Voilà le gouvernement appelé à organiser des élections « honnêtes, crédibles et inclusives » : Washington lui reproche des comptes extrabudgétaires insuffisamment contrôlés, des audits déficients et des contrats publics non publiés, tandis que l’OEA accompagne un processus électoral incluant un référendum pourtant interdit par la Constitution haïtienne. « Deux poids, deux mesures, Washington dénonce l’opacité du régime Fils-Aimé, mais le soutient pour organiser des élections dirigées« , dénonce Josué Renaud
WASHINGTON, 17 août 2026 — Le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé se retrouve sous le regard critique de Washington en matière de gestion des finances publiques. Le Fiscal Transparency Report 2026 du Département d’État américain classe Haïti parmi les 67 gouvernements qui ne satisfont pas aux exigences minimales de transparence budgétaire, sur 139 gouvernements et une entité évalués. Dans la Caraïbe, Belize, la République dominicaine et le Suriname figurent également dans cette catégorie.
L’évaluation consacrée à Haïti dresse cependant un constat particulièrement sévère. Selon les éléments rapportés par News Americas Now à partir du document américain, les autorités ont publié le budget adopté ainsi que le rapport de fin d’exercice, mais la proposition budgétaire de l’Exécutif n’a pas été rendue publique dans les conditions requises. Plus préoccupant encore pour la traçabilité des deniers publics, Washington constate l’existence de comptes extrabudgétaires qui ne sont pas soumis à un contrôle ou à un audit approprié.
Le dossier touche également à la commande publique, secteur particulièrement sensible au regard des principes de reddition des comptes. Le rapport indique que les contrats attribués dans le cadre des marchés publics n’ont pas été rendus publics. Cette absence de publication réduit les possibilités de contrôle sur l’identité des bénéficiaires, les montants engagés, les procédures d’attribution et les conditions d’exécution des contrats financés par les ressources de l’État. Le constat intervient alors que le droit haïtien dispose déjà d’une Commission nationale des marchés publics (CNMP), chargée d’encadrer les procédures de passation des contrats de l’administration. Des évaluations antérieures du Département d’État avaient déjà documenté les faiblesses affectant la transparence de certains marchés publics en Haïti.
Autre point retenu par Washington : l’institution supérieure de contrôle des finances publiques ne répondrait pas aux standards internationaux d’indépendance, tandis que ses conclusions ne seraient pas publiées dans des délais satisfaisants. Cette observation n’est pas entièrement nouvelle. Dans son rapport de transparence budgétaire de 2022, le Département d’État constatait déjà que l’institution supérieure de contrôle haïtienne ne répondait pas aux normes internationales d’indépendance et que les comptes hors budget n’étaient pas soumis aux mêmes mécanismes de surveillance et d’audit que les autres dépenses publiques.
Le rapport de 2026 prend ainsi une dimension institutionnelle plus large : plusieurs des déficiences aujourd’hui recensées existaient avant l’arrivée du gouvernement Fils-Aimé. L’enjeu politique consiste donc moins à lui attribuer l’origine de ces pratiques qu’à déterminer pourquoi elles persistent sous son administration et quelles mesures ont été prises pour les corriger. L’évaluation annuelle est imposée par le Congrès américain afin d’apprécier notamment l’accessibilité, l’exhaustivité et la fiabilité des documents budgétaires ainsi que la transparence entourant l’attribution des contrats et licences publics.
Washington recommande à Haïti de supprimer les comptes extrabudgétaires ou de les soumettre à des mécanismes adéquats d’audit et de contrôle, tout en améliorant la publicité entourant la gestion financière de l’État. Au-delà du classement américain, le constat pose une interrogation de gouvernance : dans un pays largement tributaire de l’assistance internationale et où les institutions de contrôle demeurent fragiles, comment demander aux contribuables et aux partenaires étrangers de financer l’action publique lorsque certains contrats, circuits de dépenses et mécanismes de vérification demeurent insuffisamment accessibles au contrôle citoyen ?
Source : News Americas Now — Fiscal Transparency Report 2026

