17 août 2026
Haïti | Fils-Aimé et Desrosiers après le 13 décembre : l’opposition attend des réponses d’Albert Ramdin
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Haïti | Fils-Aimé et Desrosiers après le 13 décembre : l’opposition attend des réponses d’Albert Ramdin

PORT-AU-PRINCE — Quel sera le statut politique du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et celui du président du Conseil électoral provisoire (CEP), Jacques Desrosiers, si les élections annoncées pour le 13 décembre 2026 ne peuvent être organisées ? Cette interrogation devrait occuper une place centrale dans les discussions prévues lundi entre plusieurs composantes de l’opposition haïtienne et Albert Ramdin, secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), selon les informations communiquées à la rédaction.

Arrivé en Haïti durant le week-end, M. Ramdin retrouve un terrain politique qu’il connaît depuis longtemps. Il avait déjà joué un rôle diplomatique de premier plan durant la crise électorale de 2010-2011, lorsqu’il était secrétaire général adjoint de l’OEA. Les archives de l’Organisation confirment qu’en décembre 2010, au plus fort de la contestation du premier tour, il avait rencontré René Préval ainsi que les trois principaux candidats : Mirlande Manigat, Jude Célestin et Michel Martelly.

Quinze ans plus tard, son retour intervient dans une configuration institutionnelle tout aussi délicate : le pouvoir maintient la perspective du scrutin du 13 décembre, tandis que l’opposition veut désormais savoir ce qui adviendrait de l’architecture de transition si cette échéance n’était pas respectée.

Jusqu’où pourrait se prolonger le mandat politique d’Alix Didier Fils-Aimé ? Sur quelle base juridique ? Jacques Desrosiers pourrait-il continuer à diriger le CEP après l’échec éventuel du calendrier qu’il est chargé d’administrer ? Qui disposerait alors de la légitimité nécessaire pour décider de la suite de la transition ?

Ce sont, selon le transcript transmis à la rédaction, les questions que les représentants de cette opposition plurielle entendent placer devant le secrétaire général de l’OEA.

Le fantôme électoral de 2011

La présence d’Albert Ramdin donne à cette rencontre une dimension historique difficile à dissocier du scrutin de 2010-2011.

Après le premier tour du 28 novembre 2010, les résultats préliminaires plaçaient Mirlande Manigat première, Jude Célestin deuxième et Michel Martelly troisième. Une mission d’experts de l’OEA, sollicitée par le président René Préval, recommanda ensuite l’exclusion de procès-verbaux jugés irréguliers. À l’issue du contentieux, le CEP modifia le classement et organisa le second tour entre Manigat et Martelly. Les propres documents de l’OEA attestent que ses recommandations furent prises en considération par les autorités électorales haïtiennes.

Il convient donc d’être précis : l’OEA n’a pas juridiquement proclamé Martelly deuxième. C’est le Bureau du contentieux électoral national qui ordonna au CEP de modifier le classement après avoir pris en compte les recommandations de la mission de l’Organisation. Mais l’intervention internationale reste, quinze ans plus tard, au cœur d’une controverse majeure sur la souveraineté électorale haïtienne. Un rapport du Congressional Research Service américain rappelle lui aussi que le CEP avait renversé son résultat initial après les recommandations de l’équipe de l’OEA, écartant Jude Célestin au profit de Martelly pour le second tour.

Albert Ramdin était directement engagé dans cette séquence. En février 2011, il revint rencontrer René Préval, les autorités électorales, Mirlande Manigat et Michel Martelly à quelques semaines du second tour.

Martelly remporta ensuite officiellement le scrutin avec 67,57 % des voix, contre 31,74 % pour Manigat.

Martelly, quinze ans après

L’histoire a depuis considérablement assombri le bilan de cette période.

En août 2024, le département américain du Trésor a sanctionné Michel Martelly, affirmant que l’ancien président avait abusé de son influence pour faciliter le trafic de cocaïne, participé au blanchiment de revenus illicites, travaillé avec des trafiquants haïtiens et soutenu plusieurs gangs opérant en Haïti. Il s’agit d’accusations officielles américaines ayant fondé des sanctions, et non d’une condamnation pénale prononcée par un tribunal.

Un document ultérieur des Nations unies consacré aux sanctions internationales contre des responsables haïtiens mentionne également les mesures prises contre l’ancien chef de l’État et le contexte dans lequel des responsables politiques et économiques ont contribué à créer un environnement favorable aux groupes armés.

Cette trajectoire nourrit aujourd’hui une question politiquement embarrassante pour l’organisation interaméricaine : quel bilan l’OEA tire-t-elle elle-même de son intervention électorale de 2011 ?

Ramdin revient, le calendrier vacille

Le symbole est d’autant plus saisissant que cette nouvelle séquence diplomatique coïncide avec la période de commémoration du Bois-Caïman, épisode fondateur de l’insurrection servile de 1791 et de la marche vers l’indépendance.

Deux siècles après des hommes et des femmes qui avaient entrepris de rompre l’ordre colonial, Haïti retrouve donc autour de sa table politique une organisation internationale dont l’intervention dans le processus électoral de 2011 demeure profondément contestée.

L’opposition entend désormais déplacer le débat du simple calendrier électoral vers celui de la légalité de l’après-13 décembre.

Car derrière la date annoncée se trouve une question autrement plus lourde : si les conditions sécuritaires, administratives ou politiques empêchent finalement le scrutin, qui gouvernera Haïti le 14 décembre 2026, au nom de quel mandat et jusqu’à quand ?

C’est cette réponse que les interlocuteurs haïtiens d’Albert Ramdin devraient réclamer lundi.

Et, quinze ans après le laboratoire électoral de 2011, une autre interrogation accompagnera nécessairement la rencontre : l’OEA revient-elle en Haïti pour accompagner une décision souveraine des Haïtiens — ou pour contribuer une nouvelle fois à définir la formule politique qui leur sera présentée comme une sortie de crise ?

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