cellules mobiles d’une douzaine d’hommes environ utilisent leur connaissance du relief montagneux et contournent les positions fixes des forces publiques. L’attaque du 23 août, préparée notamment au moyen de drones de reconnaissance, a fait au moins 47 morts et conduit à l’enlèvement d’au moins 50 personnes. En Artibonite, 456 personnes ont été tuées en 2025, soit 16 % des victimes recensées à l’échelle nationale, tandis que les attaques de Petite-Rivière et de Dessalines, fin mars 2026, ont fait plus de 70 morts et déplacé plus de 13 500 personnes.
Le rapport remet ainsi en cause une lecture de la crise fondée exclusivement sur le nombre de territoires officiellement contrôlés par les gangs. « Un groupe n’a pas besoin d’occuper une ville en permanence pour influencer la gouvernance, perturber la vie quotidienne ou projeter son pouvoir », observe la GI-TOC. La capacité de frapper à plusieurs reprises, de couper des axes routiers et de disparaître avant une contre-offensive peut produire une emprise comparable à celle d’une occupation territoriale permanente. La police peut reprendre momentanément une position sans être capable de la sécuriser durablement : en mai, des barrages démantelés près de L’Estère et de La Croix-Périsse avaient ainsi été réinstallés quelques jours plus tard.
Cette évolution expose également les limites structurelles de la réponse publique. La GI-TOC estime que la Police nationale d’Haïti n’est pas suffisamment préparée aux opérations rurales et montagneuses, tant en effectifs qu’en doctrine, en formation et en équipements. La Force de répression des gangs (FRG) ne comptait par ailleurs que 1 083 personnels, contre les 5 500 prévus d’ici décembre 2026, tandis que son plan stratégique présenté en juillet ne désignait pas Kenscoff comme zone de déploiement.
Pour la GI-TOC, une stratégie exclusivement militaire ne saurait produire une stabilisation durable. Le rapport recommande de combiner l’action sécuritaire avec la protection des agriculteurs, la reconstruction des économies locales, le désarmement, la démobilisation et la réintégration, ainsi qu’avec des mécanismes de règlement des conflits fonciers et intercommunautaires. Faute d’une réponse capable de s’adapter à cette mobilité criminelle, avertissent les auteurs, les épisodes de violence de masse observés à Kenscoff risquent de devenir une composante récurrente de la crise haïtienne.
Source : Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC), Observatoire de la violence et de la résilience en Haïti (HT-Obs), De Port-au-Prince à la périphérie : la ruralisation de la violence des gangs en Haïti, 4 septembre 2026.

